CHAPITRE XII
Ce qui se passa dans l'aEFaire du mandement de M. l'archevêque de Paris pour la publication de la constitution du pape.
M. le nonce n'aurait satisfait qu'à une partie de sa charge s'il eût attendu le résultat des deux assemblées des évéques pour faire recevoir dans le diocèse de Paris la constitution du pape. Les Jésuites qui l'assiégeaient sans cesse lui avaient appris que M. l'archevêque de Paris s'était mis en possession de ne reconnaître aucune assemblée du clergé, de n'en pas recevoir la loi, et de ne point déférer aux résolutions qui s'y prenaient. C'est pourquoi, après avoir rendu à MM. les agents généraux du clergé de France le paquet qui était pour MM. les archevêques et évêques, il eut soin de rendre un autre paquet en particulier à MM. les vicaires généraux de M. l'archevêque de Paris où était un exemplaire en papier de la constitution, avec une lettre qu'il adressait à ce prélat pour l'exhorter de reconnaître en cette occasion le zèle qu'il avait pour le service du Saint- Siège.
Les Jésuites ayant appris que ses vicaires généraux le lui avaient envoyé en son abbaye de Saint-Martin de Pontoise où il était, employèrent tous leurs amis auprès de lui pour le porter à ne point remettre à un autre temps cette publication, dans la crainte qu'ils avaient que ce retardement ne diminuât la force de la constitution, et ne fit découvrir beaucoup de choses qu'ils voulaient tenir cachées à ceux qui n'avaient nulle connaissance du fond de l'affaire.
M. le cardinal Mazarin de son côté crut avoir un intérêt irticulier que le diocèse de Paris, où est la capitale du >yaume, parût le plus obéissant, et donnât d'abord à tous 5s autres l'exemple de sa soumission à la constitution du mpe. Dans cette vue, il lui fit savoir qu'il rendrait un sériée très considérable à Leurs Majestés s'il voulait user de iligence dans l'affaire de la constitution, le roi ne désirant ien davantage que de faire connaître au pape, par [exemple de l'église de Paris, la parfaite obéissance que mtes les églises du royaume rendraient à sa décision.
On n'omit rien parmi toutes ces sollicitations et tous ces empressements de tout ce qui pouvait porter ce prélat à donner cette satisfaction au pape et au roi. On lui fit couler adroitement que le moyen le plus assuré pour obtenir de Sa Majesté la faveur qu'il lui demandait et la fléchir à lui accorder la liberté de M. le cardinal de Retz, son neveu, était de faire cette publication de bonne grâce sans user de retardement, et qu'il semblait que Dieu lui eût fait naître à ce dessein une occasion si favorable. M. le nonce de son côté lui fit représenter que le pape considérerait son zèle dans cette occasion, et qu'à proportion de la conduite qu'il tiendrait dans cette affaire^, Sa Sainteté redoublerait sa chaleur pour la délivrance de M. le cardinal de Retz, pour laquelle il ne cessait point de faire des sollicitations auprès de Leurs Majestés.
Ceux qui agissaient ainsi auprès de ce prélat ne se mettaient point en peine quels moyens ils employassent dans cette poursuite, pourvu qu'ils le réduisissent à faire ce qu'ils désiraient de lui. Us savaient bien qu'ils étaient les maîtres de ses grâces, et que quand ils auraient obtenu celle qu'ils poursuivaient avec tant d'instance, ils étendraient ou resserreraient comme il leur plairait celle que cet archevêque sollicitait auprès d'eux. On y ajouta encore quelques paroles dures, comme de lui faire comprendre que s'il ne prenait ce parti, il perdrait entièrement les bonnes grâces de la reine, dont il faisait plus d'état que de toutes les autres faveurs qu'on lui faisait espérer; qu'il ferait voir par le refus de cette publication, ou au moins par le peu de diligence qu'il apporterait à l'ordonner, qu'il voulait le trouble, et était de même humeur que celle dont on accusait son neveu; qu'enfin il témoignerait encore favoriser le parti des hérétiques qui étaient condamnés par cette constitution.
Cependant M. du Saussay, l'un des vicaires généraux de ce prélat, travaillait à faire un mandement qui fût au gré de M. le nonce et des Jésuites, afin de témoigner au pape par sa diligence et par sa bonne volonté qu'il n'aurait pas tenu à lui de lui donner toute la satisfaction qu'il pouvait attendre de lui dans cette aff"aire. On savait les intérêts qu'il avait de prendre ce parti etde prévenir même la dernière résolution de son maître. Il poursuivait depuis longtemps assez inutilement