CHAPITRE X
[Billet de M. Arnauld à M. Taignier sur l'affaire de la signature de Porl- Royal. Réponse de ce docteur*.]
On avait rapporté, quoique sans sujet, à M. Arnauld, que M. Taignier était dans les sentiments de M. de Châlons touchant la signature des religieuses de Port-Royal*. Us ne pouvaient pas s'en éclaircir de vive voix, étant tous deux obligés de se tenir cachés pour la sûreté de leurs personnes. Ce fut ce qui obligea M. Arnauld de lui écrire ce billet :
« Ce 7 décembre 1661.
« Il y a des années qu'on n'a point eu de vos nouvelles. Cependant il n'est pas temps de s'endormir, lorsqu'on est proche delà plus grande tempête qui se soit encore élevée. Je ne doute point que vous ne priiez Dieu qu'il la détourne. Mais je nai pu croire ce qu'on nous a voulu persuader, que l'appréhensoin que vous en aviez vous faisait pencher à l'opinion de ceux qui voudraient que les religieuses de Port-Royal eussent signé simplement. Je ne saurais m'imaginer que vous leur eussiez voulu conseiller cette lâcheté. Mais je vous dirai bien que je ne connais personne sur la terre qui eût assez de pouvoir sur leur esprit pour les y faire consentir. Et que ce n'a pas même été sans peine qu'elles ont condescendu à déclarer par leur signature qu'elles ne rendaient témoignage que de la pureté de leur foi. Il y en a qui ont beaucoup pleuré après l'avoir fait, et il s'en est même trouvé une qui est entrée dans un si grand trouble, qu'on a été obligé de lui permettre d'effacer sa signature. Jugez par là si on les aurait pu porter à une signature simple.
« Je suis bien aise de vous faire souvenir que les peurs que vous aviez de l'avis, comme étant trop fort sur le sujet des évéques, se sont trouvées mal fondées, et que ce n"a point été le jugement du public. Je vois qu'il en arrive de même dans tous les écrits, et qu'il n'y a que nos amis qui remplissent le inonde de terreurs paniques avant qu'ils soient publiés.