CHAPITRE PREMIER
Remords du doyen après sa rétractation. Jugement de plusieurs personnes sur cette conduite.
Si la confusion des grands-vicaires fut grande, l'indignation des gens de bien le fut aussi après une prévarication si lamentable de ces deux ministres de l'église de Paris, qui trahissaient leur conscience et sacrifiaient leur honneur pour se tirer d'un embarras dont leur fermeté seule était capable de les garantir. Car on sut que M. de Toulouse avait dit trois ou quatre jours avant cette chute qu'il n'y avait plus rien à faire pour lui, que la fermeté de ces officiers du cardinal de Retz le mettait à bout, et qu'il allait prendre congé de la compagnie pour s'en retourner en son diocèse.
Cependant la disposition où se trouvèrent les disciples de saint Augustin et les religieuse de Port-Royal édifia tout le monde. Car quoique la plupart des personnes de leur connaissance parlât de leur ruine comme d'une chose inévitable après ce qui s'était passé, ils ne laissèrent pas de conserver un calme et une tranquillité d'esprit merveilleuse, et au lieu de se plaindre de l'injustice qu'on leur faisait, ils se contentaient de plaindre les auteurs de ce désordre. M. Arnauld, qui en écrivit un billet à M. Taignier le premier jour de novembre,, lui mandait que rien ne l'étonnaittanten tout cela que l'aveuglement de M. deChâlons, qui avait voulu contribuer à une si horrible affaire ; mais que cet évêque et ceux qui s'étaient unis à lui pour cela étaient plus à plaindre que ceux qu'ils exposaient à la persécution avec tant de lâcheté et d'ingratitude ; et que comme la ruine d'une des plus saintes maisons de l'Eglise pouvait être un effet de leur négociation, ils devaient bien appréhender qu'en tombant elle ne les écrasât.
Un autre en écrivait aussi à M. Taignier, lorsque la nouvelle y fut arrivée : « Hélas I que nous avions tort d'espérer si fort des effets de la miséricorde de Dieu, méritant si fort ceux de sa justice! Mais nos pauvres amis qui sont des innocents méritaient autre chose. Et en effet, si quelque chose valait mieux à la mode de Dieu que la souffrance, ils l'auraient obtenue assurément; mais comme c'est le partage de Jésus-Christ que la croix, il est juste que ses membres la portent avec lui. Je suis tout pénétré de vénération pour eux, de voir par ce que vous me dites comme ils acceptent celle-ci, et plus on les tue d'un côté, et plus on les estime ; car cela les découvre ce qu'ils sont. »
Voici ce que M. d'Andilly écrivait en ce temps là à un de ses amis touchant les religieuses de Port Royal :
« Vous seriez, au milieu de votre douleur, ravi de joie, si vous pouviez voir comme moi quelle est la vertu de ces saintes auprès desquelles j'ai le bonheur d'être; cela va au delà de tout ce qu'on peut s'en imaginer. Et nous ne saurions douter que ces saintes vierges ne jugent un jour ceux qui passent maintenant pour être leurs juges. »
Un autre de ces billets contenait ces mots : « J'envoie apprendre des nouvelles de votre santé et de celles de N. P., qui aurait sans doute aussi bien que vous la consolation de voir avec quelle tranquillité d'esprit, quelle douceur et je puis dire, quelle joie, nos bonnes religieuses attendent tout ce que Dieu permettra qu'il leur arrive. Car en vérité, il faut le voir comme je fais pour le pouvoir croire; tant il est vrai qu'elles peuvent dire : les hommes voient nos croix, mais ils ne voient pas nos consolations. Quant à moi, il me semble que plus le terme s'approche, et plus, par la miséricorde de Dieu, je sens un secret plaisir du sujet que nous avons de croire qu'il nous regarde d'un œil favorable en daignant éprouver notre foi et notre confiance en son secours ; au lieu que les ennemis de sa vérité devraient trembler d'être les instruments malheureux dont il se sert pour cela, en abusant de la piété du meilleur des rois et d'une des plus vertueuses reines du monde. Que s'il leur ouvre une fois les yeux, quelle indignation leurs Majestés ne concevrontelles point contre ceux qui abusent de leur bonté ; et de quels châtiments ne se trouveront-ils pas coupables {sic), aussi bien à leur jugement qu'à celui de Dieu? »