‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 220 sur 440 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

je vous écris que je n'agisse au contraire si j'en vois de meilleures. Vous savez combien je défère à vos pensées, et le pouvoir que Dieu vous a donné sur mon esprit, et dont j'espère ne m'éloigner jamais, tant que je croirai qu'il sera avec vous, comme je suis persuadé qu'il est. Ma résolution est d'attendre ici en paix, moyennant la grâce de Dieu, que Ton m'ait signifié le mandement, d'envoyer ma déclaration les derniers jours de la quinzaine après la signification, et en cas qu'on la refuse, d'aller au greffe la présenter en présence de témoins, pour prendre acte de refus par devant notaire à qui je la laisserai pour la rendre publique. Après quoi, il semble qu'il faudra se tenir caché, si nos amis le jugent à propos, n'étant point raisonnable de paraître en public après avoir fait quelque chose qui irrite les puissances.

« Mon intention est de condamner les cinq propositions en leurs propres termes et dans tous les sens hérétiques qu'elles peuvent avoir, en quelque livre qu'elles se rencontrent, sans faire aucune mention du fait, ou si vous le jugez à propos, d'ajouter ces mots à la fin : C'est tout ce que l'obéissance de la foi que je dois à la voix de l'Eglise peut 7ne demander. Tout ce que j'écrirai ne tiendra pas quatre lignes.

« Au reste je vous remercie de tout mon cœur de l'écrit qu'il vous a plu m'envoyer, je le trouve beau et fort, l'ayant déjà vu par emprunt. Il eût été à souhaiter qu'il eût paru il y a deux mois. On l'eût pris pour une prophétie de de ce qui est arrivé. Je vous supplie de ne vous point incommoder à l'avenir en de semblables rencontres. Il suffit que M. Savreux ait soin de m'envoyer tout ce qui mérite d'être vu, en le payant.

« Je suis toujours devant Dieu autant que jamais, et sans aucune réserve, tout à vous, c'est-à-dire. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

« Retard. »

M. Retard n'était pas le seul qui se plaignait en ce temps là de ce qu'on ne faisait pas de différence entre les disciples de saint Augustin exposés à la vue de tout le monde, et ceux qui étaient cachés ou le pouvaient faire facilement. M. Feydeau même, quoique caché, ne voulait pas signer cet

acte à moins que M. Arnauld ne le signât. Et quoi qu'on lui pût dire que ce docteur était un homme abîmé à l'égard du monde et dont le nom ne pourrait paraître dans une signature sans la ruiner, il demeurait ferme dans sa résolution >,

Un autre disciple de saint Augustin, écrivit aussi en ces termes le 22 novembre*:

« En l'état où sont les choses présentement, je ne vois pas qu'il y ait beaucoup à consulter sur ce qu'on a à faire pour demeurer sincèrement et généreusement dans son devoir à l'égard de la vérité. Il n'y a, ce me semble, que les nuages de quelques tentations de faiblesse et de lâcheté qui puissent empêcher de voir clairement qu'il n'y a que deux choses à faire, savoir de faire un refus clair et formel de recevoir et de signer le formulaire, en imitant les trois prélats dont nous avons les lettres, et de déclarer nettement sa créance sur les cinq propositions.

« Je vous envoie une copie de la déclaration que je me suis formée, et que je tiens toute prête pour le besoin, en laquelle j'exprime tout ce que ma conscience me permet de signer dans l'occurrence présente; et je veux que mon refus de signer le formulaire soit si clair, si notoire et si public, que personne n'en puisse douter, et. qu'il n'y ait aucun lieu à la calomnie ni à l'équivoque. Pour cela, je me garderai bien d'écrire ma déclaration au pied du formulaire dans un registre, en le confondant avec les signatures simples et absolues, et me soumettant à promettre respect au dit formulaire et à me contenter d'une restriction. Premièrement, parce que j'agirais contre le mouvement et la lumière de ma conscience, qui me tient assuré que c'est un écrit horrible et monstrueux que ce formulaire, et ne me permet pas de respecter ce monstre de passion et d'aveuglement, qui ne me peut faire que de l'horreur. Secondement, à cause que par cette signature confondue avec les autres, quoique accompagnée de trois ou quatre mots de restriction, je m'exposerais à être traité comme j'ai appris que l'ont été des ecclésiastiques dans quelques diocèses. On a effacé

1. Tout ce passage depuis : M. Retard à été barrù au vas. et ne figure pas aux copies.

2. On lit au ma. en marge de ce paragraphe la note suivante, de la main d'Hermant : Je n'ai pu deviner son nom. Il faut voir l'acte. Il me semble que c'est M. l'abbé Le Roy.

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