LIVRE XXVI
ils ont déjà dressé l'acte, et y ont excepté tous les Jésuites, ce qui est les chasser pour jamais d'Angleterre. Ils ont encore mis que tous prêtres donneraient leur nom au secrétaire d'État, et qu'il ne serait permis à aucun de demeurer ni exercer aucune fonction de religion que sous l'autorité de ceux que le roi nommerait d'entre les catholiques pour cet effet. Il faut louer Dieu de tout ce qu'il nous envoie, et je vous assure que j'ai été étonné de sa providence qui n'a mis dans tout ce pays-ci, pour solliciter en faveur des pauvres Jésuites, que ce M. d'Aubigny que l'on dit être un si dangereux janséniste.
« L'on m'a pourtant assuré qu'il fait ce qu'il peut pour favoriser les Jésuites, disant qu'il les regarde comme des prêtres de l'Eglise de Dieu, et que s'ils veulent prendre un général anglais sans aucune dépendance du général de Rome, ainsi que tous les bénédictins anglais, il croit que l'on les peut recevoir. Mais il y a des gens qui disent que M. d'Aubigny est fou de prétendre que cela se puisse. Je vous prie de le conseiller en cette occasion, car l'affaire ne finira pas encore si tôt et je lui ferai savoir ce que vous en écrirez; mais prenez des voies sûres .»
Voilà de quelle manière toute chrétienne M, d'Aubigny se vengeait en Angleterre, où son crédit était grand, de tous les maux que les Jésuites lui avaient faits à Paris; il aimait la religion catholique et honorait le sacerdoce jusqu'en la personne de ceux qui ne l'honoraient pas beaucoup par leur conduite et par leur horrible opposition à la vérité'.
On apprit en ce temps-là des nouvelles de la mort de M. Du Moustier, ancien recteur de l'Université de Paris, professeur royal et principal du collège des Grassins, que Dieu avait tiré des misères de cette vie dans la ville de Tours, pendant l'exil que les Jésuites lui avait procuré.
M. de Rebours, confesseur des religieuses de Port-Royal, mourut le 12 août, à l'âge de plus de soixante-quinze ans, dont il avait passé vingt et un ans dans cet emploi avec une piété exemplaire. Comme il avait passé les premières années de sa vie dans l'étude des belles-lettres, il avait une amitié
1. Tout ce passage, depuis le commeacement du chapitre, y compris le sommaire, a été barré au ms. et ne figure pas aux copies ; il a paru intéressant de le rétablir.
toute particulière avec la plupart des savants de Paris, n'en étant jamais sorti pour retourner à sa ville de Riom en Auvergne, depuis qu'il en était parti à l'âge de treize ans.
Cependant M. Séguier, théologal de Paris, ne se rendait point à la lettre de cachet qui excluait son chapitre du droit de faire un mandement de son chef pour la signature du formulaire. Mais quelque sollicitation que le Père Ânnat eût faite pour la poursuite de cette affaire, ayant été, dès le commencement du mois, de porte en porte chez tous les chanoines, tout son crédit ne produisit rien, et ce docteur fut repoussé de tous ses confrères quand il voulut ouvrir la bouche contre la conclusion capitulaire du lundi précédent. L'affaire de M. Feydeau faisait toujours beaucoup de bruit à la cour, où l'on voulait aussi envelopper M. de La Lane, abbé de Valcroissant, à cause de l'entretien qu'il avait eu avec M. le curé de Saint-Sulpice dans le temps qu'il lui refusa Pextrême-onction.
M. le Prince, s'étant trouvé vers le 10 ou 11 du même mois dans la chambre du roi, demanda à M. Le Tellier ce que c'était que cette affaire dont on parlait tant dans le monde, qui s'était passée à Paris au faubourg Saint-Germain entre M. le curé de Saint-Sulpice et un prêtre malade aux extrémités, qui par un serrement de mains avait fait connaître à ce pasteur qu'il renonçait au jansénisme pour recevoir de lui le sacrement de l'extrême-onction qu'on lui refusait, et qui ensuite avait déclaré qu'il ne lui avait point serré la main, et par conséquent que ce curé s'était trompé en se persuadant qu'il, eût renoncé au jansénisme. M, Le Tellier fit une répartie qui témoignait dans ce temps-là qu'elle était sa disposition surtout ce qui se passait sur les contestations présentes. Car il dit à M. le Prince qu'il était vrai que ce prêtre était ressuscité et qu'il avait fait cette déclaration, protestant qu'il ne pouvait croire comme un article de foi un fait décidé par le pape et par les évêques, et que cette résurrection avait trompé le curé de Saint-Sulpice et tous ceux qui étaient persuadés qu'on fût hérétique pour nier ce fait de Jansénius, quoiqu'il y eût grande apparence qu'un fait ne pouvait pas faire une hérésie, ni rendre hérétiques ceux qui le nieraient. Mais M. de Montaigu, qui était présent à cet entretien, s'échauffa fort pour soutenir l'action du curé, et fit paraître une grande aversion contre les disciples de
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saint Augustin ; de telle sorte que M. Le Tellier se contenta (le lui répliquer que pour lui et pour MM. du Conseil du roi, ils s'en rapporteraient toujours à ce que le pape déciderait touchant cette affaire '.