‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 262 sur 440 · LIVRE xxvin · texte numérisé non relu

LIVRE xxvin

On montrait les pernicieuses conséquences de cette doctrine, qui entreprendrait de couvrir tous les égarements de l'esprit liumain du prétexte de piété, particulièrement 'en ce qui regarde le gouvernement de l'Église romaine, et dans les décisions de quelques papes qui se sont trompés grossièrement en matière de fait, comme Nicolas I ', Eugène IV', et Pie IV*. On prouvait parce raisonnement que les Jésuites se détruisaient eux-mêmes, et ne pouvaient soutenir l'infaillibilité des papes sans être hérétiques, on en voulant que l'on croie de foi divine leurs décisions, même sur les faits, ou en combattant la décision de plusieurs papes, et de quantité de conciles qui ont condamné Nestorius.

On faisait voir que cette opinion ne tendait qu'à fermer la porte de l'Église aux Grecs, qui s'en sont séparés par le schisme, et aux hérétiques qui ont embrassé leurs sentiments contre la primauté du pape, puisqu'ils ne pourraient jamais se résoudre à y rentrer sous cette condition de croire l'infaillibilité du Saint-Siège dans les faits ; et que quand même on n'exigerait pas d'eux cette créance, ce serait apporter un très grand obstacle i\ leur conversion, et leur causer un très grand scandale, en donnant à leurs ministres occasion de décrier l'Église catholique devant ces peuples abusés, et de leur inspirer plus que jamais la révolte.

Que cette considération obligeait les théologiens de se hâter de crier contre cette impiété, pour prévenir les plaintes des hérétiques; mais qu'il était de l'obligation des évêques de considérer ce qu'ils devaient à Dieu en cette rencontre, et de ne s'en pas dispenser par la vue de l'extravagance de cette opinion, comme si elle ne méritait pas d'être relevée, puisque l'on voyait assez que ce n'était ni par le hasard, ni par l'aveuglement d'un particulier qu'elle paraissait dans le monde ; mais qu'il y avait longtemps que

1. Nicolas le', élu pape en 858, mort en 867, vit les évêques de France refuser de le reconnaître pour juge parce qn'il avait excommunié Lethaire, roi de Lorraine.

2. Gabriel Condomerio (1384-1447) élu pape en 1431, sons le nom d'Eugène IV, lutta contre le concile de Bâle, qui le déposa en lui substituant Félix V.

3. Jean-Ange de Médicis (1499-1565), élu pape en 1559 sous le nom de Pie IV, eut de grandes difficultés avec les évêques de France à la suite du concile de Trente, dont quelques décisions sur la discipline semblaient blesser les libertés de l'Église gallicane.

l'on disposait toutes choses pour la produire, et qu'on ne l'avait proposée avec cet éclat que lorsqu'on avait cru que tout était favorable pour la faire recevoir, et qu'il n'y aurait personne assez hardi pour s'y opposer ouvertement.

Que ceux qui avaient avancé ces erreurs n'en attendaient le progrès que du silence des évêques, pour semer impunément cette zizanie dans le champ de l'Église, pour la laisser mûrir ensuite, et en tirer les conséquences naturelles qui en naissaient nécessairement.

Enfin, on représentait aux évêques le péril où était l'Église, et où ils étaient eux-mêmes, que les Jésuites ne les prissent quelque jour pour garants de leur hérésie, et que Dieu même ne la leur imputât pour n'y avoir point résisté.

On distribua aussi quelques exemplaires d'un autre écrit sur cette matière là intitulé : Défense des libertés de L'Eglise gallicane contre les thèses des Jésuites du collège de Clermont du 12 décembre. Mais comme on avait fait des additions à cet ouvrage contraires aux sentiments et aux véritables intentions de ceux qui en étaient les principaux auteurs, on y fit des changements et des cartons. Mais pour le supprimer plus utilement, on en prit ce qu'il y avait de meilleur pour l'incorporer dans un autre écrit intitulé ; Les pernicieuses conséquences de la nouvelle hérésie des Jésuites, qui fut publié le i^'^ jour de février.

Cependant les Jésuites, au lieu de condamner une doctrine si dangereuse, la reconnurent hautement par un libelle qu'ils intitulèrent : Expositio theseos in collegio ctarom. propositse 12 Decembris , quâJesuitx non modo ejurant assertam à se hseresim, verum etiam confirmant, etc. Tout cet écrit est entièrement de leur façon, à la réserve de ces mots : qud Jesuitse non modo.

M. Arnauld y répondit promptement par un autre écrit, qui porte pour titre : Les illusions des Jésuites dans leur écrit intitulé : Expositio theseos, etc., pour empêcher la condamnation de leur nouvelle hérésie.

Le même M. Arnauld composa aussi un autre traité sur cette matière ; mais il demeura écrit à la main. Cette alarme était trop chaude pour ne pas réveiller le zèle des curés de Paris. Ils firent leur devoir et dressèrent un factum contre les thèses des Jésuites.

Page 1