CHAPITRE XllI
Sentiments de M M. Haslé et Girard sur la conjoncture des affaires de l'Église et sur la matière de la signature.
Comme on ne parlait en ce temps là que d'exterminer ceux qui ne voudraient pas signer sans restriction le second mandement des grands- vicaires de Paris, c'était aussi l'entretien le plus ordinaire de tous les théologiens du royaume. M. Haslé, docteurde Sorbonne, à qui M. Varet, ecclésiastique, en avait écrit, lui répondit ainsi le 16 décembre :
« Monsieur, « J'ai laissé à vous écrire parce que je ne savais que vous
répondre. 11 a fallu attendre que la quinzaine s'écoulât pour apprendre ce qui se passerait. Nous avons ensuite reçu peu de nouvelles. Les dernières sont que quantité vont au secrétariat souscrire avec des restrictions que l'on souffre telles que l'on veut faire. Je ne sais si on les recevra toujours ou si on se contentera de celles qu'on a reçues. On m'a envoyé la forme de quelques-unes que je ne crois pas suffisantes. La communauté de Sainl-Cosme a souscrit de cette sorte : « Comme nous n'avons rien de plus cher que la foi, nous nous soumettons à tout, ce que les constitutions en ont décidé. >♦ Si l'Assemblé du clergé dans la formule ne voulait pas faire passer le fait pour le droit, cela serait peut être tolérable; mais le clergé prétendant que le fait est inséparable du droit, et ayant attaché sa formule au bas des constitutions, cette signature est trop équivoque, et dans les circonstances du temps, je crois qu'elle ne suffit pas. Ma pensée est qu'y ayant présentement des évêques qui se sont déclarés contre l'entreprise de l'Assemblée, tout ce qu'il y a de bons ecclésiastiques doivent se joindre à eux, ou du moins se conserver par la retraite et le silence, afin de ne se pas rendre incapables de les assister lorsque l'occasion se présentera. C'est pourquoi je crois que vous avez très bien fait de sortir de Paris, et si le lieu est paisible et commode, je crois que vous ferez bien d'y demeurer encore quelque temps. In silentio et in spe erit fortitudo vestra.
« Il semble que tout soit assez calme dans Paris, et néanmoins le péril y est grand, et il y a lieu d'appréhender que sous l'apparence d'une restriction frivole la plupart ne se rendent inutiles; il y en a même qui craignent que le registre de l'archevêché ne serve un jour afin de connaître les noms des restrictionnaires. 11 est constant qu'aucun particulier n'est obligé en conscience d'ajouter des restrictions à un mandement d'un évêque qui n'est pas dans la forme qu'il doit être. C'est au prélat à le présenter tel qu'il puisse être signé avec vérité ; s'il n'est point tel, on peut ne le reconnaître point et dire hardiment quoique avec respect : Je ne puis pas signer ce mandement tel qu'il est. Il est indubitable que celui qui agira de la sorte ne pourra point être accusé d'aucun péché. Suivons cette opinion, c'est assurément la plus sûre et la plus probable. Je sais