‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 67 sur 510 · Livre ix · texte numérisé non relu

Livre ix

et ne faisaient rien de contraire à sa doctrine; que ce n'était pas à eux à qui on devait attribuer leur séparation et leur fuite, mais bien à ceux qui les forçaient de se séparer d'eux et de s'enfuir de devant eux; qu'on devait estimer ceux qui leur ouvraient leurs portes pour les recevoir chez eux, comme étant une des plus grandes charités qu'on leur pût faire en cette vie, et qu'ainsi ils pouvaient accepter la charité qu'on leur offrait sans se mettre en peine de ce que leur pourraient faire des gens qui perdaient la charité par les maux qu'ils leur faisaient.

Le disciple de saint Augustin reprit le discours qu'il avait interrompu pour entendre cette partie et ajouta : Que ce serait une grande présomption à lui s'il était persuadé qu'il pût résister par lui-même à tous les maux qu'on pourrait lui faire et demeurer ferme contre cette tentation par les seules forces de sa nature ; mais qu'il espérait que celui qui lui donpait la charité pour ceux qui les persécutaient ferait par cette même charité et par l'assistance de son Saint- Esprit, qui se dit lui-même la charité, qu'il s'exposerait à tous ces maux et les souffrirait sans rien faire d'indigne de lui et de son Église, espérant que Notre Seigneur ne l'abandonnerait pas dans cette occasion par la confiance qu'il lui donnait par ces paroles : Conftdite, ego vici mundum, et ces autres : noiite timere eos qui occidunl corpus. Qu'il osait lui dire qu'il pouvait tout en celui qui était toute sa force et toute celle des apôtres ot des saints. Qu'il était vrai qu'il voulait bien qu'on évitât la persécution en passant d'un lieu à un autre, mais aussi qu'il n'était pas moins véritable, qu'il ne voulait pas que l'on passât d'un lieu où il n'y aurait que la seule persécution qui nous obligerait de sortir pour se retirer dans un autre qui aurait fait schisme, et celui d'où l'on fuirait et qui aurait rompu le lien de la charité envers ceux qui y seraient (*zc), parce que ce serait ne vouloir pas le confesser devant les hommes; ce serait rougir de soutenir sa cause; ce serait craindre ceux qui ne pouvaient tuer que le corps, et non pas ceux qui pouvaient tuer l'âme et la mettre dans l'enfer; que le plus grand de tous les malheurs était de rompre avec l'Église sous prétexte qu'il se rencontrait quelques-uns de ses enfants qui^ étant contraires aux autres d'opinions et de sentiments, les voudraient forcer d'entrer dans leurs opinions et de les embrasser parce qu'ils

seraient plus puissants qu'eux et qu'ils pourraient les affliger; que c'était dans ces sortes d'occasions où l'on devait faire paraître la générosité d'une âme solidement chrétienne, en tâchant de vaincre par sa douceur et par la force de la vérité la dureté des particuliers; ou si cela n'était pas possible, se tenir en paix et attendre dans le silence du cœur tout ce qu'il plaira â Dieu de faire endurer pour la défense de la vérité. Mais qu'un chrétien qui était dans cette disposition devait sur toutes choses prendre garde d'entrer jamais dans la moindre pensée qui tendît à lui faire envisager la rupture avec l'Église, parce qu'on ne pouvait jamais avoir aucune raison légitime de se séparer de l'Éghse catholique, qui reconnaissait pour chef visible le pape, qui était le véritable successeur de saint Pierre par la suite d'une succession continuelle depuis le prince des apôlres jusqu'à lui, et tous les autres évéques pour les Pères de l'Église, comme étant les successeurs des apôtres sans aucune interruption depuis eux jusqu'à ceux qui étaient actuellement-investis du gouvernement des églises particulières; que c'était une chose déplorable et digne de commisération que les Calvinistes se fussent séparés de l'Église pour en faire une à part; que c'était une faute à laquelle ils ne pourraient jamais trouver d'excuse légitime ; que s'il y avait quelque chose à redire dans les mœurs et dans les opinions de quelques particuliers, il ne fallait pas pour cela les imputer au gros de l'Église pour prendre occasion de dire qu'elle est entièrement corrompue dans ses mœurs et dans sa doctrine; et qu'ainsi on ne pouvait plus vivre avec elle sans s'exposer au danger de perdre son âme. Enfin que tant que Dieu soutiendrait par son Esprit Saint et par son amour les disciples de saint Augustin, ils demeureraient dans le sein de cette mère de tous les fidèles, sans que nulle persécution fût capable de les en arracher.

Le plus considérable des deux ministres, qui jusque-là n'avait point parlé, entra dans la conversation et lui dit ; « Mais, monsieur, si on vous chasse de l'Église, que l'on vous excommunie et qu'ensuite on vous déclare hérétique, que ferez-vous? Car vous ne devez pas douter que vos ennemis n'aillent jusqu'à cette extrémité dans la puissance et le crédit qu'ils possèdent. Toute la cour de France, le pape et toute la cour romaine, tous les évêques sont contre vous.

Page 1