‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 171 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

commissaires pour lui faire son procès, le pape avait dit qu'il y avait longtemps que l'on était sur ce chapitre; qu'il élait fort surpris de ce que le roi, ayant fait la paix et pardonné à ses plus grands ennemis, refusait de pardonner à son prélat; qu'il élait étrange que depuis huit ans qu'il était tombé dans sa disgrâce, on ne vit ni accusateur, ni aucun chef d'accusation ; que depuis l'amnistie, on ne le pouvait charger des anciens troubles de Paris et du royaume, puisque Sa Majesté depuis ce temps là l'avait fait élèvera la dignité de cardinal; que pour ce qui concernait le jansénisme, il était constant qu'il n'en était point infecté, et que lui-même lui avait adressé sur ce sujet un bref de congratulation; qu'avant toutes choses il voulait voir les chefs d'accusation, signés de la main du roi ; que M. d'Aubeville ayant voulu repartir que le roi serait ferme dans sa résolution, parce que ce cardinal ne lui avait pas voulu demander pardon, il demeura muet sur ce que le pape lui répliqua qu'on ne pouvait l'accuser d'opiniâtreté, puisqu'il savait bien que l'on bouchait à ce prélat toutes les voies par lesquelles il aurait pu implorer la justice et la clémence du roi.

Les spéculatifs disaient alors que cette demande n'avait été faite que pour intimider le pape, et en même temps menacer le cardinal de Retz, afin de le porter, ou à révoquer entièrement les grands-vicaires, ou au moins à casser leur ordonnance par un nouveau mandement qu'il enverrait au pape pour le faire donner ensuite à Sa Majesté, afin de le contenter.

Une demoiselle de grande condition fit savoir en ce temps là à M. de Contes, qu'enfin M. le cardinal de Retz ayant refusé au roi de lui remettre son archevêché pour l'abbaye de Saint-Denis, Sa Majesté avait pris la résolution de pousser cette affaire à bout pour lui faire son procès; que pour cet effet le roi avait signé dans cette semaine là des points d'accusation contre lui, et les avait renvoyés à Rome avec ce bref que le pape lui avait envoyé par son nonce, afin que Sa Sainteté en renvoyât un autre que celui-là, qui ne lui était point agréable, non plus qu'aux ministres du conseil de conscience.

Elle lui dit de plus que les Jésuites s'étaient trouvés écrits sur le plan que M. Fouquet avait dressé pour faire la guerre

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au roi, au cas que Sa Majesté le fît arrêter prisonnier et entreprît de lui faire son procès; que tous leurs collèges devaient être les bureaux d'adresse de toutes les lettres qui lui seraient écrites par ses amis dans toutes les provinces du royaume pour les faire tenir à M">e du Plessis-Bellière*, dans la place où elle tiendrait bon contre le roi, pour l'obliger à le relâcher. On trouva aussi sur le registre des pensionnaires de ce surintendant le Père Bariot, qui depuis quelques années avait pris le nom de Deschampsneufs, pour quinze mille livres de pension. Ce ridicule projet était alors l'entretien de tout le monde; mais plusieurs portèrent la peine de son imprudence, ou par la prison, ou par l'exil. Mais il est certain que les Jésuites lui étaient particulièrement attachés, et que les ayant comblés de bienfaits, son portrait faisait l'un des principaux ornements de la bibliothèque de leur collège de Clermont. On peut voir en quelle considération il était parmi eux par l'épître dédicaloire que publia le Père Labbe pour lui ofïrir sa Bibliothèque des anciens manuscrits, et par l'Apologie de la mort que le Père Cassarl fit en 1652 (?) pour le consoler de la perte d'un de ses enfants âgé de quatre mois. Car tout ce grand éclat que ce jésuite avait fait pendant sa vie s'étant réduit à un petit volume en vers et en prose, ce seul poème en occupe huit pages entières sur un assez petit sujet. Mais un si puissant protecteur était capable de faire sortir ce Père de sa paresse naturelle, et il suffisait pour cela qu'il fût d'une compagnie dont la principale science est une éternelle complaisance pour les grands^.

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