‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 212 sur 440 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

auprès de Sa Majesté pour empêcher la lecture de sa lettre sur une affaire de l'Église. Il fallait qu'il eût peu de sentiments de religion, pour traiter si outrageusement le caractère d'un évêque, sous prétexte qu'il n'avait qu'un petit diocèse à gouverner. Mais la lâcheté de M. de Toulouse et de M. de Rennes était extrême, de favoriser eux-mêmes l'orgueil du P. Annat, sans avoir égard qu'ils étaient eux-mêmes méprisés par l'outrage qu'il commettait contre M. de Vence. Cela paraîtrait incroyable si l'on ne savait que chacun d'eux en particulier espérant à la dépouille du cardinal de Retz, ils tâchaient de flatter la passion de ce Père si superbe, qui devait avoir beaucoup de part dans cette distribution.

M. de Vence, ayant appris ce détail par le moyen de M. d'Andilly, son ami, lui répondit ainsi le 24 décembre :

« Un évêque qui n'a que vingt paysans à conduire en a encore trop, s'il est vrai que les âmes des paysans soient rachetées du sang de Jésus-Christ, et que conduire une seule âme soit quelque chose de plus grand et de plus difficile que de conduire le monde. J'ai bien vu dans saint Jérôme, ce me semble, que l'évêque d'Eugube ' était, quant au caractère, d'une pareille dignité à l'évêque de Rome ; mais je n'ai jamais vu un discours semblable à celui du P. Annat en aucun auteur ecclésiastique, venant de la part d'un bon prêtre. Plût à Dieu, que je n'eusse pas même en charge ces vingt paysans, et que je fusse en un lieu où je n'eusse autre chose à faire qu'à me préparer à la mort par la pénitence. Que je dirais de bon cœur : Ecce elongavi fugiens, et mansi in solitudine 'l »

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