‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 233 sur 440 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

M. de Beraières continue dans la disposition de se tenir en repos et en silence.

C'était plutôt par des sentiments de piété que par chagrin que M. de Bernières s'affermissait dans la pensée de profiter de son exil dans Issoudun comme d'une occasion favorable de jouir de la douceur de la retraite et des avantages d'un profond silence. M, Guillebert, docteur de Sorbonne, qui avait été autrefois son précepteur, l'étant venu voir pour le consoler, le confirma dans cette résolution, et il reçut avec joie deux lettres de M. Taignier son ami, parce qu'elles lui étaient conformes. Il lui en donna des marques par ce billet du 24 décembre :

« Je suis ravi de vos deux dernières lettres des 7 etl5du courant, qui me confirment la même chose que votre précédente touchant nos communes pensées pour nous séparer de l'emploi tout autant qu'il nous sera possible. Plus j'en examine les raisons par les circonstances de ce que nous voyons, plus je suis confirmé qu'il n'y a que ce parti à prendre : Separamini de medio eorum. Qu'avons-nous fait jusqu'à présent? Quel succès en voit-on? Mais ne regardons pas le succès, lequel est en la main de Dieu, et voyons quelles sont les personnes avec lesquelles on a à traiter. Ne sont-elles pas du même esprit dont parle le Fils de Dieu dans l'Evangile? Ce sont des roseaux agités du vent; et Dieu veuille que l'autre vérité ne leur soit pas aussi appliquée : Mollibus vestiuntur,ei in domibus regum sunt\ Je crains toujours pour notre autre ami (M. d'Aubigny), lequel dans le pays où il est, assez conforme à cette maxime, n'a personne pour lui parler et

1. Hermant a écrit, à la marge : Je n'ai pas trouvé de Mémoires de ces miracles. Et une demi-page ept demeurée blanche.*

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pour lui dire qu'il prenne garde de tomber. H y a longtemps qu'il ne m'a écrit; j'ai seulement appris par une lettre qu'il a écrite à un homme du cloître qu'il prendra son temps pour parler de moi. Car il est fort bien et de çàetde là; et mes amis jugent que je dois le laisser faire et quitter toutes les autres médiations que l'on a voulu prendre, dans lesquelles je ne veux ni ne peux souffrir la condition dont je vous ai déjà écrit; e\ quand cet ami me voudrait engager à la même chose, je ne le voudrais pas accepter. Ainsi, si par hasard vous lui écrivez, vous lui manderez qu'il ne faut rien faire pour moi qui ne soit pur et simple, cesl-àdire sans aucune condition, ou de signer quelque chosp que je ne pourrais, ou de me séparer de quelqu'un pour lequel la justice et la vérité m'obligent à ne rompre pas la liaison que la seule charité a fait naître et que la même charité entretient. Vous comprenez à peu près mon intention, et moi j'adhère à la vôtre plus que jamais : que voici le temps de notre repos, et que le jour du sabbat est ouvert pour cesser à tout œuvre, et pour songer sérieusement à ce grand jour du sabbat, lequel n'aura point de nuit, et dont la clarté sera prise dans la lumière de celui que nous verrons face à face comme il est. Toute la famille vous salue, et notre malade, lequel a bien de la peine à se rétablir »,

Dieu disposait insensiblement à la mort M. de Bernières, par ces sentiments d'une solide piété et qui n'avaient rien de ces dévotions basses et peu éclairées que tant de personnes réduisent à des choses purement extérieures et mesurent plutôt par l'intérêt que par les maximes de l'Évangile. L'amour de la vérité et de la justice, et l'estime sincère des personnes qui l'avaient conduit dans les voies du salut lui étaient des règles inviolables. Il ne voulait point acheter son repos par le violement de l'amitié toute chrétienne qui le liait avec des personnes dont l'innocence lui était connue et que la persécution ne lui rendait que plus vénérables. .Mais il croyait que le temps de se reposer et de se taire était arrivé pour lui, et il inspirait celle pensée aux personnes qui lui étaient les plus chères. C'est ce que l'on peut encore voir par ce billet, qu'il écrivit au même M. Taignier le dernier jour de cette année.

<( Je suis bien aise que notre amie (M"'' de Vertus) goùle

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VOS raisons et les miennes, et qu'elle y fasse entrer son amie (M"" de Longueville), qui a tant de créance en elle. C'est l'entretien que j'ai eu avec le bon M. Guillebert, qui m'est venu voir en ces quartiers. Il est tout rempli de zèle pour vous elvous désire depuis longtemps dans cet état. Il médit que c'est aussi le sentiment de celui avec lequel il demeure, lequel n'a jamais eu grande opinion de M. le cardinal de Retz, et a toujours cru qu'il ferait ce qu'il fait, et pour lui et pour ses véritables amis. Cela fait voir qu'il ne faut plus prendre d'autre parti que celui que vous marquez par vos lettres, et dont les miennes sont toutes pleines, et encore plus mon cœur depuis que je suis ejn ces quartiers. L'autre ami (M.d'Aubigny)me faitcompassion, quoique je remarque assez de fermeté dans ses lettres, la dernière desquelles est celle dont je vous envoie la copie, n'ayant point entendu parler de lui depuis ce temps-là, sinon par un ecclésiastique auquel il mande qu'il travaille vigoureusement pour moi. J'en attends l'effet sans empressement, et même c'est la seule porte qui m'est ouverte, comme mon frère me le mande, à moins que de donner du nez en terre comme les autres, et fléchir le Père Annat par la lâcheté de ma plume, pour laquelle je demande à Dieu nn vol plus élevé, aimant mieux toute autre retraite que de la flétrir en cette manière et comme l'on dit que plusieurs vont faire.

« L'on parle diversement du cardinal de Retz; quelquesuns disent que le roi le remet dans sa dignité ; d'autres qu'il la quittera absolument, et que l'évéque de Rodez tiendra sa place.

« M. du Parc est toujours mal. Il tombe dans l'hydropisie dont la suite est douteuse. Il se recommande à vos prières. Offrez à Dieu toute la famille en l'année nouvelle en laquelle celle-ci vous sera rendue. »

Il est malaisé de se figurer un père plus chrétien et plus tendre que ce magistrat, qui ayant toujours fait l'une de ses principales occupations de l'éducation de ses enfants, veillait sans cesse pour leur salut, et avait encore actuellement ses deux fils auprès de lui. Mais ils ne devaient plus jouir longtempsdecetavantage,el son exil allait finir avec sa vie'.

1. Ce passage depuis : M. du Parc est toujours mal, a été barré an ms. et ne figure pas aux copies.

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