LIVRE XXVI
conformes à rinclination des Jésuites. Ils sont datés du 13 décembre 1660, et voici une partie de ce qu'ils contiennent :
« Premièrement, comme la charité est le fondement de la perfection chrétienne et le lieu de toutes les vertus, nous avons exhorté toutes les religieuses, assemblées à la grille de la chapelle, de demander à Dieu l'accroissement de vivre dans une parfaite unité d'esprit, et bannir de leurs cœurs toutes singularités, toutes les apparences qui pourraient mal édifier le prochain, d'éviter toutes les personnes suspectes, et de n'avoir aucun commerce pour leur conduite spirituelle qu'avec les maisons de leur ordre.
« Nous avons fait et faisons très expresse inhibition et défense de parler directement ou indirectement, en général ou en particulier, des matières de la grâce ou des différends du temps, d'en lire les livres, ou recevoir aucun écrit sur des matières contestées ou contraires à la charité du prochain.
« Nous avons aussi défendu aux dites religieuses de vendre ni engager l'argenterie de leur chapelle, ni les livres de la bibliothèque, sans expresse permission de Monseigneur, etc. »
Ces livres étaient entre autres : un gros volume in-folio sur les matières de la Grâce :
Le Directeur pacifique de conscience, par un capucin; Le Paradis ouvert à Philagie; La Dévotion aisée, du Père Le Moine; Les Heures du Père Adam ; Marques de la Prédestination, du Père Binet; La triple couronne de la Vierge, où était l'histoire de la religieuse qui sortit du monastère, etc.
« Nous avons ordonné que le confesseur des dites religieuses se retirera de la maison incontinent et sans délai, et défenses à lui d'y faire aucunes fonctions. Et en attendant qu'il y soit pourvu par Monseigneur d'une personne propre pour ce sujet, nous avons, de l'autorité de Monseigneur, substitué en son lieu et place le confesseur des religieuses de Sainte-Marie du grand couvent, auquel toutes les filles se réduiront pour éviter variété de conduite ; et en cas de besoin extraordinaire, permis à la supérieure d'appeler quelque ecclésiastique de probité, ou religieux de probité et V n
d'exemple, ce qui ne se pourra faire que rarement, etc. »
Après la visite faite, une personne de grande condition demanda à M. Gaulde ce qu'il avait trouvé dans ce monastère. A quoi il fit réponse : Toutes sortes de biens. Et sur ce que cette personne le pria de lui dire ce qu'il avait jugé du confesseur, il lui témoigna n'y avoir rien à redire que quelques petites imprudences, ce qui donna sujetà celui qui lui faisait des demandes de lui répliquer : Qui est ce qui n'en a pas? Et depuis ce temps là cette personne lui ayant offert sa maison quand il serait hors de son emploi, M. Servonnet y fut reçu en effet avec [beaucoup] de charité.
La fin de la visite fut le rétablissement des Jésuites dans la maison des Ursulines, ce que ces Pères désiraient depuis longtemps avec une extrême passion ; et ce changement fit dire à une personne de grande condition qu'il fallait que ce monastère fût quelque chose de grand et de fort considérable, puisque ces Révérends Pères étant confesseurs du pape, de l'empereur et des rois, ils ne souhaitaient rien tant que de l'être encore des Ursulines de Rouen.
M. de Sainte-Hélène, qui connaissait assez ceux qui avaient dit qu'on n'en voulait point à ce prêtre, et qu'il se pourrait retirer dans la ville et aller où il voudrait, lui avait conseillé d'y demeurer quatre ou cinq jours sans paraître, ce qui fut fait. Mais à peine le premier jour fut-il expiré, que pour causer un nouveau chagrin aux religieuses de ce monastère, on y alla donner des assignations à ce prêtre que l'on savait bien n'y être plus, puisque même M. de Sainte-Hélène n'y mettait pas le pied.
Aussi bien, loin de pouvoir protéger les autres, il avait besoin lui-même de protection pour se garantir de la fureur de M. Mallet, qui par un emportement étonnant l'avait mis lui-même au nombre des accusés, ce que ce grand-vicaire n'apprit que par M. Servonnet, qui ayant été obligé dans la suite de faire un voyage à Paris, y avait trouvé ces dépositions que l'on criait par les rues, et qui dans le fond n'étaient que des bagatelles.
Ce prêtre s'étant caché, on le cherche de toutes parts et principalement où il ne devait pas être. On se vante tantôt de le faire crier à son de trompe, tantôt de le faire citer aux portes de l'église, quelquefois qu'on le fera fulminer dans tous les prônes des paroisses. M. d'Arnonville ne craint pas