LIVRE xxvir
« Vous qui avez tant de correspondance, est- il possible que vous n'ayez pas le nouveau livre Pétri a Valle clausa, que l'on fient être assurément le Père Théophile Raynaud, contre tout l'ordre des Dominicains, sous ce litre : De immunitate Cyriacorum à censura. C'est la plus sanglante satire contre le corps en général et contre divers particuliers, comme le Père général, le Père Reginald, le Père Combefîs', etc., qu'on se puisse imaginer. Si vous ne l'avez point, faites de votre côté ce que vous pourrez pour l'avoir, car on dit qu'on le supprime, à cause des plaintes que les Dominicains en ont faites à Rome. Il est imprimé à Lyon, Je suis tout à vous. »
M. Taignier répondit à ce billet par celui-ci : « Ceux qui vous ont dit que l'appréhension que j'avais de cette grande tempête m'avait fait pencher à l'opinion de ceux qui voudraient que les religieuses de Port-Royal eussent signé simplement m'ont sans doute pris pour un autre. Car tout au contraire, il y a longtemps que je n'ai eu de plus grande joie que celle que je reçus quand on me manda qu'elles avaient signé en la manière qu'elles ont fait, parce que j'ai toujours été persuadé que l'Église serait plus honorée dans cette courageuse souscription que dans celle qui se ferait par une infinité d'ecclésiastiques, qui refuseraient même de signer le formulaire avec toutes les restrictions du monde. J'ai un naturel qui est si opposé à toute contrainte, et qui a une telle aversion de tout ce que l'on appelle violence, que bien souvent je tremble que je ne fasse par une inclination naturelle ce que je suis obligé de faire par la seule considération de la vérité et de la justice. J'ai seulement dit à deux personnes qui m'ont interrogé, il y a déjà longtemps, sur le parti que prendraient ces vierges saintes, et si elles signeraient simplement, ce que je dirais, je le dis après m'être défendu longtemps, que j'étais persuadé qu'elles ne consentiraient jamais à cet ouvrage de ténèbres, et que si elles souscrivaient simplement, je garderais le silence et je ne dirais rien contre elles. Encore je supposais qu'on les assurât par un témoignage certain que les supérieurs ne prétendaient nullement les
1. François Combefis (1605-1679), dominicain réformé, auteur de nombreux ouvrages.
obliger à croire le fait. Dieu bénisse les bonnes gens qui font des contes pareils! et Dieu me fasse plutôt mourir, que de m'abandonner à commettre la moindre lâcheté et à la conseiller contre la justice et la vérité! J'ai toujours soutenu que, dans des rencontres où l'on blessait publiquement cette vérité et cette justice, tout le monde, de quelque qualité et de quelque sexe qu'il fût, était obligé de s'opposer au torrent, ou au moins de refuser d'entrer en part avec ceux qui commettaient ce mal. J'ai dit que Dieu sanctifiait ces saintes filles par cette générosité tout autrement qu'il ne les sanctifiait par leurs austérités, et par la vie retirée qu'elles mènent dans leur monastère ; et je disais encore il n'y a pas cinq jours que je les estimais très heureuses d'être ainsi exposées à la persécution, parce que j'avais appris dans l'histoire de l'Eglise que tous les plus grands saints avaient considéré la persécution comme une récompense, ou comme le fondement des promesses faites par Notre Seigneur Jésus-Christ. Je mérite bien qu'on me traite ainsi, parce que je suis un trop grand pécheur pour pouvoir être admis au rang de ceux qui estiment et qui approuvent une résolution si sainte et une générosité si chrétienne, qui sera sans doute admirée de tous ceux qui vivront dans les siècles futurs et qui auront connaissance de l'histoire de notre temps.
« Pour VAvis, je l'ai toujours trouvé très excellent, et dès le moment que j'ai appris que M. le nonce voulait pousser l'affaire du bref, je mandais que j'estimais en mon particulier qu'il fallait le publier sans en rien retrancher. Ce que j'avais désiré, qu'on en retranchât quelques mots, n'avait été fondé que sur ce que je voyais qu'on mandait au nonce, à M. de Toulouse et au roi qu'il ne fallait point exiger de signature. »