‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 147 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

qu'il y avait bien de la différence entre ces deux choses.

Ce confesseur ajouta que quant à ce qu'on avait dit de lui touchant les chasubles, il avait parlé en ces termes parce qu'on demandait dans la sacristie de quelle condition étaient les prêtres pour leur en donner de plus riches s'ils étaient riches, ou de moindres s'ils ne l'étaient pas. Qu'il n'avait point ouï-dire que l'on eût canonisé des saints en Canada dont on prétendait avoir des reliques.

Que les pauvres doivent épargner surtout quand ils sont chargés de dettes, et qu'il n'est point à propos de brûler quantité de cierges quand on les doit aux marchands.

Après tout cela, M. de Rouen étant venu aux Ursulines pour terminer sa visite, dit à ce confesseur qu'il continuât ses fonctions comme il avait fait jusqu'alors. Mais comme ce prélat sortait, il rencontra M. Gaulde, l'un de ses grandsvicaires, avec deux Jésuites qui attendaient la conclusion. M. Gaulde, qui aimait assez peu M. Servonnet, et qui avait parlé de lui désavantageusement en plusieurs rencontres, ayant appris de M. de Rouen qu'il l'avait renvoyé absous, il fit ce qu'il put pour le faire congédier, il représenta à M. l'archevêque que cela ne serait pas désavantageux à ce prêtre, puisqu'il n'était pas du diocèse, et que tout ce qui s'était passé y avait causé de grands scandales. A tout cela M. de Rouen répondait que ne l'ayant trouvé chargé de rien, il ne voulait pas condamner un innocent.

Ensuite ce prélat signa les articles de sa visite, dans lesquels la justification du confesseur était contenue aussi bien que celle des religieuses, et ordonna, au grand regret des Jésuites, que le tout serait imprimé. De plus il congédia le vicaire de Saint-Nicaise, qui avait passé les bornes de sa commission. Et enfin il fit signer la bulle du pape et la censure de l'Apologie des Casuistes par toutes les religieuses, étant le seul de tous les évêques du royaume qui eût exigé jusqu'à ce temps-là les souscriptions des religieuses sur des matières de doctrine.

Cependant M. Mallet, qui a été le principal auteur de tous les troubles du diocèse de Rouen, ne pouvait cacher l'aversion mortelle qu'il nourrissait dans le cœur contre les livres qui portaient le nom MM. de Saint-Cyran, Arnauld et autres semblables. Son inquiétude sur ce sujet fit que, par ses intrigues continuelles, tous livres furent ôtés aux Ursulines,

mais longtemps après sa visite. Et quand on lui demandait la raison d'une aversion si violente contre ces ouvrages: « C'est, disait-il, parce qu'on s'y attache trop, et que quand « on les a lus, on ne veut pas lire les autres. »

La ruine de cette dernière cabale des Jésuites ne fit qu'augmenter leurs médisances, et le P. Godefroy, recteur du noviciat, écrivant à une personne de condition qui était alors à la campagne et qui avait une sœur dans les Ursuliiies, lui manda que M. l'archevêque venait d'achever cette visite; que ces filles étaient jansénistes, et cette sœur l'une des principales, que le prélat avait congédié le confesseur (ce qui n'était vrai que du vicaire de Saint-Nicaise) ; qu'il avait fait brûler plusieurs livres dans la chambre du sieur Servonnet, ce qui était faux. Et qu'il lui conseillait de retirer sa sœur de ce monastère pour la loger dans quelque autre, ce que faisaient aussi plusieurs de ses confrères.

Comme les Jésuites ne trouvèrent pas tout le monde disposé à leur dévotion, ils persuadèrent à quelques-uns de retirer des Ursulines les pensionnaires qu'ils y avaient envoyées pour être instruites, ce qui leur réussit en partie. Ils coururent aussi de monastères en monastères pour empêcher ces filles d'avoir des prédicateurs et des confesseurs, n'étant pas possible que M. Servonnet suffit lui seul à entendre les confessions de toute la communauté, et M. Mallet même voulut avoir sa bonne part dans cette course. Un Augustin du Grand-Couvent, docteur de la Faculté de théologie de Paris, et qui d'ailleurs était un véritable israëlite, eut peine à avoir un compagnon pour le suivre dans ce voyage de charité, tant son supérieur était prévenu, quoiqu'il n'osât jamais le lui défendre précisément. On voulut aussi persuader au supérieur des Réformés de la Magdeleine de ne plus aller chez ces religieuses ; mais il répondit généreusement qu'il les assisterait tant qu'on les persécuterait, et qu'il verrait ce qu'il aurait à faire lorsque l'on aurait cessé.

Quant aux livres que M. Mallet avait fait ôter à ces filles, la doctrine en était pure et orthodoxe, et on ne [les] leur avait défendus que pour entrer danslapassion des Jésuites. Il arriva même que M. l'évêque d'Aulonne étant tombé sur ce ^discours dans une visite qu'il rendit à Gaillon à M. de Rouen, cet archevêque promit de les leur faire rendre. Mais

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