‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 90 sur 510 · Ms. : se ramollirait · texte numérisé non relu

Ms. : se ramollirait

leurs amis avaient excité contre les personnes qu'ils voulaient perdre, et qu il reconnaissait pour de très hommes de bien et de très vertueux ecclésiastiques; qu'il ne voyait pas pourquoi on voulait l'obliger à publier une constitution qui ne regardait nullement son diocèse; et il ajouta même qu'il ne savait pas pourquoi le pape s'était porté à la faire, et que s'il avait voulu tant soit peu s'informer de la vérité, il aurait appris les choses tout autrement qu'il ne paraissait pas qu'on les lui eût représentées, et qu'ainsi c'était une affaire qui ne pressait nullement. Voilà comment il répondit d'abord sur les premières sollicitations qu'on lui fit. M. Taignier témoigne dans ses mémoires les avoir apprises de ceux qui étaient présents quand il parla de la sorte, et que ses officiers lui avaient entendu dire ces mêmes choses plusieurs fois, avant et après qu'il eût pris la résolution de faire publier cette constitution.

Ce refus causa plusieurs allées et venues. Ceux qui ne demandaient que la paix de l'Eglise lui représentaient qu'il pouvait attendre encore quelque temps, et cependant écrire au pape [pour lui demander] l'intention qu'il avait eue en faisant sa bulle. Mais comme il n'était pas accoutumé à consulter le pape, il n'entra pas dans ce moyen. Il crut même qu'il offenserait trop la cour, et que le pape ne lui manderait autre chose sinon qu'il avait fait sa constitution et qu'il la lui envoyait pour la faire publier dans son diocèse, et qu'il en avait déjà un exemplaire.

Cependant la cour redoubla ses instances auprès de lui, et la reine lui fît faire des prières encore plus pressantes que les premières ; tous ses amis qui étaient unis avec les Jésuites le conjuraient de ne point donner d'avantages aux Jansénistes par son mandement. MM. ses vicaires généraux lui mandaient qu'il y allait de son intérêt de faire cette publication, et même de la faire d'une manière qui fût agréable au pape et au roi.

Parmi tous ces embarras, comme il n'avait pas une entière confiance en M. du Saussay qui composait ses mandements, il s'adressa à quelques personnes très sages et très désintéressées pour s'instruire de cette affaire. 11 s'informa particulièrement d'un ecclésiastique dont il faisait beaucoup d'estime et de la fidélité duquel il était très assuré. L'ayant prié de lui dire toutes choses et de ne lui rien celer, il lui

parla à peu près en ces termes : « Je sais bien que mon officiai est.... qu'il veut être évêque, qu'il est plus aux autres qu'à moi, c'est-à-dire qu'il est tout au pape et aux Jésuites ; qu'il fera en ceci tout ce qu'il pourra pour gagner le pape, afin qu'il lui envoie les bulles de l'évêché qui le fait sécher depuis tant de temps. Je sais bien qu'il ne parle en ceci que dans la passion qu'il a d'être évêque, et qu'il ne regardera nullement s'il est de ma dignité et de l'honneur de ma charge que je fasse cette publication. Je sais encore que cette constitution n'a été sollicitée par les Jésuites et leurs amis qu'en haine des disciples de saint Augustin et dans le dessein de faire du mal aux bonnes filles de Port-Royal, qui sont si soumises et si obéissantes à leurs supérieurs. Pour la cour, elle ne sait ce qu'elle veut parce qu'elle ignore le fond des choses. Néanmoins elle me presse, et particulièrement la reine, à qui je dois tout ; et [parce] que je ne veux rien faire en tout ceci si je puis contre ma charge, je vous ai fait venir pour savoir de vous comment les choses se sont passées, afin que je voie pourquoi on me presse de faire cette publication. » Cet ecclésiastique lui exposa les choses selon la vérité, et lui fit comprendre par tout ce qu'il lui dit qu'il avait très bien jugé du dessein des Jésuites et de celui de M. son officiai. Que pour ce qui était de la constitution, il était absolument le maître de la publication qu'on lui demandait; 1° pour l'intérêt de l'Église^, puisqu'il était de notoriété publique qu'elle n'avait point été faite dans les formes et selon les règles des jugements ecclésiastiques. Que le moins qu'il pouvait faire dans le rang qu'il tenait était de ne point entrer dans cette participation, s'il n'aimait mieux faire quelque chose pour redresser cette procédure; — 2° pour son propre intérêt, puisqu'on lui demandait tout ce qui était en lui, et qu'on ne lui [donnait] rien de tout ce qu'il avait demandé. Qu'il était du devoir d'un sage prélat de se faire valoir dans les grâces qu'il accordait et que l'on exigeait de lui; — S» pour l'intérêt même des Jésuites, afin de les modérer dans l'emportement où ils étaient, et de les délivrer par ce moyen d'une infinité de fautes qu'ils pourraient commettre ; — 4° pour prendre occasion de remontrer au roi qu'il n'y avait point d'hérétiques puisque tous les ecclésiastiques de son diocèse condamnant les cinq propositions, il n'y avait personne sur qui la censure portée par cette cons-

titution pût tomber; — 5° pour prévenir une grande persécution qu'on préparait par la publication de cette censure contre des gens de bien et contre des personnes pour qui il avait tant de tendresse et dont il reconnaissait la foi et la piété; — 6** que comme il semblait par toutes les sollicitations qu'on faisait auprès de lui qu'on était fort pressé de tirer de lui cette publication, il devait au moins la différer pour un temps, jusqu'à ce qu'il eût examiné toutes choses et qu'il eût vu s'il était avantageux pour le bien de son diocèse qu'il la fît.

Cet avis si plein de sagesse fit impression sur l'esprit de ce prélat et le confirma dans le premier sentiment qu'il avait eu de garderie silence et de ne rien dire sur cette constitua tion. Il répondit cette deuxième fois comme il avait fait la première, et déclara qu'il ne pouvait faire publier cette constitution qu'après qu'il aurait vu quel train prendrait cette affaire.

. 11 croyait qu'après cette déclaration on le laisserait en repos ; mais il n'y demeura qu'autant de temps qu'il fallut pour aller de Pontoise à Paris et retourner de Paris à Pontoise. On lui envoya courrier sur courrier; ses amis reprirent leurs instances et l'assurèrent que la reine attendant de lui cet office, il la désobligerait entièrement en cette occasion, qui était la première où Sa Majesté l'eût prié de faire quelque chose en sa considération pour toutes les grâces qu'il avait reçues d'elle, s'il ne faisait de bonne grâce ce qu'elle désirait de lui. Enfin on l'intimida de telle sorte que ne pouvant résister davantage il se rendit et manda à M. son officiai qu'il lui envoyât le projet du mandement qu'il avait composé. L'ayant reçu, il le communiqua à ce sage ecclésiastique qu'il venait de consulter, et celui-ci lui en ayant fait voir les défauts sur le champ, il le renvoya à l'auteur afin qu'il les réformât, y ajoutant un mémoire que cet ecclésiastique lui avait mis entre les mains, qui contenait quelques remarques qu'un homme très habile dans le droit canonique avait faites sur la constitution et sur les desseins que les Jésuites avaient dans cette censure. Mais comme ce mémoire ne contenait rien de tout ce que M. son officiai voulait qui y fût, il laissa son mandement au même état qu'il était, sans considérer le tort qu'il faisait à son archevêque et à tout l'ordre des évêques, et sans avoir nul égard aux re-

montrances que lui faisait un très célèbre théologien qui était le meilleur et le plus fidèle de tous ses amis, qui lui représentait qu'il ne devait considérer dans toute cette affaire que le seul intérêt de l'Église; qu'il pouvait s'assurer que son mandement ne serait estimé de personne, non pas même de ceux qui avaient le plus d'ardeur pour cette publication; mais surtout qu'il devait y changer beaucoup de choses qu'on y trouvait à redire et pour la vérité et l'usage de la France. H tint ferme parce qu'il avait l'appui de la reine et de la cour et que M. le nonce était satisfait de lui, de sorte qu'il renvoya son mandement à Pontoise sans y rien changer.

Le même ecclésiastique que M. l'archevêque avait consulté s'étant trouvé à l'arrivée de ce paquet, il le lui communiqua en lui disant qu'il ne pouvait plus refuser cette publication à la reine après les prières qu'elle lui en faisait. Après lui avoir fait un récit des obligations qu'il avait à Sa Majesté, il revint sur M. l'official, et enchérit encore par dessus tout ce qu'il lui en avait dit la première fois 11 prit son mandement et lui en fit lui-même un déchiffrement si agréable qne tous ceux qui étaient présents* entrèrent dans ses sentiments et en eurent la même indignation. Et comme cet ecclésiastique lui eut ajouté que toutes les personnes pour qui il avait eu tant d'estime n'avaient qu'à se retirer de son diocèse pour se mettre à couvert de la persécution qu'on leur ferait en conséquence de cette publication sous un tel mandement signé de sa main, et qu'il ne serait considéré que comme un acte émané de lui, il lui dit ; « qu'ils s'en donnent bien garde, je les protégerai contre tous ceux qui les voudront persécuter. Je les tiens pour des gens de bien, pour des gens de grand savoir, pour les plus obéissants de mon diocèse. Je ne fais ceci que parce qu'on me presse de le faire et qu'on me fait de grandes promesses. Je ne le fais point en intention de faire tort à personne ni de déshonorer personne. Je suis dans tous les sentiments de ces ecclésiastiques dont vous me parlez, et si je les condamnais ou prétendais les condamner, je me condamnerais moimême. Le pape a fait ce qu'il lui a plu, et nous, nous ferons ce que nous jugerons à propos, il a condamné ces proposi-

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