Tacite : In vila Julii Agricole
qu'il avait commencé d'y paraître tout de nouveau après une assez longue absence, le commissaire Picard, son bon ami, avec qui il buvait et mangeait souvent, l'arrêta prisonnier, le 14 septembre, et le conduisit dans la Bastille, à la poursuite du lieutenant criminel de Rouen, pour n'avoir comparu à Rouen, ni personne pour lui, après y avoir été trompette à trois briefs jours.
Mais l'emprisonnement de ce libraire ne fil pas un si grand éclat, qu'avait fait lundi 5 de septembre la détention de M. Fouquet, ministre d'Etat et surintendant des finances, qui du comble d'une fortune sans bornes venait de tomber inopinément dans la disgrâce du roi, et dans une captivité que'dix-huit ans' n'ont pu être capables de finir.
Ce magistrat*, qui avait toutes les prétentions qu'une ambition aveugle et insatiable peut se figurer, tenait son établissement si solide et sa faveur si inébranlable qu'il ne croyait plus devoir garder aucune mesure pour sa conservation. Quoique le rang de procureur général du Parlement de Paris ne fût nullement incompatible avec l'administration des finances, et que les règles de la prudence humaine semblassent l'obliger de ne pas sortir de ce poste dans lequel il pouvait trouver naturellement un fort grand appui, il s'était néanmoins défait de cette charge depuis quelque temps pour en revêtir M. de Harlay, son ami, qui n'était point en ce temps là la personne de la robe la plus agréable à la cour. Mais on avait passé par dessus toutes sortes de considérations pour ne pas différer la chute de ce ministre ambitieux, qui courait de toute sa force à sa ruine.
Le voyage de Bretagne ayant été choisi pour ce dessein, il parut dans Nantes avec tout l'éclat et toute la magnificence d'un homme qu'on regardait comme ayant l'une des premières parts dans le gouvernement de l'Etat. Après que la
1. La disgrâce de Fouquet étant arrivée en 1661, c'est doue en 1619 qu'IIermant écrivait cette partie de ses Mémoires. Ou croit que Fouquet est mort en 168i). Gourville, son ami, dit qu'il sortit de prison peu de temps avant de mourir, le fait n'est pas prouvé.
2. Toute l'iiistoire de l'arrestation du surintendant est omise dans la copie Le Féron. Ou lit en marge du ms. d'Hermant la note suivaute, écrite par la M. Le Féron : On a cru que l'on pouvait passer le pirliculier de cet événement, qui ne fait rien au sujet dont il s'agit dans cette histoire. Reprendre à la dernière ligne de la page suivante à ces mois La disgrâce de ce ministre. C'est ce qui a été fait.