‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 48 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

mis. Il ne fut pas malaisé de soupçonner par un changement si subit qu'il était arrivé quelque chose d'extraordinaire dans le parti du Molinisme, et les disciples de saint Augustin s'étant informés du sujet de cette joie, ceux de cette communauté qui avaient quelque sorte d'amitié pour eux apprirent que c'était la nouvelle de la bulle qui avait été mandée aux Jésuites par une autre voie que par celle de l'ordinaire. On les avertit ensuite que la Cour en avait aussi des nouvelles certaines, de sorte qu'il n'y avait plus lieu d'en douter.

Ils n'eurent pas de peine à croire cette nouvelle après toutes les choses qui s'étaient passées et dans Rome et dans Paris depuis deux mois Ils les prenaient toutes pour des préparations que les Jésuites établissaient insensiblement dans le dessein de mieux faire recevoir la bulle et d'éviter les justes reproches que leurs amis leur pouvaient faire lorsqu'ils apprendraient la conduite qu'on avait tenue à Rome sur cette affaire C'est pourquoi, afin de prévenir les maux dont les Jésuites et leurs adhérents les menaçaient après l'arrivée de cette bulle, ils prirent la résolution de publier l'écrit qui a pour titre : Distinction abrégée des cinq propositions qui regardent la matière de la grâce, que les députés des évéques pour la défense de la doctrine de saint Augustin avaient présentée au pape le i 9 du mois de mai de cette année. Les deux évéques qui avaient eu part de tout ce qui s'était passé dans cette affaire furent d'avis, sur la certitude de cette nouvelle, qu'on le publiât afin de faire voir que le Saint Père n'avait condamné par sa bulle que le sens hérétique des cinq propositions et non pas le sens catholique qui était celui de saint Augustin. Leur sentiment était de l'adresser à tous les évéques avec une lettre dans laquelle ils leur représenteraient les raisons qui les avaient portés à faire publier cet écrit Mais cette nouvelle les surprit de telle sorte qu'ils se contentèrent de leur envoyer cet écrit en la manière qu'il avait été présenté au pape, et d'exposer leurs motifs à ceux qu'ils crurent être plus susceptibles des impressions que ce petit ouvrage pouvait faire sur des esprits tanl soit peu raisonnables, n'y ayant pas assez de temps pour travailler à l'impression de cette lettre. Voici les motifs en la manière qu'ils furent projetés :

1° Que la conjoncture où se trouvait l'affaire qui se pro-

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jetait à Rome les obligeait de leur écrire pour leur faire connaître l'intérêt qu'ils prenaient dans l'établissement de la vérité et dans la décision des points qui étaient en contestation touchant la grâce de J.-C.

2° Qu'ils avaient fait tout leur possible pour faire réussir les choses à l'avantage de la vérité, en tâchant par leurs députés de faire comprendre à M. Rallier et à ses collègues qui poursuivaient la condamnation des cinq propositions qu'il y avait des sens dans lesquels elles pouvaient être condamnées et dans lesquels même ils les condamnaient avec tous les disciples de saint Augustin ; mais qu'il y en avait un qui était celui de ce saint docteur de la grâce, que le Saint-Siège -avait approuvé tant de fois, qui ne pouvait être condamné puisque c'était celui de l'Église.

3° Que M. Hallier et ses collègues n'avaient point voulu écouter une proposition si raisonnable, parce que leur dessein était de se couvrir de l'apparence d'une députation célèbre de plusieurs évêques pour faire condamner ce sens orthodoxe sous le sens hérétique que ces propositions renfermaient, assurant le pape et toute sa cour que c'était dans le sens hérétique que les disciples de saint Augustin les soutenaient en France, ce qui était une pure calomnie dont il était aisé de les convaincre, pour peu qu'ils les eussent voulu entendre.

4° Que pour remédier à ce mal, les docteurs qu'ils avaient députés pour défendre devant le pape la doctrine de saint Augustin, que l'on attaquait sous prétexte de ces cinq propositions, avaient présenté cet écrit à Sa Sainteté dans la première audience publique qu'elle leur avait donnée, afin qu'elle vît en abrégé et tout d'une vue le véritable et légitime sens qu'ils défendaient et celui qu'ils ne défendaient pas, et qu'elle pût reconnaître le défaut de sincérité qui était dans M. Hallier et dans ses collègues, qui avaient toujours rejeté toutes les propositions qu'on leur avait faites pour entrer dans ce sens et le souscrire comme étant catholique, et qui refusaient encore de comparaître en leur présence devant elle pour leur marquer ce sens, et pour déclarer ce qu'ils prétendaient dans la poursuite qu'ils faisaient de la condamnation de ces propositions, si c'était ce sens orthodoxe de la grâce efficace par elle-même, ou bien celui des hérétiques, ce qui néanmoins était le plus juste du monde.

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