CHAPITRE VII
Lettres de M. de Beruières à M. Taignier. Le roi fait revenir de Rome un ecclésiastique français, à cause du prétendu jansénisme. Écrits des curés de Paris et autres de même nature insérés dans un ouvrage d'un prélat de Home *.
On espérait toujours le retour de M. de Dernières par le moyen de M. l'abbé d'Aubigny, réconcilié depuis peu avec la cour. Mais ce magistrat en attendait l'événement sans inquiétude, et s'affermissait de plus en plus dans l'amour du repos et de la retraite; c'est ce qu'il témoigna tout de nouveau à M. Taignier par cette lettre qu'il lui écrivit le 3 de février.
« Je joins ensemble la réponse à vos deux dernières des 24 et 25 du passé. J'attends avec patience le succès de la négociation de notre ami, le laissant faire pour moi ce qu'il j ugera le mieux, me conduisant en cela, comme en tout ce qui regarde mon retour, plus passivement qu'autrement, afin de ne prévenir en rien les ordres de Dieu et de m'abandonnera sa conduite. Je ne peux croire que notre ami ne veille pour vous-même malgré vous. Il n'y est pas moins obligé ^ue pour moi, parce que nous n'avons commencé d'être en l'état auquel nous sommes qu'à l'occasion de ses lettres, un peu trop tout d'une pièce, comme Tondit. Ce n'est pas que nos ennemis n'aient pris à présent une autre route, et qu'ils ne croient nous tenir dans leurs filets, et vous avec plus de raison, à cause de votre caractère, pour vous faire mettre la main à la plume. 11 n'y a pas d'apparence que quand mon hôte fera parler par une recommandation si puissante, que l'on propose cette condition {sic). Si cela est, ne me voilà pas plus avancé que le premier jour ; car je suis résolu de ne rien faire, non pas même ce que Ton peut faire en conscience, puisque nul laïque, à moins que d'être maître d'école ou enfant de chœur, n'est soumis à cette loi par ceux mêmes qui ont fait la loi comme ils ont voulu. Ce
1. Ce sommaire est barré au ms. sans explication. Tout le chapitre est d'ailleurs surchargé de corrections qui en rendent la lecture assei difficile.
43tt MÉMOIRES DE GODEFROI HERMANT
serait me noter d'infamie, que je fusse le seul du royaume de qui l'on eût tiré cette servitude. Vous voyez donc que je ne me glorifie pas trop encore de mon retour, comme l'on me le mande de Paris, et souvent avec trop de précipitation, n'y ayant rien de plus fâcheux que de recevoir des compliments sur une chose qui n'arrive point. D'ailleurs je vous avoue que l'état où votre dernière me fait voir plus clairement qu'aucune autre où va être réduite ma chère fille et toute la maison ' que nous aimons, me fait perdre tout désir de retourner dans cette Babylone qui ne me sera plus autre chose que ce que signifie ce mot quand je n'y trouverai plus mes véritables amis. Et n'était la nécescité des affaires domestiques et le soin de mes enfants, je consentirais de bon cœur à un exil bien plus long que celui-ci. Je ne fus jamais plus content, et néanmoins je vous puis dire que je n'ai pas manqué de croix domestiques, de la part de ceux que l'on croit contribuer à les adoucir. Je ne vous en dirai pas davantage. Il faut tâcher d'accomplir le dire de l'Apôtre : Aller alterius onera portate, et sic adimplebitis legem Christi. Toute la famille vous salue, et M. Manessier, lequel recommence un peu à se guérir, quoiqu'il ne le sera pleinement qu'après Pâques. J'ai acquis la qualité de grand infirmier depuis la Saint-Jean-Baptiste, n'ayant pas eu depuis ce temps là un jour de libre sans cet exercice. Dieu veuille que je m'en sois acquitté comme j'ai dû, et que je sois trouvé digne d'entendre un jour cette parole : « J'étais malade et vous m'avez visité. Venez, le bien-aimé de mon Père *.
« Je suis tout à vous. »
Les sentiments de la piété et de la générosité chrétienne croissaient tous les jours de plus en plus dans le cœur de cet innocent proscrit. Il était insensible à ses propres maux, mais il était pénétré de ceux dont on menaçait les deux maisons de Port- Royal, non seulement parce qu'il y avait une fille religieuse, mais aussi par le grand respect et l'affection tendre qu'il avait pour la vertu de ce monastère.
1. Note marg. de la Mère Le Féroo : Port Royal, où il avait une fille religieuse.
2. Ce passage depuis : Toute la famille, a été barré au ms. et ue figure pas aux copies.