LIVRE xxvr
50 Qu'ils ne demandaient à Rome rien que de très juste et de très légitime; c'est pourquoi ils étaient très assurés de l'obtenir, ne venant rien de ce côté là que de très conforme à toutes les règles de la justice.
6» Que c'était agir en vrais Pères del'Église et en légitimes successeurs des Apôtres, ministres de Jésus-C.hrist, que d'employer le bras du roi pour faire recevoir leurs décisions avant que d'avoir consulté tous les évoques intéressés dans la même affaire, pour savoir d'eux s'ils trouvaient à propos de recevoir cette décision, ou s'ils avaient dessein de la rejeter.
7" Qu'une poignée d'évêques assemblés avec une petite poignée d'autres ecclésiastiques peuvent obliger tous les autres à recevoir ce qu'il leur plait de faire pour le bien de l'Église.
8" Qu'on ne saurait résister aux ordonnances et aux règlements qu'ils avaient faits sans se rendre, ou rebelles à l'Eglise, ou fauteurs d'hérésies, ou hérétiques, même après qu'ils auraient ditque leurs ordonnances ou leurs règlements seraient en matière de foi.
9" Que huit ou dix évoques suivant la cour, qui ne résidaient point dans leurs diocèses, avaient le pouvoir de se rendre maîtres de l'exécution de ces mêmes ordonnances.
Mais M. de Toulouse ne voulut pas se donner la peine d'entrer dans la moindre discussion de toutes ces difficultés, et ne visa qu'à ébranler la fermeté de M. d'Angers pour lui faire abandonner la défense de la vérité et de la justice, ce qui ne lui réussit point.
Néanmoins cet archevêque disposait un peu moins de la cour de Rome qu il ne se l'était imaginé. M. le cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix, avait entretenu le pape de cette affaire, lui remontrant le tort que faisaient à toute l'Église ces évoques de la cour et de la dernière Assemblée, de vouloir faire passer un fait pour un article de foi qu'ils obligeaient de souscrire, à moins que d'être traités comme hérétiques, et lui déclarant qu'il ne se rendrait jamais à un procédé si irrégulier, et n'obligerait aucun de ses ecclésiastique à s'y soumettre. Il avait eu aussi plusieurs conférences sur ce sujet avec M. le cardinal Barberin, ensuite desquelles ceux qui étaient les plus échauffés sur cette affaire paraissaient un peu plus modérés. On attribuait aussi en partie
cette modération à la lecture qu'ils avaient faite de la lettre de M. d'Angers au roi, et à la résistance de M. d'Alet aux délibérations de l'Assemblée, parce que le mérite de ces deux évêques leur était connu, et qu'ils commençaient à prévoir qu'ils pourraient encore être suivis par quelques autres.
En effet, Héron, courrier du cabinet, qui était retourné à Rome sur ses pas parce qu'on n'avait pas été content à la cour des premiers brefs, revint à Fontainebleau dans le temps que M. de Toulouse avait dit à M. d'Angers; mais il n'en rapporta point ce que cet archevêque, enflé de la toute puissance de son crédit, en attendait si positivement. Au lieu de ce bref adressant à tous les évêques de France pour faire condamner absolument la doctrine de Jansénius comme ayant enseigné les cinq propositions, il n'avait dans sa valise qu'un bref portant commission au même M. de Toulouse età quelques autres prélats de la cour de citer les grandsvicaires de Paris, pour les interroger sur leur ordonnance, afin de savoir au vrai s'ils s'en avouaient les auteurs, et de pouvoir garder quelque ordre dans le jugement qu'ils prétendaient d'en faire à Rome.
Le 16 de septembre, M. le nonce partit pour Fontainebleau, afin de conférer avec les évêques sur la teneur de ce bref avant que le conseil de conscience s'assemblât pour délibérer ce qu'ils en feraient. Avant son départ, il avait envoyé son auditeur aux grands- vicaires de Paris pour les exhorter à obéir à tout ce que le pape ordonnerait, et à vouloir s'accommoder eux-mêmes pour prévenir tous les maux qu'ils se pourraient attirer, les assurant de sa part de son service. Ils répondirent à son officier qu'ils ne pouvaient pas rien dire sur un bref dont ils n'avaient nulle connaissance, et qui était pour eux une lettre close, et qu'ils ne manqueraient pas tous deux d'aller trouver M. le nonce avant qu'il partît pour la cour, afin de le remercier de l'honneur qu'il leur faisait, et pour l'assurer que de leur part, ils étaient prêts de faire en tout cela tout ce qu'on pouvait désirer d'eux qui ne fût pas contraire, ni à leur conscience, ni à leur honneur, ni à la commission que M. le cardinal de Retz leur avait donnée pour la conduite de son église. En efTet ils y allèrent peu de temps ^près; mais ayant trouvé M. le nonce parti, ils se contentèrent de se faire écrire sur la feuille du portier de son hôtel.