LIVRE XXVII
pour l'affaire de M. le cardinal de Retz, et où il ne se faisait connaître que sous le nom de Saint-Aubin, avait un juste sujet de s'informer de la vérité des bruits qui se répandaient par toute l'Europe touchant l'accommodement de cet archevêque, car on parlait de sa démission comme d'une chose toute constante ; et ce fut ce qui obligea ce docteur d'en écrire à M, Taignier, le 13 de décembre, la lettre qui suit :
a Monsieur, « Je m'attendais, en lisant votre dernière lettre du 15 de novembre, que vous m'apprendriez quelque particularité de l'accommodement du prélat. Mais je vois que le secret de la négociation ne va pas jusqu'à votre solitude, et qu'on se contente de vous écrire les bruits de ville qui sont venus jusqu'ici. Quoique les amis nous aient avertis plus d'une fois de n'ajouter point de foi à toutes les nouvelles qui ont couru déjà de leur accommodement, je m'en rapporte ' néanmoins à la croyance du public, et je m'imagine que la patience du prélat est au bout de sa carrière; car s'il considère l'opiniâtreté de la cour à exiger de lui cette condition, et les entreprises continuelles de cette cour à empiéter sur le spirituel qui lui reste, je ne doute point que, se voyant dépouillé de son temporel et de son spirituel, il n'abandonne le seul nom qui lui reste pour rentrer dans les bonnes grâces du roi, et je ne vois pas que l'on puisse trouver étrange qu'après neuf années de persécution il prenne la résolution de mettre fin à ses misères. On doit plutôt s'étonner qu'ayant été abandonné lâchement par ses confrères, et même de cette cour*, qui au lieu de le servir a plutôt secondé le dessein qu'ont eu ses ennemis de le dépouiller de son spirituel en empêchant qu'il ne s'en serve pour gouverner son diocèse à sa volonté; on doit, dis-je, plutôt s'étonner qu'ayant été exposé aux entreprises de cette cour, à la calomnie et à la haine des Jésuites, à la malice de si puissants ennemis, il ait eu une si longue patience que d'attendre durant neuf années la fin des mauvais jours. Quoique j'aie grande passion de savoir la vérité de cette négociation, je vous puis assurer que nous n'en avons point encore été informés du