LIVRE XXVII
beaucoup plus à contre-cœur que le ppemier. Car, en vérité, Monsieur, j'en ai autant d'horreur qu'il doit causer de confusion devant Dieu et devant les hommes à ceux qui en sont les auteurs, et je crois qu'il ne faudrait que chercher les moyens de le traiter du plus grand mépris que l'on ponrrait; mais nous ne sommes pas dans cet état, tant la faiblesse de l'Église est grande en ces derniers temps. Vous me permettrez bien, comme je l'espère, la liberté de vous dire que j'ai de la peine à entrer dans la proposition que vous me faites de signer la requête dont il vous a plu m'écrire. Voici quelques-unes des raisons qui se sont présentées à mon esprit:
« 1° Je ne vois aucun bien de cette requête, parce que ceux à qui on la présentera, ayant eu assez de faiblesse et de lâcheté pour soumettre leur volonté et toute leur conduite à la discrétion des ennemis de la vérité, n'y feront point de réponse, les ennemis ayant trop d'intérêt de l'empêcher.
« 2» Ce sera un effort inutile qui rendra la défense de la bonne cause encore plus accablée, plus contemptible, par le mépris que l'on fera de ses demandes,
« 3° Cela ne servira qu'à faire voir le petit nombre de ceux qui la soutiennent, et à animer ceux qui les persécutent à les poursuivre et à les perdre avec plus de fureur, ce qui leur sera d'autant plus facile que leur signature les ayant tous fait connaître, ne les fera paraître que comme un petit reste d'un parti languissant et presque tout détruit.
« 4° Tous ceux que vous me dites dont on pourra avoir la signature, sont tous ou peuvent être très facilement invisibles, hormis M. Petit et moi, M. Brousse ne devant pas avoir grande peine à se cacher devant que la tempête arrive. Je ne vois pas grande difficulté de signer cette. requête quand on est hors du danger apparent; mais j'estime qu'il y a quelque espèce de témérité de s'exposer à un danger évident, quand on n'en aperçoit pas grand avantage pour la bonne cause. Il ne se trouvera que deux ou trois curés de la campagne qui ne peuvent pas s'éloigner, et moi principalement, qui suis sans vicaire.
« 5° Le refus de signer, ou la signature avec une restriction prudente et courageuse, et la persécution des particuliers qui pourra arriver pour ce sujet sera un témoignage
authentique de la justice des persécutés, et servira autant et beaucoup plus pour le faire paraître qu'une requête que ceux à qui on la fera ne traiteront que d'un silence injurieux.
« 6» Il paraît assez évidemment à tout le monde et même aux ennemis de la vérité que l'on ne refuse de signer le formulaire ou la constitution d'Alexandre VII qu'à cause de la confusion d'un sens dont les défenseurs de la grâce demandent depuis tant de temps au clergé, en tant de livres, l'explication ou la distinction, les trois colonnes mêmes l'ayant demandé au pape Innocent X. L'on a fait tant de protestations sur ce sujet que la requête ne pourra, ce semble, y apporter rien davantage.
« 7° Si l'on demeure dans le silence en souffrant humblement ce qui pourra arriver, le petit nombre de ceux qui auront signé la requête ne paraissant pas, l'on pourra croire qu'il y aura beaucoup plus de monde pour la vérité.
« Voilà une partie de ce que je pourrais dire, si j'étais dans la délibération sur celte requête ; et ce qui m'étonne un peu, c'est que vous-même dites que de ceux dont vous me marquez les noms, il y en aura quelques-uns qui pourront manquer. Mais je ne sais, Monsieur, si vous êtes vousmême bien fort dans ce sentiment. Le zèle que Dieu vous a donné pour la bonne cause et où il vous a fait tant travailler vous peut porter à ne pas refuser les moyens qu'on vous propose pour ne point sentir en votre conscience de lui avoir manqué en quelque chose qui dépende de vous. Comme la vérité semble maintenant renversée, selon l'expression d'un prophète, tout ce qu'elle peut faire en ce temps, ce me semble, est de gémir et de se plaindre, en ceux qui sont à elle, de son oppression, et de faire paraître à tout le monde, comme elle a fait suffisamment jusqu'ici, qu'elle ne veut et ne peut point souffrir qu'on la condamne sans qu'on la connaisse.
« Je suis obligé de demeurer ici cette semaine pour prendre quelques remèdes que les médecins m'ont ordonnés. Je serai sans cheval jusqu'au premier jour du mois prochain, ce qui m'empêche d'aller si promptementà Paris comme je le voudrais, selon votre désir, et pour ne pas manquer en aucune chose de ce que la vérité peut demander de moi en cette rencontre. Je ne suis point si attaché aux raisons que