‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 92 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

imais j'ai prié pour toi à ce que ta foi ne te défaille point. Aie donc soin après ta conversion de confirmer tes Frères. » Que c'est cette divine promesse qui a toujours maintenu dans la chaire de l'unité la doctrine de la vérité, et conservé la paix et l'unanimité dans le corps de l'Église catholique. Qu'en effet, toutes les fois que quelque dissension s'est émue touchant la foi et la doctrine chrétienne, les évêques des églises particulières ont d'ordinaire eu recours au Souverain Pontife, successeur de saint Pierre et vicaire deJ.-C. en l'Église universelle pour en requérir la décision ; et l'ayant reçue comme un oracle de vérité, l'ont fait observer inviolablement, et par ce moyen ont entretenu l'esprit de paix et conservé le lien de l'unité en leurs églises. Qu'ainsi saint Irénée, auditeur des disciples des apôtres, fut envoyé de Lyon à Rome au pape et martyr saint Éleuthère avec des lettres honorables sur sa légation, pour tirer de sa bouche la résolution définitoire sur diverses questions, et ayant reçu la réponse, revint comme la colombe rapportant le rameau d'olive que cette église reçut avec le succès visible d'une singulière bénédiction. Que de même saint Gyprien, en la cause de Novatus, eut recours à €6 Saint-Siège qu'il appelait véritablement la chaire de saint Pierre et le centre de l'unité sacerdotale. Qu'ainsi le grand saint Basile conseillait à saint Athanase dans les troubles de l'Église orientale d'avoir recours au pontife romain, afin qu'il usât de son autorité et proférât sa sentence par laquelle il accoiserait cette tempête et donnerait le calme à tant d'églises qui étaient agitées de grandes contentions, non seulement touchant les mœurs, mais aussi concernant les dogmes de la foi. Que de même aussi saint Jérôme demandait au pape Damase (duquel il avait été autrefois secrétaire pour l'expédition des réponses apostoliques aux consultations synodales de l'Orient et de l'Occident), la décision de son doute touchant les trois hypostases en la divinité : « Ici, dit-il, l'église est divisée, et chacun me veut tirer à son parti. Là-dessus je crie : si quelqu'un est uni à la chaire de saint Pierre, je suis à lui. » Et en l'épître précédente au même pape : « Je suis conjoint à la chaire de saint Pierre par le lien d'une même communion. Je sais que l'Église est fondée sur cette pierre. Quiconque mangera l'agneau hors de cette maison, il est profane. Si

quelqu'un est hors l'arche de Noé, il périra durant le déluge. Je ne sais point qui est Vital, je laisse là Melelius, j'ignore qui est Paulinus. Quiconque ne recueille point avec vous, il dissipe; » c'est-à-dire qu'il n'est pas avec J.-C, mais qu'il est du côté de l'Antéchrist. Que l'hérésie de Pélagius s'éleva peu après, contre laquelle n'a jamais été célébré aucun concile général; que l'Église, pour terrasser ce monstre à plusieurs têtes contre lequel elle avait fulminé tant de sentences de condamnation dans les synodes particuliers d'Orient et d'Afrique qui n'avaient eu aucun effet, n'avait fait autre chose sinon de recourir selon l'ordinaire au Saint- Siège : pour ce, disaient les Pères par la plume de saint Augustin, que nous estimons que ceux qui enseignent des choses si perverses et si pernicieuses céderont plus aisément à l'autorité de votre Sainteté qui est fondée sur l'autorité des saintes Écritures. Qu'aussi en la cause d'Eutichès, l'épître de saint Léon à Flavien que l'on appela le Titre de la foi fut tenue par les Pères pour la finale détermination de l'Église, puisqu'ayant été lue au concile œcuménique de Chalcédoine, les Pères poussés du même esprit divin qui l'avait dictée par la bouche dudit saint Léon, s'écrièrent aussitôt : « Pierre a parlé par la bouche de Léon; c'est là la foi des apôtres; c'est là la foi des Pères; quiconque ne la recevra jusqu'à un iota; qu'il soit anathème. » Qu'aussi les évoques des Gaules, ayant reçu cette admirable épitre de ce grand pape, l'embrassèrent avec un merveilleux applaudissement, de sorte qu'ils lui en rendirent des grâces infinies, ajoutant qu'elle était reçue sans contredit par l'Église universelle, et que tous les évêques confessaient que ce n'était pas sans cause que Dieu avait établi à Rome la principauté du siège apostolique, puisque de là on entendait retentir par tout le monde les oracles de l'esprit même des apôtres. Qu'en une autre épître synodale adressée au même pontife saint Léon, après avoir loué cette lettre décisive avec des éloges qui ne se peuvent assez estimer^ ils disent encore ces paroles remarquables : « Il faut que tout le monde avoue que J.-G. a parlé par votre bouche. » Qu'ainsi les évêques d'Espagne, sur semblables occurrences, écrivirent à Hilaire son successeur, le suppliant d'interposer son autorité suprême pour faire cesser telles divisions : « Nous recourons à la foi, disaient-ils, que l'Apôtre vaisseau d'élec-

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