CHAPITRE XVI
Sur la fin du mois de mai, les lettres que l'on reçut de Rome causèrent de l'inquiétude aux sectateurs de Molina. Car on mandait que le pape, ayant lu la lettre de M. Arnauld à une personne de condition touchant l'affaire de M. le duc de Liancourt, avait parlé de lui avec estime, aussi bien que de la famille de ce docteur qu'il savait être soumise au Saint-Siège ; et qu'il avait blâmé de précipitation les prêtres de Saint-Sulpice dans la manière dont ils s'étaient conduits en refusant les sacrements à une personne de cette qualité.
1. Ms. ce pallium. Retz avait fait mention à la fin de sa lettre de la réception du pallium.
2. Sans titre au ms. et dans les copies. On pourrait intituler ce chapitre de la manière suivante : Jugement du pape sur M. Arnauld et Port-Royal. Affaire des grands-vicaires de M. le cardinal de Retz.
On doutait d'autant moins de la vérité de cette nouvelle que l'on savait très certainement que le pape avait encore confirmé la même chose en parlant à M. de Lyonne, et que, cet ambassadeur lui ayant répliqué que si les prétendus jansénistes savaient cette approbation de Sa Sainteté, ils en tireraient de grands avantages, le pape lui avait dit qu'ils le pouvaient faire, et qu'il voulait bien qu'ils le sussent. Sur cela M. de Lyonne, entrant en matière, entreprit de justifier le procédé de MiM. de Saint-Sulpice, et prétendit que le prêtre qui avait refusé l'absolution à M. de Liancourt avait pu en user ainsi à l'égard de ce seigneur qui avait confié l'éducation de sa fille aux religieuses de Port-Royal et retirait dans sa maison des personnes soupçonnées de mauvaises doctrines, comme le Père Des Mares et M. l'abbé de Bourzeis. Mais Sa Sainteté, n'approuvant pas ces raisons, parla avantageusement de la maison de Port-Royal, comme d'un monastère de filles de grande piété, et pour rendre justice à ces deux prêtres, il déclara qu'il ne reconnaissait rien çn eux qui les dût rendre suspects.
Cependant ceux qui faisaient la fonction de grands-vicaires dans Téglise de Paris ne diminuaient rien de leur fierté, quoique le bruit se fût déjà répandu partout qu'il venait quelque chose contre eux, et ils furent assez injustes pour défendre à un prêtre de faire les fonctions de son ordre, parce qu'il l'avait reçu sur un dimissoire de M. le cardinal de Retz. Ils étaient tellement dévoués à toutes les passions de la cour contre leur propre archevêque, que M. de Contes, doyen de Notre-Dame, voulut empêcher le 27 mai, jour de la fête de Dieu, que l'on portât à la procession du très saint Sacrement les torches où étaient les armoiries de M. le cardinal de Retz; mais il y perdit ses mesures, et elles furent portées contre son inclination.
Le samedi 5 de juin, M. le nonce Bagni, archevêque d'Athènes, ayant reçu la bulle du jubilé que le pape venait d'accorder pour le bien de la paix générale, et pour obtenir du ciel les bénédictions qu'il connaissait lui être nécessaires afin de soutenir dignement le poids d'une aussi grande dignité qu'était celle de chef de l'Eglise et de vicaire de J.-C, donna charge à M. l'official d'aller déclarer aux vicaires du chapitre de Paris que Sa Sainteté ne voulait pas qu'ils prissent connaissance du jubilé; qu'il le leur