‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 472 sur 510 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

sujets, quelques chanoines représentèrent qu'encore que M. l'archevêque fût absent et que ses vicaires généraux ne fussent pas en état d'agir, cette fâcheuse conjoncture ne donnait pas pour cela d'autorité ni de pouvoir de rien innover dans llordre des assemblées de la province touchant la députation pour l'assemblée générale. On nomma deux chanoines pour en conférer avec Messieurs les agents généraux du clergé de France, pour apprendre d'eux les ordres qui s'observent ordinairement dans ces. sortes de députations.

Cependant TafFaire de M. le cardinal de Retz demeurait toujours dans le même état, quoique l'on eût semé le bruit qu'on l'avait mise en négociation. M. le nonce ne changeait ni de langage ni de conduite sur ce sujet, et déclarait toujours qu'il avait ordre de ne pas recevoir d*autres grandsvicaires du diocèse de Paris que ceux que ce cardinal avait nommés. Quelque chose qu'on lui pût dire pour lui attribuer les maux que l'on disait être la suite de la publication du mandement et de la monition, il tenait ferme, se contentant de répondre qu'il faisait sa charge, et que M. Chassebras était assez sage pour faire la sienne sans avoir besoin de conseil. C'était inutilement que M. Cohon le sollicitait pour lui faire recevoir l'acte de l'information de ses vie et mœurs, dans le dessein d'être transféré du siège épiscopal de Dol à celui de Nîmes qu'il avait rempli autrefois; il rejetait toujours ses demandes, et ne faisait nul état de ses instances, le considérant comme un usurpateur de l'autorité de l'Église et comme indigne de recevoir aucune grâce du Saint-Siège apostolique à cause de l'ordination illégitime qu'il avait faite dans l'église de Paris sans la participation de M. le cardinal de Retz,

Cette fermeté de M. le nonce faisait concevoir de bonnes espérances pour le succès de l'affaire de ce prélat disgracié; mais ceux qui avaient été instruits du détail de ce qui se passait à Rome croyaient avoir des raisons considérables pour en juger autrement. Car le pape, dès le commencement du mois d'août, avait fait de grandes civilités aux parents de M. le cardinal Mazarin. Il avait fait de grands régals de fruits et de neiges à une de ses nièces religieuses, et avait renvoyé ses neveux en France dans une des galères du pape. De plus la retraite du cardinal de Retz hors de

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Rome fournissait de matière aux spéculatifs. Ceux qui en voulaient juger avantageusement pour lui attribuaient ce changement à la nécessité pressante à laquelle il s'était réduit de pourvoir à son mal d'épaule en prenant Tair de la campagne et les bains de Saint- Cassien. Les autres croyaient qu'il y avait été réduit par l'état de ses affaires pour épargner la dépense à laquelle il se trouvait engagé s'il fût demeuré plus longtemps dans cette cour, qui défère beaucoup à l'éclat et à la pompe extérieure, et où la justice et le mérite sont fort peu considérés quand ils ne sont pas soutenus par la magnificence extérieure. Le pape même ne paraissait pas insensible aux reproches que le cardinal Mazarin lui avait faits par ime lettre d'avoir fait plus de mal à l'Église le jour qu'il avait donné le pallium au cardinal de Retz que le feu pape Innocent X n'en avait fait dans tout le cours de cette affaire, pendant son pontificat. Et quelques-uns publiaient que cette retraite était conforme aux intentions de Sa Sainteté. On savait même que le pape s'étant trouvé indisposé au commencement du mois d'octobre, la cour de Rome dressait déjà le plan d'un nouveau conclave.

Le 4'2du même mois, M. le cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix, reçut le pallium des mains de Sa Sainteté, et comme il s'en devait retourner en France peu de jours après, le pape le chargea par deux différentes fois de contribuer tous ses soins à son retour, pour empêcher qu'on n'écrivit point en France de la matière de la grâce et qu'on n'y imprimât aucun livre qui en traitât. Cela fit croire que les grands éloges qu'il avait toujours donnés à saint Augustin n'étaient fondés que sur l'opinion qu'il avait que les sentiments de ce saint docteur n'étaient pas contraires à ceux des Jésuites ses bons amis, mais que comme la discussion en était fort embarrassante et fort dificile, il agréerait davantage ceux qui céderaient aveuglément à l'autorité des bulles et des brefs des papes, que ceux qui consulteraient le Saint-Siège pour en demander l'éclaircissement.

Cependant le trouble s'augmentait toujours de plus en plus dans l'église de Paris. Le 19 du mois d'octobre, M.Ghassebras ayant fait afficher une seconde monition, elle fut arrachée par des huissiers qui avaient leurs robes sous des manteaux gris. M. Séguier, théologal, et M.Gaudin, chanoine

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de Notre-Dame, montèrent sur des échelles pour la lire en un autre endroit, et l'arrachèrent ensuite.

Le mercredi, M. de Contes, doyen de Paris, porta au chapitre deux lettres qu'il avait reçues la veille, de la part de M. l'archevêque de Sens, dont l'une était adressée à M. le cardinal de Retz, évêque de Paris, et l'autre aux doyen, chanoines et chapitre de la même église. Mais dans la délibération qui se tint sur ce sujet, il fut conclu qu'elles seraient renvoyées toutes deux à M. de Sens sous une enveloppe que le greffier écrirait, et que le valet du même greffier, ou quelqu'autre qui n'aurait nulle marque d'officier, exécuterait cette commission.

Dans la même assemblée capitulaire, il fut arrêté que Ton poursuivrait contre M. de Sens le paiement de la somme de six mille livres à laquelle il avait été condamné par l'arrêt qui lui avait été signifié le jour précédent. Mais ces procédures n'empêchèrent pas ce prélat de tenir son assemblée provinciale en son hôtel de Sens.

D'un autre côté les évêquies suffragants de l'archevêché de Paris s'assemblèrent pour résoudre par une commune délibération les difficultés qui se présentaient au sujet des assemblées, tant du diocèse que de la province ; mais ils se séparèrent sans rien conclure.

Le jeudi 21, les évêques suffragants de Paris s'assemblèrent encore de nouveau sur la même affaire avec les députés du second ordre pour la députation de l'assemblée générale ; mais il n'y fut rien arrêté, et ils se contentèrent de se communiquer l'acte de protestation que M. Ghassebras leur avait fait signifier.

Ce jour-là même, on signifia à MM. de Dol et de Coutances un interdit dans tout le diocèse de Paris à cause des ordres qu'ils y avaient conférés sous l'autorité des grands-vicaires du chapitre, et sans la participation de M. le cardinal de Retz et de ses officiers.

Le vendredi 22, cet acte d'interdiction ayant été affiché dans la cour du cloître de l'église de Paris ; M. Thé venin, chanoine, en arracha lui-même les affiches qu'il ne pouvait supporter. Mais les officiers du Châtelet ne furent pas tout à fait si hardis que lui, et s'étant assemblés ce jour-là même au sujet de la seconde monition pour la condamner comme la première, quelques-uns d'eux témoignèrent ne 11 45

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pas vouloir s'en mêler davantage de peur de s'exposer au hasard d'être excommuniés.

Le samedi 23, M. Taignier, docteur en théologie, qui était fort intime à M. l'archevêque de Sens, apprit de lui plusieurs particularités de son affaire dans une conversation qu'ils eurent ensemble. Ce prélat lui dit qu'il était très bien avec M. le cardinal Mazarin, et qu'ayant l'oreille de la reine il espérait un heureux succès de ce qu'il avait entrepris. Il lui montra ce qu'on lui avait envoyé de Rome touchant sa lettre pastorale, et ce n'était qu'une honteuse et misérable rétractation. Aussi protestait-il de vouloir plutôt mourir que de se résoudre à la signer; qu'il avait dessein de prendre son temps avant que d'éclater, et qu'il attendait pour cet effet que l'assemblée fût tout à fait formée et que les présidents fu&seni nommés. Que M. le cardinal Mazarin lui avait parlé du pape avec mépris durant un temps très considérable ; que l'affaire de M. l'archevêque de Rouen était tout à fait insoutenable dans les formes, et que M. le cardinal Mazarin lui avait témoigné n'être pas fâché de cette rencontre, attendu ce qui lui était arrivé l'année précédente, ce qui lui avait même donné occasion de lui parler de ce qui était arrivé à M. de Montauban aux États de Languedoc.

Le 24. le même M. Taignier sut d'un des amis de M. de Rouen qu'il avait soutenu son action avec beaucoup de vigueur devant M. le cardinal Mazarin en présence du roi, et qu'il avait protesté de la défendre selon les règles de l'Église autant que sa dignité l'exigeait de lui ; que, quoiqu'il eût reçu ordre de la cour de se retirer dans son diocèse, il n'y avait pas eu néanmoins d'arrêt du Conseil d'en haut pour casser sa procédure comme abusive ; qu'il y avait apparence que M. d'Évreux se départirait de ses intérêts, étant revenu de la cour avec M. Le Tellier; mais qu'il n'en était pas moins résolu de se bien défendre.

Tout le monde attendait le dénouement de tant d'intrigues, mais le grand crédit du cardinal Mazarin [les] faisait réussir à ses desseins, et il se jouait des prélats qui croyaient avoir le plus de part en sa confidence.

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