‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 232 sur 440 · Abbé à Constantinople · texte numérisé non relu

Abbé à Constantinople

384 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

pas droit de réclamer. Et cela paraît sans difficulté lorsqu'on n'oblige au silence que l'un des partis. Car comme la liberté qu'on donne à l'autre de publier ses sentiments est une marque qu'on les approuve, la défense que l'on fait de publier les siens au parti à qui on fait perdre sa cause, est un signe qu'ils sont mauvais et qu'on les doit détester. Et cela est si certain que devant le premier concile de Nicée, les évéques d'Egypte voyant qu'Arius, qui n'était pas encore condamné, ne pouvait s'accorder dans ses opinions avec Alexandre, évêque d'Alexandrie, np l'obligèrent point au silence par respect envers son prélat; mais ils lui permirent, par une conduite qui paraît assez extraordinaire, de s'assembler à part avec ceux qui étaient de même avis que lui, au lieu qu'après la condamnation on l'obligea au silence. Et après la décision du cinquième concile général, je vois bien que l'on a obligé ceux qui étaient séparés de la communion du pape et des autres évêques qui rejetaient les trois chapitres, à se réconcilier avec eux. Mais je ne crois pas qu'on puisse prouver qu'on leur eût défendu de soutenir paisiblement leurs sentiments, ou qu'on les eût engagés à promettre, ou par serment, ou par écrit, qu'ils ne diraient point que le cinquième concile se fût trompé sur le fait dans le sentiment qu'il avait porté contre les trois auteurs qu'il avait condamnés. Vous voyez bien par là que je suis bien éloigné de croire qu'on puisse donner des marques d'aucune soumission, ou d'aucune obéissance intérieure touchant la décisi(>n de fait, puisque je ne voudrais pas même promettre positivement et par écrit le silence sur cette même décision. En sorte qu'après y avoir bien pensé, je crois que la suppression du premier mandement est un effet visible de la protection que Dieu donne à l'Église, puis qu'ensuite de ce mandement, tout le monde indifïeremment reconnaissait par sa signature qu'il était obligé au bilence. Ainsi ne craignez pas, s'il vous plaît, que j'aie aucun dessein d'affaiblir ces généreuses filles dont vous plaidez si bien la cause. J'oserais dire que je les aime autant que vous. Et néanmoins je choisirais plutôt de les voir toutes dispersées et réduites aux dernières extrémités, que de leur donner avis de s'affaiblir tant soit peu ou de prendre une résolution contraire à celle où vous assurez qu'elles sont si fortement établies, de quoi je rends grâces à Dieu de tout mon cœur.

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« Je suis ravi que l'appel soit levé, mais je ne sais si les trois raisons sur lesquelles les avocats ont fondé leur avis sont assez solides, car il me semble qu'il serait aisé de les éluder. N'aurait-il point été meilleur de relever l'appel à Lyon? Et comme le primat ne veut point donner de relief d'appel, d'appeler ensuite du refus, et après en avoir pris acte comme de déni de justice; ou s'il eût voulu connaître de la cause, de faire quelque incident et de prendre occasion sur quelque sentence interlocutoire de saisir par appel le premier tribunal? Par ce moyen il semble que l'on eiit ôté toute prise aux adversaires, et qu'on se fût mis à couvert des entreprises qu'ils pourront faire contre la maison, comme l'appel étant nul ou mal relevé en temps et lieux devant le juge ordinaire à qui il appartenait d'en connaître.

« Vous m'étonnez quand vous dites que cet appel est parti pour Rome. Car ne suffisait-il pas de déclarer ou de faire signifier que c'était à Rome qu'on appelait, sans y envoyer en effet, et sans mettre le pape en droit de nommer des juges? Comme le dessein n'est que de gagner du temps, ces religieuses en auront eu par ce moyen. Car qui peut penser que l'archevêque futur ne soit pas établi dans trois mois? Mais si le pape leur donne des juges, il est à craindre qu'il ne joigne quelque commission extraordinaire pour connaître de tout ce qui regarde le monastère, et après faire signer les religieuses. Et cette commission étant approuvée et autorisée par le roi, et peut être même par l'archevêque qui serait le seul qui y aurait intérêt, il en pourrait arriver beaucoup de mal. Je ne sais si cette crainte a quelque fondement, mais si elle en a, il serait bon de mander au banquier expéditionnaire qu'il ne présentât pas la supplique à Rome, et qu'il ne fît aucune instance ni aucune poursuite.

« La lettre de M. de Vence au roi, dont on m'a envoyé une copie, est bonne à la fin, mais le commencement est pitoyable. Pourquoi ce prélat a-t-il fait paraître sa propre honte en avouant qu'il a fait signer? N'eût-il pas été meilleur de taire une chose que fort peu de gens savaient ? Je n'ai qu'un moyen d'excuser cette conduite, qui est de dire que ce prélat n'ayant pas eu de soin en faisant souscrire de distinguer le fait du droit, il a voulu qu'il parût par un acte authentique qu'il avait sous-entendu cette distinction, et qu'il l'approuvait. »

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C'était une grande consolation de voir que dans le temps même que les Jésuites avaient juré la ruine du monastère de Port-Royal, Dieu se déclarât tout de nouveau en sa faveur par des miracles • .

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