‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 482 sur 510 · LIVRE xm · texte numérisé non relu

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de grande vertu, et ne manquait pas de sa part de le défendre contre ces calomnies; mais qu'il le priait de trouver moyen d'agir de son. côté et de recourir à Dieu, afin qu'il l'assistât de sa sainte grâce, et qu'il put faire paraître à tout le monde sa sincérité et son innocence et la malice de ses adversaires ; qu'ils étaient apparemment plus poussés par leurs passions particulières que par aucun zèle de religion.

Cette nouvelle marquait une extrême prévention de la part de Sa Sainteté, qui s'était laissé surprendre par les médisances et les calomnies des Jésuites; et cela se trouvait tout à fait conforme à ce que l'on avait publié par tout le royaume trois ou quatre mois auparavant, que dans l'entretien que M. Denyaui, docteur de Sorbonne avait eu avec le pape. Sa Sainteté lui avait dit qu'il était à souhaiter que tout le monde fût chassé de Port-Royal, tant hommes que femmes : Utinam ornnes tam viri quam feminœ e For tu Regio ejicerentur! C'était le but que les Jésuites s'étaient proposé depuis longtemps par leurs intrigues, et ils travaillaient par toute la terre à la destruction de ce monastère comme à la chose du monde qui leur était de la plus grande conséquence pour l'établissement paisible du molinisme. Ils avaient persuadé à la cour romaine que ces hommes retirés de tout commerce du monde et ensevelis volontairement dans un désert ne se contenteraient pas des disputes de la pénitence et de la grâce; mais que quand ils entreprendraient la matière de la vocation, ils n'épargneraient ni le sacré collège des cardinaux, ni le Saint-Siège, ni la personne même du pape, et insisteraient pour demander la réformation de toutes les choses qu'ils y blâmaient comme des abus. Leur désintéressement ne servait qu'à les rendre plus formidables, et à faire concevoir de leur conduite une idée tout à fait désavantageuse.

Après cela il n'y a pas sujet de s'étonner de ce que la lettre que M. Arnauld écrivit au pape le 27 d'août de la même année, en lui envoyant celle qu'il adressait à un duc et pair de France pour sa justification, n'ait pas eu l'effet

1. Robert Denyau, curé de Gisoi's eu 16H, et auteur de plusieurs ouvrages de piété et d'érudition. 11 mourut en 1664, avec le titre d'historiographe du roi.

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qu'elle devait avoir raisonnablement si Sa Sainteté n'eût pas été plus susceptible des impostures de ses adversaires ({u'elle n'était portée à lui rendre la justice qu'il demandait ; mais ce docteur se consolait par l'exemple de tant de saints qui avaient été décriés vers le Saint-Siège comme des esprits inquiets, séditieux, perturbateurs du repos de toute rÉglise dans le temps même qu'ils lui rendaient des services très considérables ; et quelque destitué qu'il fût du secours des hommes dans une conspiration si générale que l'on formait contre lui, il était persuadé que la vérité dont il était le défenseur serait sa défense, et le rendrait invincible dans le temps même qu'il paraîtrait vaincu aux yeux des hommes.

GHAPITIIE XXYIU

Oii ealcve à Ypres l'épitaphe de M. Jaaséaius, par l'intrigue des Jésuites, sous prétexte d'exécuter les ordres de Rome.

Ce n'était point assez pour la passion des Jésuites de persécuter la mémoire de M. Jansénius, évoque d'Ypres, qui était mort, non seulement dans la communion de l'Église, mais aussi en odeur de sainteté; il fallait encore, pour satisfaire leur animosité et pour se rendre terribles à tous ceux qui combattaient leurs erreurs, qu'ils obtinssent la permission de troubler les cendres de ce vertueux prélat. La haine qu'ils lui portaient leur fit oublier les lois de l'humanité, et au lieu que les plus grands ennemis, qui ne respiraient que la vengeance, se réconcilient avec eux quand ils les voient dans le tombeau, le tombeau même de ce prélat leur était si insupportable qu'ils ne se donnèrent aucun repos jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu la malheureuse satisfaction de l'enlever ; car on y avait gravé son éloge en ces termes :

Cornélius Jansénius hic situsest. Satis dixi ; etc.

Ci gît Cornélius Jansénius,

c'est assez dire, etc.

(Voyez l'imprimé, tant du latin que du français'.)

1. Ou peut lire le texte complet de cette épitaphe (texte et traduc* tiou) dans le Nécrologe de Pori-Roi/al, p. 187.

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