CHAPITRE V
Lettre de M. de Ghàlons à M. de Beauvais. Les amis de M. d'Alet suppriment celle qu'il avait écrite au roi et à l'Assemblée du clergé.
M. de Châlons, qui avait laissé passer deux ou trois mois sans répondre à la lettre que M. de Beauvais lui avait écrite, s'avisa enfin de lui faire réponse en ce temps-ci. On n'a point conservé la première des deux lettres qu'il lui avait adressées pour cet effet. Mais on peut juger de sa faiblesse par cette lettre que M. Arnauld en écrivit le 7 août à M. Hermant, après en avoir eu communication :
« Je n'ai jamais rien vu de plus pitoyable que la lettre de M. de Châlons à votre prélat. Il paraît qu'il n'avait consulté celui qui lui a répondu le 22 de mai que parce qu'il s'était imaginé qu'il le trouverait conforme à ses sentiments. Et c'est ce qui lui a fait trouver que cette lettre du 22 mai mériterait un plus grand éclaircissement, quoiqu'il n'y ait rien au monde de si clair. C'est la dernière des faiblesses d'opposer à ce que lui a répondu ce saint évêque avec tant de générosité et de lumière le bref du pape à l'Assemblée, et de prétendre qu'il doit être de très grand poids en ce qu'il approuve avec éloges ce que l'Assemblée a fait, comme si au contraire ce n'était pas une tacite improbation du formulaire, de ce que le pape n'en a pas dit un mot, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire s'il l'eût approuvé. Car le pape étant prévenu de cette fausse opinion qu'il y a beaucoup de personnes en France, qui, sous prétexte de ne pas condamner Jansénius, soutiennent les hérésies mêmes que le Saint Siège a condamnées dans les cinq propositions, il ne faut pas s'étonner s'il loue le zèle que l'Assemblée a témoigné avoir pour réprimer cette prétendue secte d'héré-
tiques. Mais s'il avait approuvé que Ton se servit du formulaire pour étouffer cette secte imaginaire, il ne faut point douter qu'il ne l'eût déclaré dans ce bref, puisque c'est le principal moyeu que l'Assemblée a cru devoir être employé contre le jansénisme. Et ainsi le silence du pape sur ce point est un témoignage nianifeste qu'on n'approuve point à Rome qu'une assemblée de quelques évêques se soit attribué de dresser des formulaires de foi. C'est pourquoi je ne conçois pas qu'un homme qui a du sens commun puisse faire valoir ce bref pour la signature du formulaire. Cette raison que, puisqu'eux évêques ont signé, il n'y a pas d'inconvénients que les particuliers le fassent, n'est pas moins absurde. Car si des évêques ont eu assez de lâcheté pour rendre témoignage contre le livre d'un grand évêque, qu'au moins ils ne savaient pas certainement être coupable des erreurs qui lui sont attribuées, est-ce à dire que des prêtres doivent faire la même faute, et violer à leur exemple la loi de Dieu, qui défend de porter faux témoignage contre son prochain? Et il est ridicule de prétendre qu'on en sera quitte devant Dieu en disant qu'un fait est toujours un fait, qu'il est impossible qu'il devienne un article de foi. Car c'est ce qui oblige davantage les évêques à s'opposer à l'horrible tyrannie de ceux qui veulent exiger la foi d'un simple fait, et traiter d'hérétiques ceux qui ne le reconnaissent pas. »
M. Ârnauld n'avait pas encore appris que M. de Chàlons eût écrit une seconde lettre à M. de Beauvais, un peu plus équitable que la première, quand il en parlait avec cette effusion de cœur à M, Hermant. Mais il fut contraint de quitter cet entretien par une triste nouvelle qu'il apprit en écrivant ainsi le 7 août, et on en parlera dans la suite. La liaison de la matière oblige de mettre ici la seconde lettre de ce prélat à M. de Beauvais, datée du 5 août.
« Bien que j'aie eu l'honneui' de vous écrire ces jours passés, je ne puis néanmoins différer à vous faire part de la nouvelle que j'ai depuis reçue, que M. d'Alet s'étant persuadé, selon le sentiment de ses amis qui lui ont écrit, qu'il était nécessaire de prendre encore quelques autres mesures, a écrit au roi une belle et forte lettre, et lui mande que l'Assemblée a usurpé une autorité qui ne lui appartient pas, supplie Sa Majesté de faire réflexion sur