‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 132 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

regarder que Dieu dans toutes vos actions, et la part que vous m'avez fait l'honneur de me promettre en vos bonnes grâces ne me donne-t-elle pas le droit de parler de la sorte, afin de vous faire connaître par là l'obligation que je vous ai de me donner dans ma douleur ces consolations solides qui sont seules capables de l'adoucir, et même de la convertir en joie, en considérant quel est aujourd'hui le bonheur de cette personne, que j'ai si parfaitement aimée que je puis dire sans crainte qu'il ne s'est jamais vu une plus étroite union entre une sœur et un frère, puis-^ue les liens de la nature n'en faisaient que la moindre et la plus petite partie, il faut avouer, Monsieur, qu'en jugeant plutôt des choses par la lumière de la foi que par celle du raisonnement humain, Dieu a traité sa servante d'une manière bien favorable en couronnant comme il a fait les travaux d'une austérité de tant d'années, non seulement par les douleurs d'une fort grande maladie, mais par les plus grandes souffrances qui puissent déchirer les entrailles d'une mère, en se voyant arracher d'entre les bras, contre toute sorte de raison et de justice, tant de filles qu'elle avait élevées avec un soin et une charité qui ne sont connus que de lui seul. Et comme elle se trouva obligée, pour justifier l'innocence de sa maison^ d'écrire à la reine-mère du roi, dans un temps où il semblait qu'il ne lui restait assez de vie que pour s'acquitter de ce devoir, et que ce sont, pour me servir* de ses termes, les dernières paroles d'une personne mourante ; j'ai cru, Monsieur, qu'encore que vous ayez déjà peut-être vu cette lettre, puisqu'elle a déjà été publique, je devais vous en envoyer une copie, que vous recevrez, s'il vous plaît, comme un gage de ma confiance en l'honneur de votre amitié, qui me fait prendre cette liberté sans appréhender que vous l'ayez désagréable. Et la même raison me fait joindre à cette lettre celle de la seule de mes sœuis qui me reste encore au monde.

« J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien les garder pour l'amour d'elles et pour l'amour de moi, et qu'y faisant quelque réflexion, vous trouverez que la conduite de Dieu est fort impénétrable aux hommes, puisqu'il permet que l'on traite de la manière que l'on fait des vierges consacrées

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