‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 105 sur 440 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Les curés de Paris téuQOiguent par ua acte public que le ruaademeut des grauds-vicaires avait édifié tout le monde.

Le vendredi ...'juillet, l'assemblée des curés de Paris se tint à l'ordinaire en présence de M. de Contes, doyen de Paris, et de M. de Hodencq, curé de Sainl-Séverin, et grandsvicaires de M. le cardinal de Retz, leur archevêque. Après que l'on y eut proposé et résolu quelques cas de conscience, Messieurs les curés de Genlilly et de Sainte-Croix de la Cité proposèrent l'affaire du mandement, et dirent que messieurs les évéques, dans la publication qu'ils avaient faite de leur avis, avaient prétendu que cette ordonnance de MM. les grands-vicaires avait scandalisé tous les catholiques. Sur cela, tous les curés de Paris et de la banlieue témoignèrent que bien loin que ce mandement eût produit un si mauvais effet, au contraire leurs ecclésiastiques et leurs peuples en avaient été tout à fait édifiés, et que tout' le monde l'avait regardé comme l'unique moyen de rétablir la paix dans l'Église. Toute la compagnie remercia MM. les grands-vicaires d'avoir fait publier ce mandement, et les conjura de conserver leur fermeté ordinaire pour s'opposer aux ennemis de la paix du diocèse de Paris.

M. de Contes parla àpeu près en ces teVmes : « Messieurs, le mandement dont nous avons ordonné la publication n'a point été pour troubler la paix de l'Eglise, ni pour exciter du scandale parmi les peuples catholiques, comme porte l'avis de quelques évêques de la cour. Le scandale est ou actif ou passif. Pour nous, nous n'avons point eu intention d'en donner aucun à qui que ce soit. Quant à moi, messieurs, j'aimerais beaucoup mieux mourir que de scandaliser personne, et Dieu m'est témoin qu'en faisant le mandement je n'ai regardé que la vérité, la gloire de Dieu et la paix de l'Église. Voilà, messieurs, quels ont été nos sentiments. Si quelques évêques en veulent prendre une matière de scandale, nous ne pouvons pas y remédier, cela n'appartient qu'à Dieu, et il n'y a que lui seul qui puisse faire cesser ce trouble quand il lui plaira. »

1. Les vendredis de juillet 1661 tombaieut le 1, 8, 15, 22, 29.

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Toute la compagnie s'éleva tout d'une voix et dit : « Messieurs, ce sont les évêques qui font le scandale, et non voire mandement. Nous l'avons regardé, nous et tous nos ecclésiastiques, comme le plus saint, le plus édifiant et le plus propre à donner la paix qui pût être fait. C'est, messieurs, le témoignage que nous vous en rendons. »

M. le doyen répliqua : « Messieurs, nous vous avons obligation de l'estime que vous voulez faire de notre mandement et de l'approbation que vous lui donnez. Nous disons encore une fois que nos intentions ont été droites et sincères. » M. de Saint-Séverin ajouta là-dessus : « Le roi luimême nous fit l'honneur de nous dire à Fontainebleau qu'il n'a jamais douté de nos bonnes intentions. »

M. le curé de Saint-Paul dit, pour se défendre des civilités de M. le doyen, qu'il ne pouvait souffrir qu'il usât de ces termes de remerciement à l'égard de leur compagnie ; qu'elle était obligée de rendre ce témoignage à la fermeté de messieurs les grands-vicaires et à leur bonne conduite ; qu'ils étaient obligés de les suivre comme leurs supérieurs, et de se conformer au modèle qu'ils leur donnaient, bien loin de mériter des remerciements pour leur approbation et pour l'obéissance dont ils leur étaient redevables, et qu'ils leur avaient rendue en une chose aussi juridique et aussi sainte que l'était celle dont il s'agissait.

M. le curé de Saitit-Cosme et plusieurs autres dirent qu'il était étrange que des évêques éloignés de Paris de quatorze lieues, à la suite de la cour, osassent dire et publier que le mandement eût scandalisé tout le monde de Paris, puisqu'eux curés qui l'avaient publié, qui l'avaient communiqué à tous leurs ecclésiastiques, et qui avaient une connaissance entière de l'extraordinaire satisfaction que tous les peuples avaient reçue en voyant la paix rétablie dans le diocèse par cette ordonnance, savaient tout le contraire du contenu dans l'avis de ces'prélats.

Cela donna occasion de proposer que l'affaire serait mise en délibération par M. le doyen, afin de faire voir par un acte public et authentique que ce mandement n'avait excité nul scandale. M. le doyen voulut s'en défendre et dit : « Messieurs, je ne puis mettre cette affaire en délibération. Vous savez quelle est ordinairement la suite des assemblées, et que le plus souvent ou en rapporte les choses tout autre-

ment qu'elles ne se sont pas passées. Il paraîtra à la cour que je n'aurai indiqué cette assemblée que pour en tirer cette approbation à notre mandement, et j'atteste M. le curé de Vaugirard, qui m'est venu trouver pour arrêter avec moi un jour dans lequel nous la puissions tenir, que nous avons eu beaucoup de peine d'en convenir pour cet effet, sans que la chose que vous voulez faire mettre en délibération nous fût venue en pensée. La cour néanmoins n'en jugera pas de la sorte. C'est pourquoi il nous suffit d'être assurés de votre bonne volonté sans qu'il en paraisse rien en public, et je ne puis souffrir qu'on en délibère. »

Mais malgré sa résistance plusieurs continuèrent à dire que cela n'empêcherait pas qu'ils n!en délibérassent entre eux et n'en passassent un acte par devant les notaires pour servir de témoignage public contre l'avis des évêques, qui avait surpris et pouvait encore surprendre ceux qui n'étaient pas instruits de la vérité de la chose. Lesieur Roger fut mandé pour cet effet pour signer cet acte avec Perrière*, après qu'il aurait été minuté par douze députés, et il fut ordonné qu'il serait signé ensuite par toute l'assemblée, ce qui fut exécuté les jours suivants.

11 n'y eut que le curé de Saint-Jacques du Haut-Pas qui refusa de le faire, et celui de Saint-Germain l'Auxerrois qui demanda communication de l'acte avant que de le signer, ce que le notaire refusa parce que l'on était pressé, et représenta à ce curé qu'il pouvait en prendre communication sur le champ par la lecture qu'il lui en ferait. Ensuite de quoi le sieur Roger s'étant retiré, le curé lui déclara qu'il était dans le même sentiment de l'assemblée, et qu'il ne s'abstenait de signer que par le refus qu'on lui faisait de cet acte. La fermeté des curés de Paris toucha sensiblement M. de Rodez et le Père Annat, et ils les blâmèrent de la liberté qu'ils avaient prise de faire cet acte. On usa de grandes menaces pour intimider les notaires et les empêcher d'en délivrer la grosse, ils ne laissèrent pas d'en délivrer deux; mais ce fut à condition qu'on n'en tirerait aucune copie. Cela n'empêcha pas que cet acte ne fût imprimé quelque temps après*.

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