‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 227 sur 440 · La cour de Rome · texte numérisé non relu

La cour de Rome

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bon endroit, et je pense que vous aurez des nouvelles de cet accommodement devant nous.

« Je n'ai point été surpris que vos grands-vicaires se soient rendus aux menacesdeiM.lenonce, et me suis toujours douté que la crainte d'un mauvais traitement leur ferait faire tout ce que les deux cours désireraient d'eux. Je m'imagine que la cour [de Rome] a voulu donner cette satisfaction à la reine-mère et aux Jésuites^ que de faire exécuter tout ce qu'ils avaient projeté pour l'extermination du mandement. Mais je vous dirai qu'on s'ennuie en la cour de Rome de vos contestations, et que pour peu de résistance que vos grands- vicaires eussent faite, on était sur le point de faire une formule telle quelle pour être envoyée eu France afin de mettre fin à toutes ces disputes. Oté le cardinal Albizzi, qui est aussi emporté que les Jésuites, les autres cardinaux appelés aux congrégations voudraient qu'on se portât à quelque modération, et je sais que le Père Hilarion et iM. Fagnani*,qui sont les plus consultés de cette cour, ont témoigné qu'ils auraient grande joie de voir que la fin de ces disputes donnât occasion à vos amis de travailler sur la défense de la morale et des vérités catholiques controversées par les hérétiques.

« Le P, de laMirande (que l'on a rappelé de Saint-Louis, par une lettre de cachet, parce qu'on le diffame malicieusement eu cour d'être janséniste), m'a dit qu'ayant vu trois ou quatre fois le Père Hilarion, qui est le plus savant de cette cour, il avait vu ce bon homme très persuadé de la vertu et de la science de M. .\rnauld, et qu'ayant reçu de lui une lettre dans laquelle il faisait mention de M. Arnauld, il l'avait envoyée au P. de Sainte Marthe, afin qu'il la fît voir à vos amis. Je me consolerais que M. le cardinal de Relz étant accommodé avec la cour, il pût venir à Rome, car le témoignage qu'il rendrait de vos bonnes intentions vous servirait grandement.

« 11 y a ici deux évêques de France, arrivés depuis quelques jours, M. d'Évreux et M. de Soissons. Le premier vient solliciter la canonisation de M. de Sales, l'autre lui sert de camarade. Peut être qu'il s'avisera de prendre une commis-

1. Prosper Fagaaui ou Faguaa (1398-1678) secrétaire de la Sacrée Congrégation à Rome.

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sion de parler mal des jansénistes et du Port-Royal. Car je l'ai toujours connu pour être de petit esprit et fort disposé pour dire tout ce que l'on veut. S'il croit se rendre ag^réable en parlant contre les jansénistes, il ne manquera pas d acheler la faveur à leurs dépens.

« Je m'étonne que vous ayez écrit à M. le cardinal Grimaldi par le dernier ordinaire, puisqu'il y a plus de deux mois que je vous ai écrit qu'il était sur son départ. J'ai retenu la lettre que vous lui écriviez. Je me recommande à vos bonnes prières. »

Ceux qui regardaient M. Chassebras comme un des braves d'Israël n'approuvèrent pas sans doute le caractère de cette lettre, et ne crurent point qu'un évêque, étant engagé dans la cause de l'Église, pût sortir du combat par la considération seule de la longueur d'une persécution. M. le cardinal de Kelz, que l'on avait quelquefois comparé à saint Athanase et à saint Jean Chrysostôme, et qui avait même allégué leur exemple pour sa justification, ne raisonnait point en cela comme ces généreux Pères de l'Église, que ni la perte des biens, ni l'exil, ni la mort, ni la conspiration des évêques de cour qui irritaient sans cesse contre eux les princes et les empereurs chrétiens n'étaient point capables d'ébranler. Et cet endroit de la lettre de M. Chassebras faisait voir de plus en plus que l'air de la cour de Rome est contagieux à plus d'une sorte de personnes.

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