‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 195 sur 440 · LIVRE XXVU · texte numérisé non relu

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Cependant M. de Contes était dans la dernière consternation, ne pouvant supporter le poids de sa conscience, qui lui reprochait continuellement sa lâcheté. On peut voir une partie de sa peine dans cette lettre de M. Petit, curé d'Herblay, datée du S"'^ jour de novembre :

« J'ai vu aujourd'hui M. le doyen, qui me parait mort de ce qu'il a fait, et se plaint de tout le monde. Mais dans la vérité, il n'y a que de lui dont il devrait se plaindre, puisque nul autre que lui n'a signé la révocation que M. le nonce lui a présentée. Il dit que, c'est son confrère qui a fait tout le mal, parce qu'il a toujours acquiescé à ce que M. le nonce leur proposait, quelque raison qu'il alléguât au contraire, et que même il déclara que, s'il ne se voulait rendre à ce que M. le nonce désirait d'eux, il s'y rendrait lui seul et le signerait pour le publier dans le diocèse. 11 ajoute que c'est M. de Châlons qui a ainsi divisé de lui M. de Saint-Séverin, en lui faisant voir des lettres de M. le cardinal de Retz, qui était trop précises pour ne pas se persuader qu'il n'y avait rien de bon à attendre de ce côté là, mais plutôt un entier abandonnement. Enfin il soutient qu'il n'y avait jamais eu une plus grande violence que celle qu'on lui a faite pour le forcer de signer leur révocation. Il est vrai que je sais de bonne part que ce prélat s'est mis fort en peine pour cette affaire, et que depuis qu'il est venu en cette ville, il n'a rien eu de plus à cœur. 11 a vu plusieurs fois M. de Saint Séverin. M. le doyen proteste de violence sur toute cette pressure qu'on lui a faite ; il déplore sa condition, son honneur, son âge, et tout ce qu'il a acquis de réputation jusqu'à maintenaut. Je n'ai pu lui dire autre chose, sinon qu'il pouvait encore faire une protestation contre cet acte qu'on avait extorqué de lui par violence ; et que cela lui serait très aisé, puisqu'il n'y avait encore rien de public; et que c'était là le seul et unique remède qu'il pouvait apporter à une affaire aussi déplorée qu'était cellelà ; et que cette protestation, jointe à la demande qu'il avait faite d'être déchargé de l'emploi de grand-vicaire dans le diocèse de Paris, pourrait produire un jour quelque chose qui servirait à la justice et à la vérité. Il a reçu ma proposition, et a témoigné qu'elle n'était pas à rejeter. Il m'a dit qu'il y penserait. Je prie Dieu pour lui que ce soit pour en bien user. Car je ne vois point de plus déplorable action

que celle-là. Jamais il n'y eut de triomphe plus grand chez M. le nonce, où l'on ne s'attendait nullement à une telle victoire. M. de Toulouse ne s'en sent pas [de joie], et vous savez qu'il considérait encore plus cette affaire pour lui que pour M. le nonce. 11 ne s'y est pas aussi épargné. Ainsi il aura été prophète dans les menaces qu'il avait faites à M. le doyen, qu'il s'en repentirait et qu'il ferait bien casser son ordonnance. Elle ne pouvait jamais être mieux cassée. »

Il n'y a rien de si malaisé que de se relever quand on est tombé de si haut, et d'effacer une lâche rétractation par une autre rétractation généreuse. M. le doyen en demeura à ce qu'il avait fait chez M. le nonce, et s'accoutuma insensiblement à ne se plaindre plus de la violence que l'on avait exercée contre lui, et à persécuter lui-même les personnes dont il tenait à gloire de se dire le protecteur.

M. l'abbé Le Roy, qui s'était élevé contre le mandement de ces grands-vicaires, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus, s'affermit encore dans ses premières pensées par le malheureux succès de cette ordonnance, quoique ce soit une règle assez injuste déjuger de la qualité et de la justice d'une affaire par l'événement et la suite qu'elle peut avoir. 11 s'en entretint avec un de ses amis par cette lettre du 5 [novembre] :

« Vous voyez enfin combien est funeste le fruit de ce mandement que l'on regardait comme un miracle^ et auquel on applaudissait avec une si grande effusion de cœur. Si l'on avait tenu la conduite des évêques qui n'ont pas voulu recevoir le formulaire, et si l'on avait imité la générosité si épiscopale et si intrépide, mais si juste et si nécessaire de M.d'Alet et de M. d'Angers, on n'aurait pas attiré de Rome le bref sanglant et horrible qu'on voit maintenant, et qui fait une si grande consternation dans l'esprit des grandsvicaires. 11 n'y a rien assurément qui irrite davantage ceux qui sont dans une souveraine autorité que lorsqu'ils s'aperçoivent qu'on les traite avec souplesse, et qu'ils reconnaissent que l'on veut en même temps les flatter et les tromper, leur complaire et les surprendre, leur applaudir et les contredire. C'est ce qu'ils ont tout à fait sujet de croire que l'on a eu dessein de faire par le mandement en la manière qu'il a été fabriqué. Ils ont vu qu'on avait dessein, comme dit le peuple, de sauver^la chèvre et les choux ; de s'accom-

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