‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 457 sur 510 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

ce magistrat manda depuis ce temps-là le vicaire de la paroisse pour savoir de lui quels ordres il avait reçus de son pasteur et quelle communication il avait avec lui, et quoi que ce vicaire ne répondît autre chose sinon qu'il avait reçu des ordres de lui pour la direction de sa paroisse, et entre autres pour prier un docteur en théologie d'y prêcher le jour de la Madeleine et celui de Sainte-Marthe, ce magistrat ne laissa pas de recevoir sa déposition comme une chose importante.

Et en effet, dès le lendemain, on commença l'instruction de son procès, et on signifia à son presbytère un décret de prisci de corps contre lui en cas que dans les huit jours suivants il ne se rendît pas auprès du roi pour exécuter ses ordres suivant la lettre de cachet qui lui avait été portée par le sieur de la Forest, lieutenant du Prévost de risle.

Dans le commencement de ce différend, la Chambre des comptes de Paris avait commis un admodiateur général dans l'archevêché de Paris, suivant les ordonnances du roi, pour le droit de régale, et cet admodiateur était en paisible possession. A la fin du mois de juillet, on donna un arrêt du Conseil par lequel Sa Majesté cassait celui de la Chambre des comptes, qui faisait défense à cet admodiateur de ne faire aucune fonction de sa charge, et instituait pour économe, pendant la prétendue vacance du siège de Paris, le nommé le Beau, qui était un exempt des gardes du corps et qui gardait Thôtel archiépiscopal, et le nommé le Leu. On lui donnait par cet arrêt tout pouvoir d'instituer toutes sortes d'officiers, tant pour le revenu que pour quelques autres fonctions extérieures, comme le greffier, le garde du sceau, Tofficial et autres, sans les désigner néanmoins par le nom de leurs offices. Cet arrêt fut signifié en diligence à tous ces officiers sans les nommer. Mais depuis cette signification, la Chambre des comptes donna un second arrêt par lequel elle ordonna que sans s'arrêter à celui du Conseil, l'admodiateur qu'elle avait institué demeurerait en possession de recevoir tous les revenus de l'archevêché de Paris, avec défense à toutes sortes de personnes de le troubler dans cette possession. Mais les nouveaux économes, étant maintenus par toute l'autorité de la cour, recevaient eux seuls tous ces revenus.

Vers le commencement du mois d'août, M. de Contes, doyen de Notre-Dame, avait fait signer des pardons et des indulgences par le sieur Baudouyn, secrétaire de l'archevêque de Paris, sans s'être mis eu peine d'en recevoir l'ordre de M. le curé de la Madeleine ni celui de MM. les grandsvicaires du chapitre, on crut par là qu'il n*était point éloigné de vouloir se rétablir dans la fonction du grand-vicariat en cas que l'absence de M. Chassebras pût être tout à fait notoire à tout le diocèse de Paris.

Le 19 du même mois, M. le curé de Saint-Séverin revint de la cour et perdit dans ce voyage la meilleure partie de sa réputation par le bruit qui se répandit dans tout Paris qu'il s'était engagé à ne point faire la fonction de grandvicaire. On publia aussi que le roi, pour obtenir son désistement lui avait fait un don de mille écus dans la coupe de quelque bois, et il eut la confusion de voir plusieurs de ses paroissiens lui faire de grands reproches de ce qu'il s'était laissé aller aux promesses du monde.

11 faisait d'inutiles efforts pour parler à M. Chassebras, son collègue, qui se tenait toujours caché, ayant été ajourné à trois briefs jours dont le troisième devait expirer le 28 du même mois. M. le chancelier, qui voulait à quelque prix que ce fût affaiblir ce curé de la Madeleine^ employait pour cet eff"et le pénitencier auprès de M. Chassebras, son oncle, chanoine de Saint-Jacques-de-l'Hôpital, qui déclarait à tout le monde qu'il ne savait nullement en quel lieu son neveu s'était retiré. Ces brouilleries réduisaient le diocèse de Paris à de fâcheuses extrémités, et l'administration en était entièrement suspendue.

C'était un triste spectacle de voir crier par trois fois à son de trompe un célèbre curé de Paris, docteur de Sorbonne, et être traité comme un scélérat sans avoir commis d'autre crime que de s'être acquitté envers M. de Paris, son archevêque, de l'obéissance qu'il lui avait promise au jour de son ordination dans une chose purement spirituelle. On le cherchait de tous côtés avec un empressement extraordinaire pour l'arrêter à quelque prix que ce fût, et on ne se contentait pas de parcourir toute la ville et tous les faubourgs de Paris pour tâcher de découvrir le lieu où il s'était caché ; mais les exempts et autres officiers du Prévost de l'Isle battaient la campagne jusqu'à quatre lieues aux envi-

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