‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 460 sur 510 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

CHAPmiE XVIII

Thèse d'au JacobiQ réformé. Délivrance du Père Nolauo. PréJicatiou de M. Boudon faite à Évreux contre les disciples de saint Augusliu.'

Pendaat toute cette agitation de Féglise de Paris, il arriva encore d'autres incidents particuliers touchant la matière de la grâce. Les Jacobins de la rue Saint-Honoré ayant fait une thèse vers la fin du mois de juillet, avaient mis une proposition touchant le mérite et le démérite, et avaient ajouté que dans renonciation qu'ils en avaient faite en l'exemptant de contrainte, il n'y avait rien de contraire à la constitution d'Innocent X. M. le nonce, ayant été averti par quelques partisans de Molina que cette thèse se devait soutenir, pria M. le chancelier d'interposer son autorité pour empêcher l'exécution de ce dessein. 11 envoya aux Jacobins faire défense de la soutenir, et ils se soumirent à cet ordre avec autant de silence et de respect que M. le nonce le pouvait désirer.

Les Jésuites, qui triomphaient hautement de cette défense, furent un peu mortifiés des nouvelles que l'on reçut de Rome en ce temps-là que le Père Nolano avait été tiré des prisons de l'Inquisition et mis en pleine liberté sans autre forme, sinon que les prisons lui avaient été ouvertes et qu'on ne lui avait rien dit à sa sortie, comme on l'y avait fait entrer sans lui rien dire.

Néanmoins les ennemis de la doctrine de saint Augustin attendaient toutes choses de ce nouveau pontificat. Ce fut dans ce dessein que quelques docteurs de la Faculté de Paris, partisans de Molina, firent en particulier une censure de la proposition du jacobin de [la rue] Saint-Honoré, et dans la souscription qu'ils en firent, M. Mulot prit la qualité de doyen, afin qu'elle fût considérée à Rome comme authentique, parce qu'ils en espéraient de la part du pape une condamnation plus formelle que celle d'Innocent X. Le jacobin de sa part faisait tout ce qu'il pouvait pour empêcher qu'on ne le reléguât à Abbeville, et n'omettait* rien pour faire comprendre à M. le chancelier que cette tem-

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péte avait élé excitée contre lui par l'envie et ranimosité de quelques-uns de ses confrères; mais ses efforts furent inutiles.

Il y avait alors à Evreux un archidiacre nommé M. Jean- Marie Boudon*, qui se disait docteur en théologie de la Faculté de Bourges, et qui avait un zèle aussi amer qu'aucun autre contre les défenseurs de la grâce de J.-C. Ce prêtre préchant le 6"^® d'août, jour de la Transfiguration, dans le monastère de Saint-Sauveur d'Évreux, dit que l'on voulait ravir à J.-G. la qualité glorieuse de sauveur, que dans tous les siècles il s'était élevé quelques hérétiques contre lui, les uns combattant sa divinité, les autres son humanité sacrée. Que les hérétiques du siècle passé avaient attaqué principalement son titre de rédempteur de tous les hommes; que cette hérésie qui avait été avancée par Luther et Calvin était encore défendue en nos jours par de nouveaux hérétiques, qui soutenaient que J.-C. est mort pour les seuls prédestinés. Qu'encore que ces erreurs eussent été nouvellement condamnées par le Saint-Siège, néanmoins des personnes qui voulaient paraître apostoliques appuyaient encore ces blasphèmes, qui étaient si horribles que, dans la naissance de l'hérésie de Luther, quelques-uns de ses disciples ayant été dire publiquement dans quelques villes d'Allemagne, que J.-C. n'était pas mort pour tous, ces blasphémateurs attirèrent sur eux une juste indignation du peuple qui les voulait tailler en pièces. Ce prédicateur se dispensa de faire l'application sanglante de ses dernières paroles, la laissant faire à ses auditeurs, et continuant cette invective, il dit que ceux qui entreprenaient de défendre de telles hérésies se couvraient du faux masque de piété, puisqu'il n'y avait point de véritable piété, sans la foi ; que c'était l'artifice ordinaire des hérétiques de mener une vie apparemment sainte afin de tromper le monde par Téclat d'une fausse vertu ; (jue dans les derniers siècles, les disciples de Luther criaient incessamment contre la corruption des mœurs qui régnait de leur temps; que le prétexte pieux de la réformation qu'ils demandaient, joint à quelque apparence extérieure de doc-

1. Henri-Marie et non Jean-Marie Boudon (1624-1703), grand archidiacre d'Evreux, est auteur de nombreux livres ascétiques.

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