‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 141 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

qui voit que tout se perd de tous côtés, prévient celte nouvelle vexation en comptant cette somme à un créancier qu'elle fait venir.

On peut juger quel dérèglement purent causer ces comédies, cette musique, cette conversation libre et fréquente, particulièrement d'un jeune régent de leur collège, fils de famille, qui sortit de la. société depuis ce temps-là, et qui, pour aller souvent aux Ursulines, contre la défense du Père Hayneuve, se servit du prétexte de ce que le Père Maréchal, jésuite, y avait une nièce, et se servit de la confidence de deux de ses confrères pour se procurer la liberté d'entretenir seule celle à qui il en voulait conter.

Le confesseur de ces filles étant moi't, ces bons Pères leur viennent offrir leurs services dans un temps où leur noviciat était rempli de ceux qui faisaient ou renouvelaient leurs vœux. Cela donne occasion à quatre de leurs Pères de venir aux Ursulines deux fois le jour, et de leur apprendre tant de cas de conscience, etde ceux mêmesqui seraient capables de faire rougir le papier, que les plus relâchées en eurent horreur, quoiqu'ils les assurassent que tout cela se pouvait faire sans blesser la conscience. Ils donnèrent même leur sentiment par écrit, et M. l'archevêque de Rouen vit luimême quelques-uns de ces mémoires; mais ce n'étaient que des lambeaux.

Voici ce qu'ils enseignaient entre autres choses à ces filles.

On n'est pas obligé d'avoir attention en récitant son office, parce que l'Eglise ne peut pas commander des choses intérieures.

Il est permis d'user d'équivoques en répondant à ses supérieures, et même de jurersur les évangiles avec mensonge, pourvu que l'on ait une restriction mentale.

On peut donner à l'insu de sa supérieure des biens du monastère pour récompenser ceux qui y rendent quelque service.

Trois religieuses s'acquittent de leur office en disant en même temps chacune un psaume et une leçon.

On peut avoir deux confesseurs, l'ordinaire auquel l'on dira les péchés véniels, et un autre de dehors auquel on se confessera des mortels, pour conserver sa bonne réputation auprès du confesseur du monastère.

Dans lin monastère où la coutume est de communier les jeudis, on peut communier en péché mortel, si on ne peut pas se confesser au confesseur ordinaire, et qu'on ne puisse pas avoir l'autre, pour n'être pas notée.

Parmi ces nouveaux directeurs, il s'en trouva quelquesuns qui avaient plus lu leur Sanchez' de matrimonio, que leur Rodriguez* de la perfection religieuse, et la chose alla si avant que les supérieurs furent obligés de les exiler euxmêmes de ce monastère.

Une conduite si relâchée commença à être à charge à la maison, qui voyait sa ruine entière par la perte du temporel et du spirituel. Mais quoique ces filles souhaitassent d'être délivrées de ces Pères, elles n'en découvraient pas les moyens. Néanmoins la supérieure eut assez de cœur pour hasarder quelque chose dans une nécessité si pressante. Elle commença par rendre les violes, les violons et tout l'attirail de la musique. Le jeune régent en gronde avec ses collègues, dans la juste crainte d'une plus grande réforme; et ils n'ont *pas de peine à concevoir quelles rentes ils perdront s'ils perdent une fois ce monastère. Les Ursulines passent plus avant, et obtiennent pour supérieur l'abbé de Sainte-Hélène, docteur en théologie de la Faculté de Paris, archidiacre de Rouen, qui étant habile et désintéressé, reconnaît tout d'un coup qu'il faut abolir cette multitude de directeurs qui s'ingèrent et se produisent d'eux-mêmes, et s'arrêter à un bon prêtre appliqué et laborieux, et qui, n'étant pas de la ville, y ait moins d'habitudes et de connaissances, et par conséquent soit plus assidu à la conduite de la maison.

M. de Sainte-Hélène en ayant écrit à Paris à ses amis^ après plusieurs perquisitions, on trouve enfin M. Servonnet, prêtre du diocèse de Lyon, qui y avait eu de l'emploi avec bénédiction et succès, et qui avait été quelque temps dans la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet. Mais dès qu'on lui propose cet emploi, il s'en excuse fortement et dit

l.-Thoaias Sanchez (1550-1610), jésuite espagnol, est un des casuistes attaqués par Pascal. L'ouvrage dont il est ici question a pour titre : Disputationes deSanclo malrimonii Sacramento .

2. Alphonse Rodriguez (1526- 1616), jésuite espagnol, auteur du Trai/é sur la perfection chrétienne et sur la perfection reliqieuse qui fut traduit en francjais par MM. de Port-Royal.

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