‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 59 sur 510 · Ms. : Vues de ses propres mains · texte numérisé non relu

Ms. : Vues de ses propres mains

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ruiner l'effet de cette députation en Espagne, et le Conseil de Sa Majesté Catholique attendant la fin où aboutirait l'affaire que les députés de France sollicitaient auprès de Sa Sainteté.

Enfin le pape se détermina le premier; voyant d'un côté que le plus sûr pour se délivrer de toute sorte d'embarras était de faire une bulle, et envisageant de l'autre la grande ouverture que les affaires de France lui donnaient pour l'établissement de son autorité absolue sans que personne y osât mettre d'empêchement, il prit la résolution de finir l'affaire de cette députation de France par la constitution qui a depuis fait tant d'éclat et de bruit. Ensuite il ne fut pas difficile de ruiner la députation en Espagne ; car si l'affaire de France se devait terminer par cette constitution, ne restant plus que le temps propre pour la faire éclater, il était aisé au nonce d'Espagne de représenter au lieu où il était que cette députation dont on poursuivait l'effet auprès de Sa Majesté Catholique serait inutile, et de faire dire aux députés de Flandre qu'ils n'avaient quà s'en retourner ; que le roi était content d'eux et de la soumission qu'on avait rendue à la bulle d'Urbain VIII, et qu'il leur ferait savoir sa volonté touchant leur députation. On leur fit espérer que l'on y aurait égard, et que le même [député] qui avait paru dans Home pour solliciter cette affaire quelques années auparavant aurait la permission d'y retourner.

Ces députés, qui ne savaient rien de tout ce secret et qui n'avaient rien appris de ce qui se passait à Rome dans l'affaire des députés des évêques de France, comme en effet c'était un mystère qu'il était très difficile de pénétrer, ne purent jamais développer les raisons pour lesquelles on les renvoyait aussi peu avancés que le premier jour, en se contentant de leur donner de belles paroles. De sorte que quand ils arrivèrent à Paris, ils ne s'étaient pas encore pu imaginer d'autre cause de ce procédé, sinon le grand crédit de leurs adversaires et les puissantes sollicitations que le pape faisait faire pour empêcher que la bulle de son prédécesseur ne reçût point d'atteinte; et en cela ils avaient raison. Mais Dieu, qui tire la lumière des ténèbres et qui ne veut pas que la vérité demeure longtemps dans l'oppression sans la faire éclater devant tout le monde, a permis

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qu'on ait découvert tous ces secrets si cachés. On verra un jour par les mémoires et les originaux sur lesquels on a dressé cette histoire, lorsqu'ils seront dans quelque célèbre bibliothèque, que l'on n'a dit rien ici qui ne fût fondé sur des preuves très certaines et dont ceux qui avaient eu part au fond de l'affaire avaient eu une connaissance très particulière.

Ces députés étant arrivés à Paris vers le milieu du mois de juin, M. Barré, chanoine de la cathédrale et ancien curé de Saint-Merry, étant ami intime de M. Sinnich, les reçut avec beaucoup de civilité et comme des hommes d'un mérite extraordinaire qui avaient entrepris de longs travaux pour la défense de la doctrine du grand saint Augustin, pour laquelle il avait beaucoup de vénération. Et quoique d'ailleurs il y eût quelque mésintelligence entre lui et M. Du Hamel et ceux qui composaient sa communauté^ il fît paraître en cette occasion qu'il conservait toujours le même respect pour les sentiments de cet incomparable docteur. M. Ghastellain, qui était aussi chanoine delà même église, l'un des plus célèbres défenseurs de la doctrine de saint Augustin, et uni aussi avec M. Sinnich par le lien d'une amitié très particulière, les vint trouver chez M. Barré, son intime ami, pour lui donner des marques de toute la reconnaissance dont il était capable. Tout infirme qu'il était, il se força pour les divertir en les accompagnant dans les lieux les plus propres à délasser d'illustres voyageurs des fatigues qu'ils avaient prises pour le service de Dieu et pour la défense de sa vérité. Ils voulurent tous deux que M. Brousse, qui était aussi un de leurs meilleurs amis et qui avait eu part à la députationde Rome, fût de la partie. Il y eut aussi deux autres docteurs qui les entretinrent pendant les trois jours qu'ils furent à Paris, et qui les ayant informés de ce qui se passait à Rome apprirent d'eux le succès de leur députation d'Espagne selon qu'on vient de rapporter.

Mais ils leur firent outre cela un long récit de tout ce qui s'était passé dans l'affaire du seigneur dom Jean Palafox de Mendoça, évêque de la ville des Anges dans l'Amérique, et ils leur confirmèrent que le mauvais traitement que ce sage prélat avait reçu dans son évêché par les Jésuites était tellement public dans toute l'Espagne, par les poursuites qu'il avait faites contre eux au Conseil du Roi, que tout le

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