‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 81 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

levés, son affaire était assurée pour ce jour-là, de sorte que toutes les louanges qu'il leur donna ne tendaient qu'à les remercier de ce bon office qu'ils venaient de lui rendre par ce consentement unanime qu'ils avaient fait paraître en recevant cette constitution.

M. Taignier apprit depuis que ce jour-là même il avait écrit à M. l'ambassadeur tout ce qui s'était passé dans cette assemblée; comment sa présence et la conduite qu'il avait tenue dans l'assemblée des évêques avaient fait changer le dessein que les Jansénistes avaient formé de s'opposer à la constitution du pape, et que sans sa modération et son adresse elle n'y aurait jamais été reçue ; et qu'il fit dire la même chose à M. le nonce, afin que Sa Sainteté reçût en même temps de deux côtés cette agréable nouvelle.

Ce même docteur apprit aussi que quelques évêques^ ne pouvant souffrir que ce cardinal tirât aucun avantage de cette assemblée pour se rétablir dans l'esprit du pape, eurent le soin d'informer de leur part M. le nonce de la manière dont les choses s'y étaient passées, afin de lui faire connaître que Son Éminence n'avait pas sujet de se prévaloir du succès qu'elle avait eu pour se rendre plus considérable, puisqu'il n'avait contribué que de sa part et de son suffrage à l'uniformité des sentiments de tous les évêques, qui s'étaient portés par la considération du pape et par l'obéissance qu'ils lui voulaient rendre à recevoir sa constitution.

L'un des évêques de l'assemblée écrivit ce jour-là même à un de ses amis qui en attendait le résultat un billet qui tomba aussi dans les mains de M. Taignier.

a 1». Qu'ils sortaient de l'assemblée du clergé qui s'était tenue chez M. le cardinal à l'occasion de la bulle du pape, et que, comme il ne manquerait pas d'écrire à Rome et de faire valoir que l'assemblée s'était tenue en sa maison, et le consentement de tous les évêques sur la réception de la bulle, il était nécessaire que cet ami marquât dans la lettre qu'il devait écrire le même jour que c'était un usage du clergé de s'assembler souvent chez le plus ancien, et qu'ainsi ce cardinal n'avait en cela nul avantage particulier.

« 2**. Que la facilité et la soumission générale rendue à la bulle ne venait point de lui ; qu'il n'y avait nulle part, et que le respect qu'on portait au Saint-Siège, avec la disposition des esprits, avait produit cet effet. »

122 MÉMOrRES DE GODEFROI HERMANT

Un homme très désintéressé et très zélé pour l'Église, après avoir lu ce billet, et faisant réQexion sur les différents motifs que les évêques avaient eus de garder le silence dans une occasion si publique, dit que les évêques étaient d'étranges gens, qu'ils ne songeaient qu'à leurs propres affaires^ quoiqu'ils ne les dussent pas préférer à d'autres qui étaient au-dessus des leurs; que l'un des évêques qui s'étaient trouvés à cette assemblée lui avait dit en lui racontant ce qui s'y était passé et en ces propres termes : « Il n'y en a pas un d'entre nous qui osât rien dire qui déplût au cardinal et qui eût assez de front pour soutenir un avis qui serait contraire à ses intentions. Quelque chose que nous puissions dire pour nous mettre à couvert des reproches qu'on nous peut faire d'avoir opiné si mollement, je crains beaucoup que Dieu ne nous perde, et moi tout le premier qui ne suis pas meilleur que les autres, et qui n'ai rien dit de tout ce que j'aurais dit dans une autre rencontre. C'est une chose qui fait tomber les paroles de la bouche quand on se voit présidé par le cardinal qui est le premier ministre et le tout-puissant. Il importe bien qu'on sache à Rome si c'est M. le cardinal Mazarin quia donné lebranleà toute l'assemblée, ou bien si ce sont les évêques d'eux-mêmes qui se sont portés à recevoir la bulle sans considérer le cardinal, quand on y apprendra qu'elle y a été reçue tout d'une voix sans qu'aucun évêque ait réclamé contre. Car la seule chose qu'on souhaite d'y apprendre, c'est que cette bulle n'a été contredite de personne, et qu'elle passera sans contradiction dans tous les diocèses de l'église de France. Les uns veulent que ce soit la présence de M. le cardinal Mazarin qui ait causé ce consentement unanime de toute l'assemblée ; les autres veulent tout le contraire; et les autres disent que ce sont les plus équitables qui, bien qu'ils ne puissent souffrir les emportements des Jésuites, néanmoins ils ne veulent pas passer pour Jansénistes, et s'étaient portés d'euxmêmes à ce consentement sans considérer ni le ministre ni ceux qu'il tâche de ruiner. Ce sont là les motifs qui ont fait cette conclusion si importante. Cependant pas un n'y a considéré que l'Église allait être opprimée par la puissance de Rome et par l'avantage que les Jésuites tireraient de tout ce résultat ; et si on l'a considéré, ce n'a été que pour contribuer davantage à ce mal et p our le rendre plus incurable.

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