LIVRE IX
^monde en avait eu de l'horreur ; que ce fait était tellement avéré qu'ils s'étonnaient comment il se trouvait des Jésuites en France assez hardis pour le nier. Ils admiraient surtout la patience et la douceur de ce saint prélat au milieu de ses persécutions, et l'amour qu'il avait pour ses ennemis déclarés qu'il chérissait avec autant de tendresse que s'ils eussent été ses amis. Us leur assurèrent qu'il avait soutenu sa cause avec tant de courage et d'une manière si édifiante qu'il avait réduit les plus indifférents aux intérêts de l'Église à porter compassion aux mauvais traitements qu'elle avait soufferts en sa personne. Ils leur dirent que les factums, les mémoriaux et les instructions de ses affaires avaient été imprimés en langue vulgaire dans Madrid, où ils se vendaient publiquement sans que personne y trouvât à redire et qu'aucun magistrat en eût fait défense. Que dans ces factums il y avait encore bien d'autrescirconstancesdes cruautés que ses ennemis avaient exercées contre lui que dans cette grande lettre qu'il avait écrite au pape ; que les Jésuites n'avaient pu se défendre ni à Rome sur cette lettre, ni à Madrid sur toutes ces pièces si importantes ;qu'ils avaient succombé à Rome, et que le seul crédit qu'ils avaient à Madrid auprès des grands les avait empêchés de recevoir [le même traitement] à Madrid. Que le roi d'Espagne étant convaincu lui-même de la sagesse et de l'innocence de ce prélat, et tout ensemble de la malice de ses ennemis, l'établissait dans un des meilleurs évêchés de son État*, pour relever son mérite et le mettre à couvert de tous les maux qui lui seraient arrivés s'il eût retourné dans son église. Ils leur laissèrent une copie authentique du bref du pape et de la condamnation que ce prélat avait obtenue de Sa Sainteté contre ces Pères. Et comme ses ennemis avaient horriblement calomnié en France et ses mœurs et sa conduite, ils leur dirent que c'était un homme dont la vie répondait à cette force et à cette grandeur de courage qui paraissait dans la lettre dont nous avons une copie; qu'il était sage, modéré, pieux, savant dans la doctrine des saints, qui est la science de la charité, qu'il était miséricordieux et charitable envers les pauvres, sévère et vigoureux contre les méchants et les impies; qu'il était patient et silencieux, ne se plaignant