‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 479 sur 510 · Livre xiii · texte numérisé non relu

Livre xiii

par le chapitre de Notre-Dame de Paris, sur laquelle elle prétendait délibérer en temps et lieu, comme aussi sur l'arrêt du Conseil d'en haut et sur l'ordre de Sa Majesté signifié à M. l'archevêque de Rouen. Le délai de cette affaire en était l'entière ruine, et il paraissait par cette conclusion que l'assemblée avait autant de tiédeur et d'indifférence pour les intérêts de l'Église qu'elle avait le soin d'exécuter ponctuellement tous les ordres de la cour.

Le lundi 45 du même mois, MM. de Chartres et d'Orléans et MM. Edeline, Meusnier et Le Moine, députés des diocèses de Chartres, d'Orléans et de Meaux, ayant été introduits dans l'assemblée par MM. les abbés de Roquépine et de Sainte-Aphrodise, M. de Chartres prit place au bureau, et après voir fait les excuses de M. de Meaux, qui n*avait pu se trouver à l'Assemblée à cause de son indisposition, il dit que la province de Paris venait, pour satisfaire aux ordres de la compagnie, lui rendre compte de sa conduite et la remercier du soin qu'elle prenait de ses intérêts; qu'elle avait beaucoup de déplaisir de se voir encore privée d'assister par ses députations à une si illustre assemblée; qu'elle faisait tout son possible pour vaincre les difficultés qui se trouvaient à convoquer dans les formes tant la province que les députés du diocèse de Paris; mais que les expédients proposés à cet effet avaient été jugés d'une exécution difficile; que dans une conférence assez longue qu'il avait eue avec M. le cardinal Mazarin, Son Éminence avait trouvé l'affaire difficile, et les avait exhortés à y bien penser et à s'aider de [leur] côté pour faciliter les choses, offrant du sien d'y contribuer de tout son pouvoir, et promettant de leur faire savoir dans peu de jours une dernière résolution sur les propositions qu'ils avaient faites, ce que Son Éminence n'avait pu effectuer à cause du départ du roi; qu'ils étaient pourtant comme assurés d'avoir au plus tôt une réponse décisive qui donnerait moyen de faire cette convocation.

M. l'archevêque de Narbonne répondit que toutes les procurations des provinces ayant été vues et examinées, à la réserve de celles de Paris, pour laquelle personne ne s'était présenté, quoique la compagnie sût en quelque façon le sujet du retardement de la nomination des députés, elle avait néanmoins désiré d'en apprendre le particulier par elle-même, et de lui offrir tout ce qui pouvait dé-

714 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

pendre d'elle dans celle occasion; mais que puisque les choses étaient si bien disposées, l'assemblée en avait une grande satisfaction, espérant d'être bientôt fortifiée de la présence et du bon conseil des députés de cette province.

Le mardi 16, on nomma M. l'archevêque de Bordeaux pour célébrer la messe solennelle du Saint-Esprit le dimanche salivant 21 du même mois, dans l'église des Augustins Et le lendemain mercredi on arrêta, mais sans en charger le procès-verbal, que cet archevêque prendrait la permission pour dire cette messe in pontificalibus et en public, de M. le curé de Saint-Séverin, qui était le seul grandvicaire de M. le cardinal de Retz qui parût; et que s'il faisait difficulté de la leur accorder, ils ne feraient point de cérémonie et se contenteraient d'une messe basse, ne voulant pas s'exposer aux inconvénients qui seraient inévitables si l'assemblée voulait exercer quelque autorité en cette rencontre.

Le vendredi 19, M. l'archevêque de Bordeaux apporta à l'assemblée la permission que M. le curé de Saint-Séverin, grand-vicaire de M. le cardinal de Retz, lui avait accordée de dire la messe du Saint-Esprit in pontificalibus; et on en arrêta le jour pour le lundi suivant. On avait même conclu que cette permission serait insérée dans le procès- verbal, mais elle ne s'y trouva point, et la cour traversa encore cette petite affaire qui n'était qu'une circonstance de la princicipale.

En effet, M. l'archevêque de Narbonne rapporta le lundi 22 à l'assemblée que le samedi précédent MM. les nouveaux agents l'étaient venus trouver chez lui pour lui dire que, sur les deux heures de relevée du même jour, la reine leur avait commandé de faire savoir à la compagnie que le roi la priait de différer pour huit jours la célébration de la messe solennelle du Saint-Esprit qu'on a accoutumé de dire à l'ouverture de l'assemblée, et voyant qu'il était important que l'assemblée fût informée de l'ordre qu'il avait reçu de la reine, que dans le peu de temps qui leur restait, ils en avaient donné avis à Messeigneurs les prélats et à MM. les députés du second ordre, lesquels, avaient voulu prendre la peine de se trouver chez lui sur les six heures du soir; qu'après leur avoir représenté que l'usage était de s'assembler dans la salle ordinaire, ils

rvRE xiir 715

avaient mieux aimé, étant extrêmement lard, demeurer chez lui pour y résoudre ce qu'ils auraient à faire sur la prière que ces agents avaient eu ordre de leur faire de la part du roi. A quoi M. l'archevêque de Sens ayant ajouté que M. le cardinal Mazarin lui avait fait connaître que la cérémonie ne serait pas différée pour longtemps, et que l'intention de Sa Majesté était que la compagnie travaillât cependant à ses affaires ordinaires, ils avaient tous résolu de différer cette cérémonie jusqu'au dimanche suivant, et de vaquer incessamment à leurs affaires, et que les nouveaux agents feraient savoir à la reine la résolution qu'ils avaient prise.

M. l'abbé de Roquépine, l'un de ces agents, s'acquitta de cette commission le lundi 27 novembre, et dit que le jour précèdent son collègue et lui avaient reçu ordre de la reine de l'aller trouver; et qu'y étant allés, elle leur avait ordonné de faire savoir à la compagnie que M. le nonce avait reçu un bref du pape, et qu'il ne voulait point dire ce qu'il contenait jusqu'à ce que le roi fût de retour ; qu'elle croyait néanmoins que c'était pour l'administration du diocèse de Paris, et que le roi devant y être dans quatre ou cinq jours, elle priait la compagnie de différer la célébration de la messe du Saint- Esprit jusqu'à la fin de la semaine suivante.

Ces longs et fréquents retardements faisaient voir d'une part l'extrême embarras où l'affaire des grands-vicaires réduisait la cour, et montraient de l'autre jusqu'à quel point de bassesse on asservissait l'assemblée générale du clergé de France en l'obligeant de remettre l'invocation du Saint-Esprit à un si long terme, ce qui était se jouer de sa patience aussi bien que des cérémonies et des prières de l'Église.

M. l'archevêque de Narbonne répondit donc sur cela que les précédentes assemblées ayant toujours été commencées par la célébration d'une messe du Saint-Esprit, il aurait été à souhaiter que celle-ci en eût été de même ; qu'elle y était disposée, et qu'elle avait disposé toutes choses à cet effet lorsque le roi l'avait fait prier de différer la cérémonie pour trois jours, ce que la compagnie avait jugé ne lui devoir pas refuser; que comme l'on venait d'apprendre par le rapport des nouveaux agents que la reine désirait encore un délai de huit jours, il était à craindre que le public ne

716 MÉMOIRES DE GODEFROl BERMANT

fût mal édifié d'un plus long retardement, et que d'ailleurs il était très fâcheux de refuser à Leurs Majestés un délai de quelques jours, que c'était à la compagnie de juger ce qui était le plus expédient en cette occasion.

Le procès-verbal porte simplement que par la délibération des provinces il avait été résolu que l'on accorderait à la prière de la reine le délai qu'elle souhaitait, et que l'on célébrerait la messe du Saint-Esprit le dimanche 6^ jour de décembre sans autre remise. Mais on y a supprimé que cinq provinces entières y avaient résisté, pour ne pas souffrir un si long mépris que Ton faisait à la cour des prières et de l'usage de l'Église.

M. l'évéque de Limoges fut prié de faire savoir à la reine la résolution de la compagnie, et de lui représenter néanmoins qu'elle craignait par ce retardement de manquer à son devoir et de se rendre coupable du peu d'édification que le public en recevrait; et qu'ainsi elle obligerait fort sensiblement la compagnie de trouver bon qu'elle s'acquittât de ce devoir le mardi suivant, jour de Saint-André.

Le lundi27 de novembre, M. de Limoges, rendant compte de cette commission, dit qu'étant allé au Louvre le samedi, sur lès six heures du soir, et ayant fait savoir à la reine qu'il souhaitait avoir l'honneur de lui parler, elle avait eu la bonté de le faire entrer d'abord; qu'il lui avait exposé tout ce que la compagnie lui avait ordonné, et qu'après lui avoir représenté de quelle conséquence était le retardement de la messe du Saint-Esprit, même pour la réputation de Sa Majesté dont la piété était si connue, et le scandale que le public en pourrait recevoir, il Tavait suppliée dans les termes les plus forts et les plus respectueux qu'il avait pu employer, que la compagnie fit dire la messe le jour de Saint-André ; que Sa Majesté avait trouvé assez de disposition à y consentir; mais que comme il fallait le faire savoir au roi, elle croyait que difficilement on pourrait avoir la réponse avant la fin de la semaine, et qu'ainsi puisque l'assemblée avait bien voulu lui accorder un délai de huit jours, elle l'acceptait tout entier. Et qu'étant entré dans une conversation particulière, il lui avait dit beaucoup de choses qu'il ne rapportait pas à la compagnie, n'étant point de sa commission ; mais qu'il croyait lui devoir dire que dans la suite de Fentretien, elle lui avait parlé du bref, que sur cela

m xiiî 717

il lui avait représenté que s'il était conçu dans les termes que l'on disait, il ne se pouvait rien faire qui allât à une plus grande diminution de l'autorité épiscopale; qu'ainsi ils espéraient et attendaient de la piété du roi et de la sienne qu'il écouterait les remontrances du clergé sur ce sujet.

La compagnie, après avoir remercié M. de Limoges de la peine qu'il avait prise de rapporter ses résolutions à la reine avec tant de fermeté et de zèle, s'entretint du bruit qui courait de ce bref, envoyé de Rome pour commettre l'administration de l'Église de Paris à un des suffragants; lequel, s'il était conçu aux termes que l'on disait, porterait un grand préjudice aux libertés de l'Eglise et à la juridiction épiscopale.

M. Tévêque de Lodèvé représenta qu'il serait peut-être à propos d'examiner s'il ne serait pas plus utile qu'avant que ce bref fût exécuté, l'assemblée tâchât d'avoir une connaissance certaine s'il ne contenai t aucunes clauses contraires aux droits, libertés et usages de l'église gallicane, parce qu'en ce cas elle pourrait en prévenir et faire surseoir l'exécution par ses très humbles remontrances au pape et au roi ; car d'attendre à faire réparer après l'exécution ce qui pourrait blesser l'autorité des évêques serait peut-être une chose bien difficile à obtenir, et délicate à traiter avec Sa Sainteté et Sa Majesté, de qui l'assemblée devait attendre la conservation des droits iet des privilèges de l'Eglise par ses respects et par ses obéissances plutôt que d'entrer en contestation avec ces deux puissances, qu'elle devait toujours révérer. Que les papes avaient déclaré par Leurs Décrétâtes que lorsque, par subreption ou autrement, ils ont ordonné quelque chose qui blesse les droits ou les coutumes de l'Église ou des particuliers, ils ne trouvent pas mauvais que l'exécution en soit suspendue jusqu'à ce qu'on leur ait représenté les raisons contraires à leurs rescrits, et que les rois avaient toujours écouté favorablement les remontrances que les prélats leur avaient faites contre les infractions de leurs libertés, dont leurs Majestés avaient fait gloire de prendre la protection. De sorte que pour tenir ces voies de douceur et de respect bienséantes à l'état épiscopal, et aller au devant du préjudice qui pourrait lui être fait par Texécution de ce bref, peut- être serait-il à propos de faire savoir

718 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

aux é vêquescon-provinciaux de laprovince de Paris, àqui Ton disait qu'il était adressé, que comme ils avaient consulté l'assemblée sur le fait de l'administration de l'église de Paris et de la convocation de leur assemblée provinciale, ils lui feraient aussi chose agréable de lui communiquer le bref lorsqu'il leur serait mis entre les mains ou qu'ils en auraient une connaissance plus certaine, et de ne pas s'engager dans l'exécution avant que d'en avoir conféré avec l'assemblée.

M. l'archevêque de Narbonne dit que l'ouverture que M. de Lodève venait de faire était extrêmement judicieuse et importante au clergé ; que la compagnie y devait faire grande réflexion ; que dans le cours ordinaire des choses on voyait de grands maux évités par quelques précautions que l'on prenait pour empêcher qu'ils n'arrivassent; que tojyt le clergé de France devait considérer ce bref comme une chose qui lui porterait un préjudice très notable et qui anéantirait toute l'autorité épiscopale ; qu'il était de la prudence de la compagnie de voir s'il était à propos de prier Messeigneurs les évoques suffragants de ne pas accepter le bref sans en avoir communiqué avec la compagnie. Et sur ce que quelques-uns représentèrent que comme Ton ne savait pas précisément si ce bref était pour les évêques de la province de Paris, ou pour tel autre que Sa Majesté voudrait choisir, il était important de les avertir tous. La chose étant mise en délibération, il fut résolu, après l'avis des provinces, que les plus anciens prélats qui composaient cette assemblée avertiraient ceux de leurs provinces qui étaient alors à Paris; que M. de Lodève et M. l'abbé Boucherat* avertiraient aussi ceux de la province de Paris, et que les nouveaux agents donneraient avis à ceux qui n'avaient point de diocèse en France, et les prieraient tous de la part de la compagnie, au cas qu'on leur présentât un bref pour l'administration du diocèse de Paris, de ne le pas accepter qu'auparavant ils n'eussent conféré avec la compagnie et su ses sentiments sur ce sujet, et qu'ils leur feraient entendre à tous que l'assemblée les appellerait quand il serait question d'y opiner.

1. Saus doute Guillaume Boucherai, frère du chancelier de ce nom. Il fut abbé de Saint-Sever, conseiller honoraire du Parlement, et mourut eu 1679.

Page 1