LIVRE XIII
et auprès du vice-roi de Naples lui était nécessaire pour se réconcilier avec l'Espagne, et il se persuadait que l'exclusion de Saint Clément lui ferait obtenir d'eux tout ce qu'il voudrait
La troisième cause de son aversion contre lui était à cause de la liaison qu'il avait, lui Barberin, avec la dona Olympia, héritière de la haine d'Innocent X, dont Saint Clément avait empêché la promotion. Ce défunt pape en avait eu un si vif ressentiment, que comme il parlait avec le dernier mépris de ceux qu'il n'aimait point, il traitait ordinairement ce cardinal de furie qui avait une forme humaine, de tigresse revêtue d'un habit de cardinal; et sa belle-sœur ayant appris de lui ce beau langage s'en servait en toutes rencontres après sa mort. De plus, comme la princesse Rossano S belle-fille de cette dame, était parente du duc de Parme, Olympia, qui la haïssait mortellement, ne pouvait souffrir de lui être redevable de ce qu'en sa considération elle serait moins maltraitée si Saint Clément devenait pape. Cette femme n'ayant nulle confiance dans aucune des créatures d'Innocent X, et Barberin seul étant sa ressource, elle tira de lui une parole positive qu'il ne consentirait jamais à la promotion de ce cardinal.
Cela fit que le cardinal Grimaldi lui ayant parlé de la bonne disposition des vieillards pour Saint Clément, et le cardinal Trivulce, qui était rentré dans le conclave, agissant de sa part pour faire réussir cette promotion aussi bien que Palotta, le cardinal Barberin témoigna d'abord en être bien aise, mais il y forma aussitôt de nouvelles difficultés, de peur de perdre les voix des cardinaux de son parti.
Pendant que ces trois cardinaux disputaient entre eux des moyens de faire réussir leur dessein, Lugo excita un grand scandale qui offensa extrêmement les oreilles de tous ceux de la cour de Rome, persuadés depuis longtemps de l'infaillibilité du pape. Car il dit que si Saint Clément était élevé à cette dignité, l'Eglise de Dieu serait entièrement ruinée, voulant marquer par là qu'il se déclarerait contre la Conception immaculée de la Sainte Vierge, selon les sentiments de son ordre, et serait favorable à ceux que l'on ap-
1. Olympia A-ldobrandini, fille du prince de Rossano et connue sous le nom de princesse de Rossano, épousa d'abord Paul Borghèse et ensuite Camille Pampbili, fils de doria Olympia.
pelait jansénistes. Les cardinaux ne purent ouïr ce discours sans indignation, étant persuadés que le pape ne peut errer quand il parle ex cathedra. Mais quoique Lugo fût espagnol, on vit néanmoins par les offices des Médicis et par les lettres du vice-roi de Naples au cardinal Carafîe, que l'Espagne désirait Saint Clément pour pape, bien loin de lui donner Texclusion. Mais les cardinaux Grimaldi et Trivulce s'aperçurent bien que le cardinal Barberin n'entrait pas dans ce sentiment, et remirent leurs sollicitations à un autre temps plus favorable.
Le cardinal Spada rentra en ce temps-là dans le conclave, après avoir traversé publiquement les rues de Rome, le carrosse découvert, contre l'usage ordinaire de cette cour de ne marcher pendant un conclave que les portières du carrosse fermées.Plusieursle souhaitaient pour pape; mais tout l'escadron volant se déclara généralement contre lui, et en particulier Lomellin, Spada, Impériale, Alberi, à cause de l'exclusion qu'il avait donnée à Rapaccioli qui leur était fort agréable, et de l'inclination de Spada pour Carpegna, à qui ils donnaient ouvertement l'exclusion.
Mais quoique les Médicis, le cardinal d'Esté et les Barberins le souhaitassent d'abord pour pape, Palotta ayant parlé de lui avec mépris à cause de son peu d'expérience dans les affaires du monde, les Médecis lui donnèrent l'exclusion. On parla ensuite de Lugo; mais l'affaire de Mascambrun servit de prétexte à ses ennemis pour traverser sa nomination. L'escadron volant ne voulut point d'un ennemi si déclaré de toute la maison Pamphile, et le cardinal Barberin s'y opposa, tant par la considération de la dona Olympia que pour son propre intérêt.
11 reçut en ce temps-là des lettres du roi d'Espagne datées du 28 janvier, qui étant pleines de bonnes paroles pour lui, ne le satisfaisaient pas pleinement sur le sujet de l'élection d'un nouveau pape. Il croyait qu'en élevant un Espagnol sur le Saint-Siège il pourrait acquérir un grand mérite auprès de toute cette nation, qui n'en avait eu aucun depuis Alexandre VL Mais lorsque l'ambassadeur d'Espagne en voulut parler de sa part, on lui fit comprendre que la chose était impossible, puisque, quand les Français n'auraient point assez de voix pour lui donner l'exclusion, ils sortiraient plutôt du conclave que d'y consentir, ce qui fe-