‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 66 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

le lui disait, mais qu'il y avait aussi lieu de penser qu'ils n'en étaient nullement satisfaits, attendu l'injustice que le pape avait faite aux députés des évéques pour la défense de saint Augustin sur ces cinq propositions, et le mauvais usage que les Jésuites et tous les molinistes se préparaient d'en faire par la persécution dont on les menaçait, qui sans doute serait terrible et cruelle, étant des gens qui ne pardonnaient point et qui faisaient périr à la fin toutes les personnes qu'ils haïssaient, sous prétexte d'hérésie ; que c'était le biais qu'ils avaient pris pour s'en défendre; que pour se mettre à couvert de cette persécution il n'y avait qu'à passer du côté des Calvinistes ; qu'ils leur feraient le meilleur accueil et la réception la plus agréable qu'ils pussent désirer Et il disait ces paroles en raillant les Jésuites de ces reproches honteux qu'ils faisaient aux disciples de saint Augustin d'être de la paroisse de Charenton et dans le grand chemin du calvinisme. Et il ne les disait nullement dans la pensée qu'il eût que M. Taignier les dût prendre sérieusement, étant persuadé qu'il n'y avait pas un des disciples de saint Augustin qui eût la moindre inclination à se faire huguenot, mais seulement pour le faire parler sur la bulle et pour l'obliger à lui dire tout ce qu'il lui avait dit autrefois sur une accusation basse que les Jésuites répétaient à chaque moment, que les disciples de saint Augustin étaient plus près de Charenton que de Rome.

Mais M. Taignier reprit sérieusement la demande que ce ministre lui avait faite, parce qu'il lui semblait qu'il devait quelque chose de plus à ces deux ministres qu'il n'avait jamais vus et qui lui paraissaient n'avoir pas les mêmes pensées que celui qui lui faisait cette question. H lui répondit donc que les disciples de saint Augustin étaient trop bien instruits de ce que les vrais enfants de l'Église lui devaient comme à leur seule et unique mère, hors de laquelle ils croyaient tfès fermement qu'il n'y avait point de salut, pour être capables de songer à se séparer d'elle, et s'engager avec les huguenots qui avaient fait schisme avec elle, et qui formaient un troupeau à part qu'elle ne connaissait et ne nourrissait point; qu'une des choses principales qui devait être dans le cœur des fidèles était de demeurer fermes dans cette étroite et inviolable union avec l'épouse de J.-C, et de ne la rompre jamais, pour quelque prétexte que ce fût, ri 1

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et pour quelque persécution qu'on leur fît; que dans l'affaire de la bulle, comme la doctrine de saint Augustin n'y était nullement condamnée et que les disciples de ce saint docteur ne soutenaient point d'autre doctrine que la sienne, qui était celle de TÉglise, ils ne craignaient point la persécution qu'on leur pouvait faire sur ce sujet, dans le mauvais usage que les Jésuites se préparaient de faire de cette bulle, puisque de la part de ceux contre lesquels on l'exercerait ils auraient la consolation de n'y avoir donné aucun sujet; qu'ils se contenteraient de déclarer qu'ils condamnaient les cinq propositions que le pape avaient condamnées, dans les mêmes qualifications qu'il les avait censurées; et que pour leur doctrine ils n'en avaient point d'autre que ce saint docteur de la grâce, selon que les députés pour sa cause l'avaient protesté à Sa Sainteté de vive voix et par écrit; qu'après cette déclaration si orthodoxe, ils souffriraient tous les maux qu'on leur voudrait faire endurer; qu'ils tendraient le dos pour y recevoir les coups et prieraient pour ceux qui seraient assez injustes pour les en charger; qu'ils les souffriraient même jusqu'à la mort à l'exemple de J.-C, leur divin maître, des saints apôtres et de tous les autres saints qui s'étaient exposés à toutes sortes de maux, à la mort de la croix et à tous les supplices ignominieux, pour la défense de la vérité ; que c'était la plus grande gloire qui leur pût arriver et dont il se réputait très indigne, lui qui lui parlait, se reconnaissant pour un très grand pécheur.

Cet huguenot lui répliqua (car les ministres ne disaient encore rien) qu'il était aisé de répondre ainsi lorsqu'on était assis sur une chaise, dans le repos, et sans voir ni la mort devant ses yeux ni sentir l'épée dans les reins; que tout le monde n'avait pas la force ni le courage de ces âmes fortes et généreuses qui ont souffert la mort et les supplices les plus cruels; que J.-C. dans son Evangile voulait bien que l'on se mit à couvert de la persécution en quittant ceux qui en sont les auteurs, et qui ne parlent que de potences, que de roues, que d'exils, que de proscriptions, que de privations de biens, d'offices et de bénéfices; et qui même poussent leurs ennemis à bout et les forcent de se séparer d'eux ; que ceux qui fuyaient ainsi d'un lieu de terreur et de menaces ne s'écartaient point de l'esprit de J.-C.

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