‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 483 sur 510 · LIVRE xrii · texte numérisé non relu

LIVRE xrii

L'éclat ianoceiit de cette épitaphe blessait depuis longtemps les yeux des Jésuites, et leur aniinosité leur y faisait rencontrer autant de pointes perçantes qu'ils y lisaient de mots et de syllabes. Dans le dessein qu'ils avaient conçu de la faire arracher avec scandale, ils redoublèrent leurs intrigues du côté de Rome, et firent que de là on écrivît aux Pays-Bas comme de la part du pape, pour y engager en même temps la puissance ecclésiastique et séculière ; ils publièrent même de tous côtés que Sa Sainteté avait envoyé un bref pour cet effet ; mais il n'en parut aucun pour lors, et ce ne fut qu'après Texécution d'un dessein si plein d'inhumanité qu'ils en publièrent un pour approuver la chose quand elle fut faite, et non pas pour l'ordonner, ce qui fit voir à tout le monde que le bruit qu'ils en avaient répandu en 1646 était faux.

Tout ce qui fit jouer cette machine fut une lettre d'un prélat de Rome qui se qualifiait archevêque de Tarse et secrétaire du pape^ écrite de Rome et datée du 29 de mai, par laquelle il mandait à M. l'évéque d'Ypres, successeur de M. Jansénius, que le Saint Père était bien informé que dès le temps d'Innocent X, d'heureuse mémoire, on avait fait entendre à Sa Seigneurie illustrissime qu'il n'était pas à propos que dans l'église d'une ville aussi catholique (ju'était la sienne, et gouvernée par un pasteur si zélé et si respectueux envers le Saint-Siège, on vit Tépitaphe de Jansénius, dont les œuvres ont été condamnées comme hérétiques ; et que Sa Sainteté persistant dans ses sentiments, qu'on ne devait aucunement souffrir que cette inscription subsistât; elle lui avait commandé d'écrire à Sa Seigneurie illustrissime qu'elle employât ses soins et sa prudence à la faire ôter, Sa Sainteté se persuadant que la grande adresse (ît le zèle de cet évêque d'Ypres saurait bien prendre les moyens convenables pour en abolir la mémoire dans sa ville, comme lui qui écrit cette lettre, en faisant savoir à sa Seigneurie illustrissime cespieux sentiments de Sa Sainteté, lui réitérait les assurances de ses services, et lui baisait très humblement les mains, et se qualifiait de Sa Seigneurie très illustrissime et révérendissime, le très affectionné et et très obligé serviteur. — Jules, archevêque de Tarse. Les Jésuites ayant fait écrire de Rome cette lettre par le îcrétaire du pape comme au nom de Sa Sainteté, il ne leur

724 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

fut pas fort difficile d'obtenir des ordres de Tarchiduc, dont ils disposaient absolument, pour l'exécution de ce grand dessein. Il écrivit donc à ce même évéque d'Ypres la lettre suivante :

« Léopold Guillaume, par la grâce de Dieu archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, etc., lieutenant gouverneur et capitaine général des Pays-Bas et de Bourgogne, etc.

Très révérend Père en Dieu, cher et bien amé. Ayant été vues au conseil privé du roi, mon seigneur, vos lettres [du] 20 juillet et 2 de septembre dernier avec la lettre à vous écrite de la part de Sa Sainteté, datée de Rome du 12 mai aussi dernier, par laquelle vous êtes chargé de faire ôter l'épitaphe de feu Tévêque Jansénius mis[e] en l'église cathédrale, pour être le contenu d'icelui* contraire à la disposition des bulles et décrets des papes Urbain VIII et Innocent X, faits et émanés contre le livre du dit évêque Jansénius et la doctrine y contenue; et nous ayant été fait rapport de tout, nous vous dirons que n'a été trouvé aucune raison ou sujet qui pourrait empêcher que l'ordre et volonté de Sa Sainteté à cet égard ne soient accomplis. Et partant vous la pourrez effectuer et exécuter en la manière que vous jugerez la plus convenable. Et si avant quand effet* vous ayez besoin de main forte ou assistance, nous [avons] fait écrire à cet effet la lettre jointe au grand-bailli de la ville d'Ypres, afin qu'il ait à la donner, de laquelle lettre dépêchée sous cachet volant vous pourrez user si avant que vous le trouverez à propos.

A tant, très révérend Père en Dieu,, cher et bien amé, Notre Seigneur vous ait en sa sainte garde.

De Bruxelles le 27 de novembre 1655. (Paraphé B. U. signé Léopold Guil. Et plus bas : de Gotignies. »

La lettre de cet archiduc au bailli d'Ypres était de la même date et contenait : « Cher et bien amé, comme l'évêque d'Ypres a reçu charge et commandement de Sa Sainteté de faire ôter l'épitaphe [du] feu évêque Jansénius, et que le fait examiné et mûrement considéré au conseil du roi mon seigneur, et nous étant fait rapport de tout, nous n'avons trouvé sujet ou raison pour empêcher l'ac-

Page 1