‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 168 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

tendu jansénisme, néanmoins il ne fut pas arrêté prisonnier; mais cela n'empêcha pas que M. de Rouen ne prononçât contre lui cette sentence:

« Nous avons déclaré le dit Prévôt, dûment atteint et convaincu d'avoir avancé des propositions impies, scandaleuses, téméraires et irréligieuses contre l'honneur de la Sainte Vierge, l'autorité de l'Église, le respect dû au Saint- Siège, la dévotion du chapelet, et autres, tendantes à faire croire qu'il favorise la doctrine du jansénisme contenue dans les cinq propositions condamnées par les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII. Pour réparation de quoi, ayant aucunement égard, tant aux protestations qu'il a faites de se soumettre entièrement et avec sincérité de cœur aux décisions de l'Eglise, qu'à la privation de ses ordres depuis huit mois ; Nous avons ordonné qu'il fera entre nos mains sa profession de foi, et qu'il renoncera précisément aux erreurs et mauvaises maximes mentionnées au procès. A lui ordonné de se retirer durant trois mois dans notre séminaire, où il restera actuellement pour vaquer aux exercices de doctrine et de piété qui s'y font, et condamné d'y dire tous les jours son chapelet, etc. » (comme dans la précédente sentence contre le sieur curé de la Mivoie).

On remarque assez l'irrégularité de ces trois jugements, prononcés en un même jour. Il est vrai que le curé de Saint-Herbland avait été fait curé par M. de Rouen, avec connaissance de cause, depuis les discours qu'on l'accusait d'avoir tenus étant encore bibliothécaire ; et que le curé de la Mivoie fut dispensé du jeûne au pain et à l'eau dès les premiers jours qui suivirent la prononciation de sa sentence. Mais la domination souveraine paraît dans toute cette procédure; et on était particulièrement convaincu que M. Servonnet n'avait nullement mérité un jugement de cette nature.

Cependant, dès l'instant même de la prononciation de sa sentence, on le fît rentrer dans les prisons de l'officialité, où il fit encore cinq ou six jours, parce qu'il ne put obtenir aucune copie de sa sentence, quelque prière et réquisition qu'il en fît, comme il avait fait des poursuites inutiles par les voies de la justice pour faire contraindre le geôlier de lui délivrer l'extrait de l'écruu de son emprisonnement, V 19

âÔO MÉMOIRES DE GODEFROI HERMaNT

sans que le concierge lai apportât d'autres raisons de son refus, sinon que M. l'archevêque le lui avait expressément défendu.

Pour colorer en quelque façon l'injustice que l'on commettait en sa personne, on fit rendre une nouvelle sentence contre lui le 3 septembre de la même année par le bailli de Rouen, sous prétexte des six cent cinquante exemplaires des Prières du sieur de Laval qu'il avait pris en échange de Hérault, libraire de la même ville, et il fut mis hors de prison du consentementdu procureur du roi, pour exécuter la sentence que M. Tarchevêque venait de prononcer contre lui, parce que défenses lui étaient faites de commettre pareille faute à l'avenir, sous les peines au cas appartenantes. Le 19 septembre, étant en liberté, il demanda acte à un notaire nommé Bonnel, pour prolester que toutes les déclarations, actes, soumissions et obéissances qu'il avait faites ou rendues, soit devant M. l'archevêque, soit devant les commissaires, lui avaient été extorquées par violence, et contre sa volonté, ne les ayant faites que pour obtenir la liberté de sa personne ; qu'il les déclarait nulles, se portant appelant de la sentence à lui prononcée par ce prélat, avec intention de relever son appel où il appartiendrait, en temps et lieu.

Le lendemain 20 septembre, il fit ajourner Nicolas Hémeri, concierge des prisons de l'officialité, pour se voir condamner à lui délivrer l'écrou de son emprisonnement, et par une sentence qu'il obtint le 4 d'octobre, il fut dit que ce geôlier avait été et était condamné par corps à lui délivrer cet écrou, avec dépens des défauts modérés et taxés à la somme de sept livres.

Mais quelque diligence qu'il fit pour avoir copie de la sentence que M. de Rouen avait rendue contre lui, il n'en put jamais venir à bout en ces quartiers là; et il ne l'aurait jamais eue, si elle ne lui eût été communiquée et prêtée pour en faire un extrait par une personne des plus qualifiées de Lyon, à qui on l'avait envoyée pour le diffamer.

Ayant rendu des services considérables aux Ursulines de Rouen, il s'en retourna en son pays avec cette glorieuse flétrissure, mais avec un sensible déplaisir de les laisser dans l'oppression avec une ruine visible de l'ouvrage de Dieu. Car voici ce que lui mandait le 2 mars 1662 àBagnols

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près Lyon, où il était retiré, une de ces bonnes religieuses : « Nous sommes sur le point de périr si la main toute puissante de Dieu ne nous soutient, étant dans une pauvreté extrême. Celles qui ont tant fait la vie pour le vermeil doré l'ont tait engager elles-mêmes pour avoir du pain, et l'on a vendu tout ce qui se pouvait vendre des ornements d'F^glise; et cela n'est rien pour la quantité des dettes qui vont dévorer notre fonds, si le Dieu de toute bonté ne nous envoie le secours; c'est de quoi nous le supplions très humblement, si c'est pour sa plus grande gloire. Ma douleur est qu'une quantité de jeunes filles que nous avons, et de très bonnes novices que vous connaissez, seront contraintes de retourner comme nous chez leurs parents. Mais enfin il faut adorer les ordres du bon Dieu, qui sont toujours très justes et très équitables. »

Voilà quelle fut la catastrophe de cette funeste tragédie, si ce n'est qu'il faut se réserver à en voir encore une scène l'année suivante. Les Jésuites en furent lespremiers auteurs, M. Mallet y joua le principal personnage, l'autorité de M. de Rouen fît la décoration du théâtre, et la plupart des spectateurs n'y assistèrent qu'avec indignation. Cependant on appelait cela donner la paix à un diocèse, mais c'était sans doute à la mode des Romains, de qui des peuples étrangers disaient dans un célèbre historien :

Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant^.

CHAPITllE XV

Emprisonnement de Léonard, libraire de Paris, [et de M. Fouquet, surintendant des finances].

Le feu des persécutions qui s'était allumé dans Rouen fit éclater ses étincelles jusque dans Paris, et le sieur Léonard, libraire, en ressentit les effets. On a vu ci-dessus l'embarras où se trouvait son correspondant de Rouen, à l'occasion des exemplaires de Denis Raimond, qui y avaient été saisis après y être abordés de Hollande» S'étant tenu en repos chez lui pendant plus de quinze jours

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