‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 102 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

mandement de Paris et de sa [profession] de foi sur les cinq propositions.

Après le départ de ce vicaire, M. Feydeau dit : « Ils vont tenir conseil, mais qu'on ne souffre pas que l'Eglise soit vilipendée en ma personne. »

Environ deux heures après, M. le curé de Saint-Sulpice vint dans un carrosse avec son vicaire et un serviteur qui portait leur surplis, et il apporta les saintes huiles. Étant monté à la chambre du malade, il témoigna lui vouloir parler seul, et à l'instant tout le monde se retira. On ne sait pas au vrai quelles propositions il fit à M. Feydeau ; mais quelque temps après il ouvrit la porte de la chambre, et dit qu'étant satisfait de lui il lui allait donner l'exlrêmeonction,et dit à son vicaire qu'il préparât toutes choses, et qu'il allait revenir incontinent. Il ne fît que descendre dans la cour avec son long manteau et remonta aussitôt. Mais comme il rentrait, il fut rencontré au bas du degré par M. de La Lane, abbé de Valcroissant, qui arrivait chez M. de la Planche entre une et deux heures après midi, pour apprendre des nouvelles de la santé du malade, ne sachant pas qu'il le fût assez pour recevoir l'extrême-onction, parce qu'il ne l'avait point vu dans tout ce jour-là et ne savait rien de ce qui venait de se passer au sujet de ce dernier sacrement.

M. le curé l'ayant abordé lui dit qu'il allait donner l'extréme-onction à M. Feydeau. M. de La Lane en fut surpris et lui témoigna qu'il ne savait pas qu'il fût si dangereusement malade. Ensuite le pasteur lui dit la satisfaction qu'il avait de ce docteur mourant depuis qu'il lui avait déclaré qu'il croyait que les cinq propositions condamnées étaient dans Jansénius. M. de La Lane lui répliqua qu'il avait peine à croire que M. Feydeau lui eût fait une déclaration si contraire à ses véritables sentiments, et qu'il fallait qu'il eût mal pris ce qu'il lui avait dit. M. Desnotz et M. de la Planche fils, étant arrivés là-dessus, furent témoins de cet 'entretien. M. le curé répondit qu'il publierait partout que M. Feydeau lui avait fait cette déclaration, et M. de La Lane répliqua qu'il publierait donc ce qui peut-être ne se trouverait pas véritable, et qu'il était persuadé que M. le curé n'avait pas bien pris la pensée de M. Feydeau. M. le curé lui répartit que si M. Feydeau ne déclarait point qu'il crût

ce fait, il ne lui administrerait point l'extrême-onclion, parce qu'il était obligé d'avoir cette créance intérieure du fait. M. de La Lane lui soutint qu'il n'avait point le droit d'obliger te malade à cette créance ; qu'il ne pouvait refuser Textrême-onction pour cette cause qu'avec injustice et vexation, que c'était abuser de son autorité et de son ministère, et qu'il répondrait à Dieu de cette conduite. M. le curé dit qu'il en voulait bien répondre; et qu'au contraire, s'il n'exigeait la créance intérieure de ce fait, il en répondrait, parce qu'il était obligé de l'exiger; qu'au reste il ne demandait point qu'il crût cela de foi divine. M. de La Lane répondit que puisque ce fait n'était qu'un objet de foi humaine, il n'y avait point d'obligation de le croire^ et comme il le pressa fort là dessus, M. de Saint-Sulpice répliqua que le pape ou l'Eglise décidaient avec infaillibilité les faits doctrinaux. M. de Valcroissant insista et dit qu'il signât cette proposition, qui servait de fondement à sa conduite en une occasion importante, où il s'agissait de refuser les sacrements à un malade à l'extrémité de sa vie; qu'il soutenait que cette proposition était fausse et erronée en la foi, et qu'il le signerait au bas, entendant les faits semblables à celui dont il s'agissait, savoir si une telle proposition ou une telle doctrine est ou n'est pas contenue dans un livre d'un auteur particulier tel qu'est celui de Jansénius. M. de La Lane lui fit de grandes instances pour signer, et lui montra même pour cet effet la porte d'une chambre où ils n'avaient qu'à entrer, ce que M, le curé ne voulut jamais faire.

Pendant qu'ils étaient en cette dispute, M. du Rubé, ancien religieux de l'abbaye de Saint-Germain, descendit de la chambré du malade, et voyant le sujet de la contestation, il dit à M. le curé de monter. Il monta et dit à M, du Rubé qu'il priât M. de La Lane de ne le point suivre. M. de La Lane n'eut nulle peine à le satisfaire sur cela, étant déjà descendu dans la salle basse, et n'ayant aucune pensée de monter avec M. le curé, ainsi qu'ille témoigna à cet ancien religieux. Ce fut là où il apprit tout ce qui s'était passé, avant qu'il vînt, n'en ayant eu nulle connaissance jusqu'alors.

Dans un entretien fort long que M. le curé eut avec M. Feydeau, et qui dura près d'une heure, il pressa fort le

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