‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 109 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

côté, il espérait qu'avec le secours du Père Annal il persuaderait cet expédient à iM. le nonce; mais que si lui, archevêque de Sens, ne l'approuvait pas, il faudrait l'en avertir, afin qu'il n'engageât point cette matière, dont le succès lui serait désavantageux; que si M, le nonce tombait d'accord de l'expédient, il le prierait d'avancer jusqu'à Montereau, où ils dresseraient ensemble toutes choses en bonne forme, et que M. le nonce témoignerait au roi qu'il était satisfait, tant pour ce qui regardait le Jubilé, que pour sa première plainte.

C'était un piège qu'il tendait à M. de Sens, et comme la seule crainte que M. le nonce ne donnât directement le Jubilé au roi et à la cour l'avait fait entrer dans le traité, il avait peine, aussi bien que cet officier du pape et le Père Annat, de le voir sortir de cet embarras avec tant de facilité. Mais M, de Sens avait encore d'autres intrigues à la cour que les mesures qu'il venait de prendre avec eux, et comme il faisait agir le Père Le Roy, confesseur de la reine mère, efficacement pour son service auprès de sa Majesté, il ne craignait pas beaucoup leurs menaces. Ce fut ce qui lui fît répondre en ces termes à M. de Marca la nuit suivante à une heure :

« Monseigneur, « Vous savez mieux que personne que M. le nonce ne peut se plaindre de ce que j'aie publié le Jubilé comme j'en ai le droit et le pouvoir, puisque j« n'ai donné aucune parole de ne le pas faire, et qu'il n'a pas même exigé de moi le contraire. Il s'est si peu soucié de la négociation qui était entre vos mains qu'il a voulu témoigner qu'il l'abandonnait, s'en allant jeudi à Paris, après avoir proposé un mandement que je ne publierais pas quand il irait de ma vie, et que tout le monde a trouvé injurieux à ma dignité et à l'Église. Après un traitement si indigne de la part de M. le nonce, pouvait-on attendre de moi que ce que j'ai fait, et que le seul désir de me tenir dans les bonnes grâces du ministre de Sa Sainteté m'a fait différer. Il est vrai pourtant que connaissant que je n'y pouvais parvenir, j'aurais encore différé la publication, si j'eusse été certain que M. le nonce m'eût fait signifier les ordres du pape pour mon exclusion, et nous eussions vu ensuite ce qu'il m'eût

fallu faire pour me mettre à couvert avec. tout le respect et toute la soumission que je dois au roi, si l'on entreprend quelque chose contre ma dignité et contre les droits de l'Église, Les menaces que me fait M. le nonce, de me pousser pour la première affaire, ne peuvent plus me donner de la peur. J'ai trop pénétré le fond de ce que je dois et de ce que je puis en cette occasion; et la justice du roi est trop grande pour craindre qu'il se laisse prévenir et qu'il ne veuille pas entendre mes raisons. S'il les condamne après les avoir déduites devant Sa Majesté, je me soumettrai sans réplique à tout ce qu'il ordonnera. Et en dernier lieu vDus savez, Monseigneur, quel est mon dernier refuge, et combien il est sûr contre toutes les atteintes de la cour de Rome. Devant que d'en venir à cette extrémité, nous examinerions qui m'a ôté le pouvoir de faire mes fonctions ; nous demanderions la sentence qui me l'a défendu; en quel pays elle a été donnée et par quel juge; où sont les citations, l'instruction du procès; qui est ma partie; et de quel crime je suis accusé. On serait assurément obligé de me le dire, et toute la chrétienté condamnerait l'injustice horrible qu'on ferait de me le refuser. Enfin tous les évêques verraient en ma personne un exemple qui les devrait faire trembler s'ils ne prenaient ma défense. Croyez-vous, Monseigneur, que les choses bien expliquées ne fissent pas une grande impression en ma faveur dans l'esprit de tous ceux devant qui je soutiendrais que tout ceci n'est qu'une invention de M. le nonce^ et que je le prouverais par les actes que le pape et les congrégations de Rome m'ont dressés. Je ne suis pas plus criminel maintenant que je l'étais quand ces pièces sont venues de Rome, et n'ai pas par conséquent plus de sujet [de] craindre que les deux puissances à qui je dois toute la soumission et tout le respect imaginables s'unissent pour m'accabler.

« Ce grand discours, Monseigneur, n'est pas pour diminuer l'obligation que je vous ai de vouloir pacifier tous ces troubles, ni pour me défendre de reconnaître la civilité et bonté avec lesquelles vous me dites que le Père Annat en use pour ce qui me regarde. Mais je le fais seulement pour vous empêcher d'oublier que je pénètre le fond des choses, et pour vous témoigner que sans m'épouvanter des monstres que M. le nonce me veut faire craindre, je veux

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