LIVRE XXVII
veulent envelopper dans leur ruine celle de la paix de l'Église, ce qui oblige M. Le Tellier de la part de Dieu : cujus légations fungor, de donner ordre de la part du roi au syndic et au doyen de la Faculté, d'empêcher que l'on propose cette matière lundi, qui est prima mensis, jusqu'à ce que Sa Majesté soit informée par le syndic de l'état de la chose. »
M. de Marca avait raison d'être fortement persuadé que la thèse des Jésuites étant l'explication sincère de deux constitutions selon le sentiment de ces Pères, en était aussi la ruine dans la Faculté de théologie, où les docteurs n'étaient pas encore assez dévoués à leurs passions pour faire un dogme de Tinfaillibilité du pape dans le fait. Un procédé qui pouvait rompre toutes ses mesures ne lui était pas agréable, et cela lui causait un nouveau chagrin contre ces malheureux jansénistes, qui étant les causes de son élévation future, devaient être moins raisonnables et moins zélés pour les droits de la couronne, afin de faire éclater davantage les grands services qu'il prétendait rendre à l'Église et à l'Etat. Mais s'il lui avait été impossible de réduire au seul M, Le Tellier et à MM. ses fils la connaissance de ce mémoire mystérieux qu'il n'écrivait, disait-il que pour eux, il lui était encore moins possible d'imposer silence à tant de docteurs, dont quelques uns, quoique molinistes, avaient encore dans leurs veines quelque goutte de reste de sang français, qui ne leur permettait pas de consentir à l'ampliation des maximes ultramontaines*. Aussi M. Le Tellier, qui connaissait la disposition delà Sorbonne, répondit en ces termes à son billet :
« Pour répondre au mémoire de M. l'archevêque de Toulouse, je me sens obligé de lui faire savoir que jusqu'ici j'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour empêcher que M. Talon ne se plaignit au Parlement de la thèse des Jésuites, et que l'examen n'en fût demandé en Sorbonne. Je crois avoir réussi à l'égard de M. Talon; mais il serait imprudent d'en dire autant delà Sorbonne, à cause que l'on ne peut pas contenir tant d'esprits qui ont droit d'en parler lorsque la Faculté est assemblée, dont le caractère n'est pas
1. Tout ce passage, depuis : Maii s'il lui avait été impossible, a été barré au ms. et ue tigure pa« aux copies.
tout à fait uniforme dans leurs inclinations et intérêts. Il y a de l'inconvénient d'employer l'autorité du maître en telles affaires, et on ne peut pas à cause de la cérémonie de ce jour le proposera Sa Majesté, ni en recevoir ses ordres. Mais comme ce qui se peut faire demain en Sorbonne ne saurait aller qu'à nommer des examinateurs, on aura le temps de discuter en présence du roi ce qui sera utile à la religion et à son service, avant que la Faculté puisse délibérer sur la doctrine contenue dans cette thèse. Mais je ne puis m'empécher de me récrier en cette occasion contre l'imprudence des Jésuites, qui ne se peuvent empêcher de donner lieu aux jansénistes de se relever lorsqu'ils sont tout à fait abattus, et qui tireraient un fort grand avantage de toutes les contentions qui se formeraient sur cette matière.
« Le Tellier. »
Ou voit quels étaient les sentiments de M. Le Tellier lorsqu'il écrivait ce billet, et le regret qu'il avait que les prétendus jansénistes prissent occasion de cette thèse des Jésuites de se relever lorsqu'ils étaient sur le point d'être tout à fait anéantis. Mais Dieu se servit de celte nouvelle contestation pour lui faire approfondir la malignité et l'injustice de ces bons Pères, et pour le remplir sur ce sujet de lumières qui dans la suite le mirent en état de contribuer autant qu'aucun autre à la paix de l'Eglise.
Cependant il eut le loisir de lire ce précieux écrit de M. dâ Marca, dont il avait lui-même marqué les titres et le sommaire par ces paroles :
Le sujet de ce mémoire.
U La question est de savoir s'il est de foi de croire que les décisions faites par le pape en matière de foi sont infaillibles.
L'Eglise est infaillible, ce qu'il faut entendre de l'Église fondée sur saint Pierre, selon la belle léflexion qu'il faut faire sur le texte de saint Matthieu, ce qui exclut de ce privilège les églises schismaliques.
UVRK xxvn 397
Le pouvoir spirituel est donné, selon Gerson, à tout le corps mystique qui Ta communiqué depuis au pape et aux évêques. Cette opinion est rejetée. Les anciens entendent à ce lieu par l'Église les évêques et l'unité de l'épiscopat établie par les paroles adressées à saint Pierre.
Les paroles qui établissent cette vérité en établissent saint Pierre pour le chef. L'Église n'a qu'une seule chaire, qui est celle de saint Pierre, dont le siège principal est à Kome, selon saint Cyprien* et Optât'.
VJ
La chaire comprend le siège et la personne du pape. Différence établie entre le pape et les évêques, selon les paroles de l'institution de l'unité de l'épiscopat. Le pape est ordonné pour régir l'unité. Lorsque l'unité est violée parles hérésies et les schismes, il a de droit divin le pouvoir de la faire rétablir.
Proposition de la question savoir si les décrets du pape seul en matière de foi, sans la participation des évêques, sont infaillibles. On examine l'usage de l'ancienne Église pour condamner les hérésies par les évêques des lieux où elles naissaient et le consentement suivant des autres.
Aux matières difficiles, après le jugement du synode provincial, on en faisait la relation au pape pour en décider définitivement, ce qui fut pratiqué par Théophile % évêque d'Alexandrie, contre les erreurs d'Origène.
Les conciles d'Afrique envoient au pape Innocent I leur jugement contre les erreurs de Pélagius* afin qu'il le con-
i. Saint Cyprien, évêque de Garthage au iii» siècle, martyrisé en
2. Saint Optât, évêque de Milève au iv« siècle, mort vers 380.
8. Théophile, oncle de saint Cyrille et son prédécesseur sur le siège d'Alexandrie, y fut élevé en 385 et mourut en 412.