LIVRE XXVI
de sa subsistance dans RoHen, par la complaisance aveugle qu'il avait pour toutes les inclinations de son archevêque ; et ce prélat se riait des reproches qu'on lui pouvait faire de légèreté, d'inconstance, en punissant comme jansénistes deux ou trois ecclésiastiques particuliers, après avoir défendu à tous ceux de son diocèse d'user de ce nom injurieux, pourvu que par l'éclat de cette procédure irrégulière il se pût ouvrir un chemin à une plus haute fortune *.
Enfin, le premier jour de septembre, M. l'archevêque de Rouen ayant fait venir le sieur Servonnet en son palais archiépiscopal, après avoir employé auprès de lui deux curés de la ville pour le porter à se soumettre à son jugement par la confiance qu'il avait en son innocence, rendit sentence contre lui en ces termes :
« Nous avons déclaré le dit Servonnet dûment atteint et convaincu d'avoir favorisé la doctrine des cinq propositions condamnées par les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, tant par ses discours imprudents, distribution de livres contenant le jansénisme par nous censurés, que par sa conduite singulière et indiscrète ; pour réparation de quoi nous avons ordonné qu'il fera entre nos mains sa profession de foi, et renoncera précisément aux erreurs et mauvaises maximes mentionnées au procès, Défense à lui de faire aucune fonction de ses ordres dans toute l'étendue de notre diocèse. Nous lui enjoignons de se retirer dans quinzaine du jour de la prononciation du présent jugement, à peine d'être procédé contre lui comme contre un prêtre vagabond.
Fait et prononcé au dit Servonnet, en notre audience archiépiscopale, tenue dans la salle de notre palais archiépiscopal, en présence de notre Conseil, ce jourd'hui 1*' septembre 1661.
« Signé : François, archevêque de Rouen. »
Et plus bas :
« Par le commandement de mon dit seigneur, signé Hardouyn, avec un paraphe. »
1. On lisait primitivement au ms : .... il se pût ouvrir un chemin à cette haute fortune gui devait un jour surprendre toute la France quand on l'y verrait élevé. La correction est de la mère Le Féron.
Ce jour là même et dans la même séance le sieur curé de la Mivoie fut aussi jugé, et sa sentence conçue en ces termes :
« Nous avons déclaré le dit Moinet dûment atteint et convaincu d'avoir avancé des propositions scandaleuses, téméraires et tendantes à faire croire qu'il favorisait la doctrine du jansénisme contenue dans les cinq propositions condamnées par les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, pour réparation de quoi, ayant aucunement égard tant aux protestations qu'il a faites de se soumettre entièrement et avec sincérité de cœur aux décisions de l'Eglise, qu'à la privation de la fonction de ses ordres depuis huit mois, et détention de sa personne depuis trois semaines dans les prisons de notre cour d'Église,
« Nous avons ordonné qu'il fera entre nos mains sa profession de foi, et renoncera précisément aux erreurs et mauvaises maximes mentionnées au procès. A lui enjoint de se retirer durant trois mois dans notre séminaire, où il restera actuellement pour vacquer aux exercices de doctrine et de piété qui s'y font, et condamné d'y dire tous les jours les sept Psaumes pénitentiels avec les Litanies de la Sainte Vierge, à genoux devant le Saint Sacrement, et de jeûner deux jours par semaine au pain et à l'eau, avec défense de récidiver sur peine de privation de son bénéfice, et telle autre qu'il appartiendra. Et vaudra ce présent jugement, pour toute monition canonique, et défense à lui faite de faire aucune fonction de ses ordres dans la paroisse, qu'il ne nous ait fait apparoir par l'attestation du supérieur du dit séminaire de l'exécution de notre présent jugement, auquel lieu nous laissons à la prudence et discrétion du dit supérieur de lui permettre les dites fonctions.
«Fait et prononcé au dit Moinet, en notre audience archiépiscopale tenue dans la salle de notre palais archiépiscopal, en présence de notre dit Conseil, ce jourd'hui premier septembre 1661.
« Signé, François, etc. »
Quoique le sieur curé de Saint-Herbland fût le plus chargé de tous les trois par les informations, et qu'il se fût servi d'expressions dures, et eût tenu quelques discours indiscrets, mais la plupart détachés de la matière du pré-