‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 170 sur 440 · LIVRE XXVÏ · texte numérisé non relu

LIVRE XXVÏ

cour y eut passé quelque temps, le roi y Uni son conseil à l'ordinaire dans le château, sur les neuf heures du matin. Mais-Sa Majesté avait donné un ordre secret que sa compagnie des mousquetaires fut prête dans le même temps qu'il avait fait dessein d'aller à la chasse.

MM. Le Tellier, Fouquet et de Lyonne, les trois ministres d'Etat, étant sortis du conseil, le roi fit rappeler M. Le Tellier, et M, le surintendant entra dans sa chaise dans la cour môme du château. Quelques mousquetaires suivirent adroitement cette chaise, et M. d'Ârtagnan', leur chef, se mita leur queue sans que ce ministre se défiât de rien. Mais comme M. Fouquet était sur le point d'entrer dans une grande place qu'on appelle de Saint Pierre, M. d'Artagnan Faborda, et lui fit entendre qu'il avait dessein de lui parler. Pour cet elTet ils convinrent d'entrer dans la maison voisine, qui était à M. l'archidiacre de Nantes, oncle de la première femme ' du même Fouquet, et dès qu'ils y furent arrivés, M. d'Artagnan lui déclara l'ordre du roi, et l'arrêta. En même temps la compagnie de mousquetaires se trouva à cheval devant ce logis, et un des carrosses du roi étant entré dans la cour, on l'y fit monter avec quelques-uns de ces mousquetaires, pour le conduire au château d'Angers. On scella dans la maison de M. de Rougé où il était logé; M. Pellisson % son commis, homme de belles lettres, déjà célèbre pour la Relation deFAcadémie, et qui faisait encore profession de la religion prétendue réformée, fut arrêté promptement, et on donna à M. Boisleve^la ville de Nantes pour prison.

1. 11 y a de nombreux d'Artagnan officiers de mousquetaires. Celui dont il est ici question est pans doute Charles de Bats de Moalesquiou, capitaine-lieutenant de la première compagnie de mousquetaires, qui s'illustra sous le nom de d'Artagnan, et fut tué au siège de Maostricht en 1673.

2. La première femme de Fouquet se nommait Marie Fourché, dame de Quéhillac. Elle mourut peu après son mariage, laissant une fille qui devint duchesse de Charost.

3. Paul Pellisson de Fontanier (1624-1693), membre de l'Académie française dès 1653, partagea en 1661 la disgrâce de son maître et ami Fouquet, et resta quatre années en captivité. Né protestant, il abjura en 1670.

4. Sans doute Gabriel Boisleve, conseiller au parlement de Bretagne et évoque d'Avranches depuis 1651. Il mourut en 1667.

Il y avait déjà deux jours que le roi avait mandé à Paris qu'on scellât chez M. le surintendant et chez quelques autres qui avaient plus de liaison avec lui, et il déclara qu'il y avait plus de quatre mois qu'il avait formé ce dessein.

Sur les quatre heures après midi, M. le Maréchal de la Meilleraie fit embarquer douze ou quinze cents hommes pour se saisir de Belle-Isle, que ce ministre avait acquise ; mais n'ayant pas trouvé de résistance, il n'y demeura que cent Français et cinquante Suisses, sous la conduite de M. de Glievigny '.

Cette nuit là même M. Pellisson fut amené hors de Nantes pour être conduit dans la Bastille, et M, Boucherat* travailla toute la nuit à faire inventaire de ce surintendant disgracié. Le désordre de sa famille fut grand; M">« Fouquet" fut conduite à Limoges; leurs enfants demeurèrent plusieurs heures sur le pavé comme des personnes abandonnées, et la seule compassion porta M"»" la marquise de Villars* à les recueillir.

Le matin du 6, le roi déclara M. le Maréchal de Villeroy chef du conseil de la direction des finances, et lui donna l'ordre général pour ce qu'il y aurait à faire pour Belle-lsle, Concarneau et l'Isle-Dieu.

Ce jour là même après midi ce maréchal présenta à Sa Majesté les députés du Parlement de Bretagne, à la tête desquels M. le Premier Président porta la parole, et la nuit, le roi partit en relais de carrosses pour être le vendredi suivant à Fontainebleau.

La disgrâce de ce ministre délivrait M. le cardinal de Retz de l'un de ses plus grands ennemis; mais pour cela ses affaires n'en allaient pas mieux à la cour. Car on apprit à quelque temps de là, par des lettres écrites de Rome, que le roi faisait solliciter puissamment sa destitution. On mandait de ce pays là que M, d'Âubeville ayant demandé des

1. Ce Chevigny, alors capitaiae des gardes, est deveuu dans la suite prêtre de l'Oratoire.

2. Louis Boucherat (1616-1699) correcteur des comptes, puis intendaut ea diverses provinces, devint chancelier de France et garde des sceaux.

3. Marie Magdeleine de Castiile Villeiuureuil, "seconde femme de Fouquet, morte en 1716.

4. Marie Gigault do Bellefonds (1624-1706), femme du marquis Pierre de Villars, et mère du maréchal.

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