CHAPITRE
Lettre de M. de Veuce à M. d'Aogers et à M. d'Aadilly, sur la thèse du collège de Clermont.
Le bruit de la thèse du collège de Clermont s'étant répandu dans les provinces, l'insolence des Jésuites alar* mait ceux qui ne pouvaient souffrir sans plaintes les consé*
quences d'une si prodigieuse nouveauté. M. de Vence, en ayant appris la nouvelle, écrivit ainsi à M. d'Angers le 6 de janvier :
« On m'a envoyé de Paris une copie d'une proposition soutenue dans les thèses du collège de Clerinont. Après cela que reste-t-il de plus à faire? N'est-ce pas le comble de l'impudence ou de l'aveuglement ? Laisserons-nous autoriser une si dangereuse erreur par notre silence ? En avertirons-nous le pape ? Y a-l-il quelque lieu d'espérer justice de ce côté-là? N'est-ce pas par sa participation que l'on fait ces tentatives? La Sorbonne se taira- t-elle ? Ecrirons-nous contre, en corps ou en particulier? Au nom de Dieu, mon très cher, mandez-moi quels sont vos sentiments en cette occasion. Prions ardemment Notre Seigneur de nous faire connaître ce qu'il veut que nous fassions, et de nous donner le courage de le faire.
« Je suis tout à vous. »
La voie de s'en plaindre au pape était fort ruineuse, et il est assez surprenant qu'un homme aussi éclairé que l'était ce prélat mît la chose en délibération. Il ne pouvait guère aussi se promettre d'écrire une lettre en corps, dans la conjoncture du temps, ce corps ne pouvant être composé que de cinq ou six évéques, qui même dans toutes les autres occasions avaient résolu de n'écrire que séparément. Son zèle néanmoins était louable de vouloir s'opposer à une si dangereuse nouveauté, et ce fut le dessein d'une autre de ses lettres, qu'il écrivit à M. d'Andilly le même jour :
« J'ai bien peur que la proposition que l'on a soutenue au collège de Clermont, et qui assurément a été concertée, ne soit le commencement de la prophétie du bon Père de Condren, à qui j'ai ouï dire plus d'une fois qu'il craignait que ces bons Pères ne fissent enfin quelque schisme dans l'Église. M. le cardinal de Bérulle avait souvent dit la même chose. Car quelques extravagantes opinions que leurs auteurs aient avancées, il n'y en a jamais eu de semblable conséquence. Et si on ne s'y oppose pas en ce commencement, elle s'autorisera, et quand on voudra la combattre, on y sera bien empêché. Je sais que depuis six mois on étudie à Rome pour cette question, et je sais même que cette tentative pourrait bien se faire par les ordres secrets de cette cour, où on ne néglige aucune