‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 264 sur 440 · LIVRE XXVlll · texte numérisé non relu

LIVRE XXVlll

Il répétait encore les mêmes choses dans une lettre du 11 au même M. Taignier, où il ajoutait ce qui suit :

« L'on me mande que M. Duhamel va revenir à Paris après une signature. Quel couronnement d'un long exil ! On a les yeux sur ce pauvre homme. Que prétend-il faire?

« Nos chères filles attendent le jour de leur visite. Le bon M. Guillebert, qui est ici avec nous, vous salue. Il est ravi de savoir que vous continuez dans votre bonne disposition. Il croit qu'il n'y a rien de meilleur ni de plus utile pour votre salut ». Cependant M. Taignier était fort à plaindre dans sa profonde retraite, puisque d'une part on lui faisait un crime envers M. le cardinal de Retz de s'être plaint de ce qu'il abandonnait ses amis, et que de l'autre on l'accusait faussement de regarder la signature simple du formulaire comme une chose indifférente. C'était mal récompenser les services qu'il avait rendus à ce prélat pendant sa persécution, après qu'il avait exposé toutes choses pour l'assister de tout son pouvoir, et de celui de tous ses amis, en exposant pour lui toutes choses dans ses plus pressantes nécessités.

M. Girard augmenta sa douleur par cette lettre qu'il lui écrivit le 11 février K

« Je crois que vous trouverez bon que je vous témoigne que M. l'archevêque de Sens m'a demandé avec instance de vos nouvelles. Votre réserve a été cause que ce prélat a eu recours à moi pour être informé de l'état des choses. Il est dans de très bonnes dispositions à contribuer en tout ce qu'il pourra pour délivrer la vérité de l'oppression où on la détient. On nous fait espérer votre liberté, aussi bien que celle des autres exilés. Je suis assuré que vous la désirez moins que nous, et que vous souhaiteriez d'être encore bien longtemps dans votre exil pourvu qu'il fût le prix du rétablissement de M. le cardinal de Retz, dont la démission achèvera sans doute de ruiner les affaires*. Je connais trop bien votre générosité pour vous attribuer

1. Toute cette lettre est barrée au ms. mais oa lit eu marge la note suivante de la Mère Le Féron : Mettre cette lettre, quoique haiTée, mais en un autre endroit.

2. Une note marginale de la Mère Le Féron avertit de ne pas transcrire cette dernière phrase depuis : et que vous souhaiteriez ; elle est d'ailleurs barrée plus complètement que le reste.

d'autres sentiments, et cette assurance que j'ai que vous êtes incapable d'autoriser rien de faible fait que je rejette bien loin un faux bruit qui se répand partout, que vous approuvez la signature du formulaire sans restriction. La signature de votre cousin Taignier qui demeure à l'Ora, toire confirme cette calomnie, et les lâches se prévalent tout haut de votre autorité pour couvrir leur faiblesse. Vous ne sauriez croire quel dégât fait M. Dirois, qui a levé enfin le masque, et qui est dans un pitoyable emportement. J'ai cru vous devoir donner avis de ces choses, et je ne doute point que vous les regarderez comme un effet du respect que j'ai pour votre vertu. Car en vérité je crois vous être acquis aussi sincèrement que je suis éloigné non seulement de la signature, mais même de tout accommodement qui serait un peu faible.

« Je ne sais signer que pour vous protester que je suis, etc. »

Le zèle des Jésuites était alors si ardent contre les disciples de Saint-Augustin, et ces Pères disposaient tellement de toute la cour qu'ils firent donner une lettre de cachet à un Français qui était à Rome, portant un ordre de s'en revenir en France à cause qu'il était soupçonné du prétendu jansénisme. Et le Père Babin ', de l'Oratoire, qui apprenait cette nouvelle par une lettre datée de Limoges du 6 février, demandait à celui qui écrivait si ce n'était pas une chose pitoyable que le roi obligeât des prêtres de quitter Rome pour leur doctrine, puisque s'ils en avaient de mauvaise, on les y pouvait examiner. Mais les Jésuites avaient oublié qu'ils y avaient autrefois fait envoyer MM. Arnauld et de Saint-Cyran pour cet effet.

Le Père Babin mandait par la même lettre que le livre d'un prélat aveugle de Rome avait enfin été publié sans aucun retranchement, quelque artifice qu'eussent employé les Jésuites pour en faire ôter un chapitre où étaient insérés les écrits des curés de Paris et les censures de quelques prélats de France contre le relâchement de la morale; qu'il était dédié au pape, et approuvé du maître du Sacré Palais '^

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