‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 108 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

auprès de Sa Majesté, dont l'inclination lui était connue, et ce Père faisait part à M. de Beauvais de tout le détail de sa négociation. M. de Salers, son parent, traitait aussi pour lui avec le nonce, et tout cela se passait si adroitement que MM. les évéques de Rennes et de Rodez n'en savaient rien.

Au mois de juin de la même année, M. de Toulouse lui demandant un correspondant avec lequel il pût traiter de ses intérêts, et lui proposant de son chef le maréchal d'Albret, neveu de cet archevêque, il fît plusieurs voyages, et ménagea plusieurs entrevues secrètes de ces deux prélats, à Moret, à Montereau et aux environs.

Mais à peîne était-il embarqué dans ce commerce que M. de Toulouse, soit par son propre mouvement, soit par complaisance pour M. le nonce, soit par l'intrigue des Jésuites, y forma un embarras capable de le ruiner s'il n'eût eu affaire à un homme intelligent et courageux. M. de Sens avait publié le Jubilé dans son diocèse sans en avoir eu la bulle par le canal de M. le nonce. On lui en voulut faire un crime, et M. de Marca lui manda le 15 juin : qu'il ne pouvait lui dissimuler que M. le nonce était surpris de ce qu'il l'avait surpris sous prétexte d'un accommodement dont lui, archevêque de Toulouse, avait été l'entremelteur, qu'il disait que, pendant le traité, il ne lui avait pas fait signifier les ordres du pape pour son exclusion de publier le Jubilé ; mais que cela ne l'empêcherait pas qu'il ne la manifestât au roi et ne lui déclarât que sa publication était sans effet, comme ayant été faite sans pouvoir, et que par conséquent Sa Majesté était obligée en conscience d'attendre l'ordre que, par son consentement, M. le nonce avait demandé au pape pour publier le Jubilé pour leurs Majestés et sa cour; que cependant on tâchait d'insinuer secrètement cette doctrine sans participation de Messieurs les prélats du conseil de conscience, ni du Père confesseur, qu'il n'osait lui assurer quel serait l'effet de leur conférence avec M. le nonce ; mais qu'il prévoyait qu'il en pourrait arriver des inconvénients fâcheux, d'autant que, si le roi voulait attendre l'ordre du pape^ cela offenserait la dignité de M. de Sens, et que si ce prélat en témoignait du ressentiment, cela offenserait le pape et le roi, lesquels^ unissant leur autorité contre lui, pourraient lui donner de

la peine touchant l'affaire principale pour laquelle M. le nonce disait qu'il avait des ordres précis, lesquels il avait retardés pour l'honneur de l'épiscopat, et peut-être en attendant une conjoncture favorable pour attirer le roi de son côté ; que ces considérations l'avaient travaillé et l'avaient engagé à rechercher un moyen d'accommodement qui lui paraissait tout à fait raisonnable ; qu'il y avait deux chefs principaux de plaintes contre sa lettre pastorale; que l'un regardait le sens indéterminé de la condamnation des cinq propositions, sur lequel il donnait une satisfaction suffisante par les termes du mandement qu'il avait dressé lui, archevêque d& Toulouse, pour la publication de la constitution d'Alexandre VII. Que le second chef regardait l'autorité du Saint-Siège pour le jugement des controverses de la foi sans attendre celle des évêques ; que la lettre qu'il avait écrite ci-devant au pape ad cathedram Pétri, etc., satisfaisait à M. le nonce, qui désirait qu'il la mît en français dans son mandement; que moyennant cela il était content et voulait communiquer avec lui de la part de Sa Sainteté; que M. de Sens l'avait refusé et avait rompu sur cela; que lui, archevêque de Toulouse, croyait que ce prélat à qui il écrivait pourrait persister dans la forme de son mandement, et en le délivrant à M. le nonce avec l'exploit de la publication, lui mettre en main une lettre qu'il écrirait au pape en termes respectueux, par laquelle il dirait qu'il lui envoyait son mandement, d'où Sa Sainteté pourrait reconnaître le soin qu'il prenait pour satisfaire à l'un des chefs de la plainte qui avait été faite contre sa lettre pastorale. Que quant à l'autre chef, suivant sa lettre précédente, il déclarait de nouveau à Sa Sainteté ses sentiments, et qu'il répéterait sur cela les mêmes termes, en la suppliant de le conserver dans l'honneur de ses bonnes grâces, que M. le nonce lui avait promises moyennant les soumissions de son respect et de son obéissance, qu'il faisait à Sa Sainteté selon les termes contenus en la même lettre. M. de Toulouse ajoutait qu'il avait communiqué cet expédient au seul Père Annat, qui trouvait que M. le nonce aurait sujet d'être content, et que M. de Sens le pourrait faire avec honneur; que si cette ouverture lui agréait, il •faudrait qu'il le lui fit savoir le vendredi suivant à dix heures pour le plus lard, parce que, s'il était assuré de son

Page 1